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15 mai 2010 6 15 /05 /mai /2010 23:57

C'était notre terreLe livre de poche (Albin Michel 2008) - 508 pages

 

Le début du livre donne le ton :

"C’était notre terre.

Quand je dis que c’était notre terre, je veux dire que nous ne l’avions pas volée, que nous en avions rêvé au temps de nos ancêtres, et que l’Etat français nous avait permis de concrétiser nos rêves en nous vendant une bouchée de pain six cent cinquante-trois hectares de bonne terre africaine

Te souviens-tu, Henri ?

Six cent cinquante-trois hectares réservés à notre seul usage, ça fait beaucoup de collines, de vallées, de bouquets d’agaves et de lentisques, d’oueds, de cailloux, d’oiseaux de toutes couvées, ça fait beaucoup de ciel et de nuages

Te souviens-tu, Henri ? Ça fait beaucoup de sueur, de fatigue et de larmes, beaucoup de malheur et pas assez de joie, mais pour rien au monde je n’aurais voulu naître ailleurs."

 

Une famille de colons français bien implantée en Algérie, les « Saint-André », se trouve confrontée à la décolonisation du pays. Les membres de la famille, vivants et morts, expriment tour à tour leur vision des faits. La parole est également donnée à Fatima, la bonne à tout faire Kabyle, exploitée de façon odieuse mais qui ne quittera jamais la famille parce qu’elle ne sait pas où aller, sans famille ni connaissance. Son témoignage, au centre du récit, est troublant et révoltant. Tour à tour, on entend les voix de la mère et du père ainsi que celle des enfants. La mère est inflexible et sans cœur, aigrie par sa position d’épouse délaissée. Le père est un odieux colon qui passe ses soirées dans les bordels arabes et n’a aucune considération pour les algériens, qu’il exploite sans vergogne. Le couple a trois enfants, un fils qui se rangera du côté des algériens et deux filles qui finiront par fuir l’Algérie mais ne trouveront jamais le bonheur, l’une parce qu’elle n’assume pas son homosexualité, l’autre parce que la nostalgie de l’Algérie ne lui permettra pas de tourner la page.

 

On comprend aisément à quel point il a dû être difficile pour ces gens de quitter une terre dont ils s’estimaient les propriétaires. Mais qui étaient-ils au juste ? On découvre au fil du roman que leur intégration s’était faite par la force, qu’ils n’avaient jamais été les bienvenus sur cette terre difficile à exploiter et dont pourtant ils avaient fait des miracles. Est-ce que tous les colons se comportaient avec autant de mépris que les Saint-André vis à vis de la population locale ? Je préfère penser que non … Il ne faudrait pas s’imaginer pour autant que les algériens colonisés étaient des enfants de cœur. Certains passages du livre nous montrent qu'ils se rebellaient par des actes barbares inacceptables, que les colons réprimaient aussitôt de façon démesurée, créant une spirale infernale vers la violence. Le roman est dérangeant car il présente une vision des pieds-noirs assez terrible. De retour en France, les personnages du livre se montrent incapables de s’adapter à leur nouvelle vie et certains d’entre eux continuent à s’acharner contre les algériens, n’hésitant pas à persécuter ceux qui vivent en France. Mathieu Belezi dénonce les exactions des colons mais nul n’est épargné. Des atrocités ont été commises par tous les camps y compris par l’armée française qui n’hésitait pas à torturer pour obtenir des aveux, c’est bien connu.

 

L’écriture est singulière et peut surprendre, mais personnellement, j’ai immédiatement adhéré à ce style très personnel. Chaque phrase est marquée par un retour à la ligne et non un point. Certains passages sont en italique. Le personnage s’adresse alors dans sa réflexion à un autre membre de sa famille, parfois défunt.  Le texte se lit comme une sorte de litanie, musicale et très rythmée. J’ai trouvé cette écriture assez remarquable. 

 

Une fresque familiale et historique absolument passionnante, mais dérangeante.

 

Les avis de : 

Antigone et Emmelyne (séduites) - Canel (n'est pas allée au bout) - Solenn (très mitigée)

 

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commentaires

corporate 23/07/2014 09:27


J'ai trouvé ce roman politique très puissant, avec une écriture lyrique et émouvante. Quatre années ont été necessaires à Belezi pour nous livrer cette histoire captivante et ça se sent bien.

sylire 24/07/2014 06:37



@Corporate : j'en garde un souvenir très fort.



Anjelica 28/05/2010 10:02



Je n'en suis pas certaine, non plus. Peut-être quand la génération qui a connu cela, ne sera plus ?


Cela laisse présager de la haine qui va rester encore pendant des décennies entre 'Israéliens' et 'Palestiniens', sachant qu'ils sont encore sous tension !!!!


Si contrairement à ce que je crois, un DIEU nous a fait, je ne peux pas croire qu'il nous ait conçus si bêtes et si haineux de notre prochain ?


 


 



anjelica 26/05/2010 19:59



Je ne donne que mon impression qui n'est donc pas factuelle mais je suis presque sûre que beaucoup de colons ont du se comporter de la même façon que la famille de ce livre. Quand aux ripostes
des autotchones, comme on le sait la violence entraine la violence et pourquoi auraient-ils accepter la colonisation sans broncher. Les français ont-ils acceptés sans riposter quand l'allemagne
nasie nous a envahi. Les résistants français seraient des héros et les résistants algériens , non ?  De plus, la haine de certains colons a traversé la méditérrannée et à perdurer avec les
années. Je te dis cela car j'ai appris ce week-end par la copine de mon fils que si nous n'avions pas encore rencontré ces grands-parents (ex pieds-noirs), c'est parce que mon mari est marociain.
Si ils ont tout de même accepté mon fils c'est parce que biologiquement il n'est pas métis comme sa soeur. Ma demoiselle était avec moi quand nous avons appris cela. Voila sa conclusion : "Je
dois être encore naïve' malgré ce que j'entends quelquefois. C'est complètement ridicule et du coup cela ne me donne pas envie de les connaitre."  En tout les cas, je ne lirais pas ce livre,
je crois que j'en serais malade.


Attention, je constate aussi que certains maghrébins et pas que des algériens sont restés avec la colonisation en travers de la gorge et la ressasse sans pouvoir passer à autre chose. Cela
m'arrive quelquefois de recadrer aussi les choses avec ma belle-famille ou des amis.



sylire 27/05/2010 22:26



@Anjélica : merci pour ton avis, très intéressant. Tu as raison, il reste encore beaucoup de rancoeur de part et d'autre. Les plaies ne sont pas refermées. Le seront-elles un jour chez
ceux qui ont vécu tout cela ? Je ne suis pas certaine.



Zorane 22/05/2010 14:30



Le thème me plait beaucoup , j'ai failli l'acheter à plusieurs reprises déjà



sylire 27/05/2010 22:15



@Zorane : la prochaine sera la bonne...



Marie 20/05/2010 08:36



Ce genre de témoignage, honnête et lucide, est indispensable pour ne pas se voiler la face sur les méfaits du colonialisme et sur le rôle peu reluisant de la France en Algérie...


 



sylire 21/05/2010 20:23



@Marie : il important de faire la lumière sur ces méfaits trop longtemps tus. Honnêtement, je n'avais pas imaginé une situation aussi terrible que celle qui est décrite ici.