Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Chers visiteurs, bonjour !

Vous êtes sur le blog d'une lectrice passionnée qui aime partager ses lectures. N'hésitez pas à laisser un commentaire, que vous soyez vous-même blogueur ou pas. Vous pouvez aussi me contacter : sylir@orange.fr  ou aller faire un tour sur ma page Facebook : ici

 

Blogoclub

Le blogoclub a changé de mains mais pas d'adresse mail

lecturecommune@yahoo.f

 

 

1 décembre 2014 1 01 /12 /décembre /2014 00:12

Folio (Gallimard 1960) - 391 pages

 

"Je n'entendais plus les rires, je ne voyais plus les regards moqueurs, j'entourais ses épaules de mes bras et je pensais à toutes les batailles que j'allais livrer pour elle, à la promesse que je m'étais faite, à l'aube de ma vie, de lui rendre justice, de donner un sens à son sacrifice et de revenir un jour à la maison, après avoir disputé victorieusement la possession du monde à ceux dont j'avais si bien appris à connaître, dès mes premiers pas, la puissance et la cruauté".

"La promesse de l'aube" est un roman autobiographique écrit par Romain Gary à l'âge de 44 ans. Il y raconte son enfance et sa jeunesse, marquées par l'immense amour entre sa mère et lui. Né en 1914 en Lituanie, Romain est arrivé en France à l'âge de sept ans. Sa mère Mina, d'origine russe, avait pour la France une admiration sans bornes. C'est donc dans le pays de Victor Hugo qu'elle voulait éduquer son enfant. Elle était persuadée qu'en arrivant en France, ce pays merveilleux, les difficultés qu'elle avait rencontrées en élevant seule un enfant feraient partie du passé. La déception sera à la hauteur de l'espoir. La France ne leur fera pas de cadeau, les émigrants russes n'étaient pas les bienvenus à Nice.

Romain nous raconte le personnage extravagant et extraordinaire qu'était sa mère. Courageuse, d'une volonté de fer, ni rien, ni personne ne l'impressionnaient. Romain ne manquera jamais de rien et prendra conscience très jeune du dévouement de sa mère pour lui. Il tentera toujours d'être à la hauteur de ses ambitions. Avec beaucoup d'humour et d'autodérision, il nous raconte ses déboires en matière d'apprentissage musical ou artistique et relate ses espoirs (tout à fait prématurés) en tant que jeune auteur en herbe.

Quand il monte à Paris faire ses études, c'est le temps des vaches maigres. Il ne veut plus demander d'argent à sa mère, qui en a déjà tant fait pour lui. Puis arrive la guerre, nous sommes en 1939. Il s'engage sans hésitation dans l'aviation militaire, où bien des déboires l'attendent, en raison de son statut de naturalisé. Il déserte l'armée pour entrer dans la résistance. Il sait que sa mère sera fière de lui s'il parvient à se comporter en héros,  Mille fois, il manquera de mourir mais la mort ne l'arrachera pas à sa mère, omniprésente, dans son absence loin de lui. Il finira par obtenir la distinction de compagnon de la libération.


Tout au long de cette lecture, j'ai beaucoup pensé à mes enfants et en particulier à mon fils puisqu'il s'agit ici de l'amour entre une mère et son fils. Q
uelle mère aurais-je été, si je n'avais eu que mon fils à aimer ? Quelle femme serais-je aujourd'hui, si ne n'avais que lui ? J'ai presque envié, au cours de ma lecture, la proximité incroyable entre Romain et sa mère, me réjouissant toutefois que mon fils soit capable de mener sa vie sans penser constamment à moi. La tendresse de Romain à l'égard de sa mère, tout comme le point d'honneur qu'il met à ne jamais la décevoir, sont extrêmement émouvants. Mais si l'amour maternel a donné des ailes à Romain, elle l'a aussi fragilisé, d'une certaine manière, comme en témoigne le passage suivant, absolument poignant :

"Il n'est pas bon d'être tellement aimé, si jeune, si tôt. Ca vous donne de mauvaises habitudes. On croit que c'est arrivé. On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver. On compte la-dessus. On regarde, on espère, on attend. Avec l'Amour maternel, la vie vous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient jamais. On est ensuite obligé de manger froid jusqu'à la fin de ses jours. Après cela, chaque fois qu'une femme vous prend dans ses bras et vous serre sur son coeur, ce ne sont plus que des condoléances. On revient toujours gueuler sur la tombe de sa mère comme un chien abandonné..."

"Je ne dis pas qu'il faille empêcher les mères d'aimer leurs petits. Je dis simplement qu'il vaut mieux que les mères aient encore quelqu'un d'autre à aimer. Si ma mère avait eu un amant, je n'aurais pas passé ma vie à mourir de soif auprès de chaque fontaine"

L'enfance de Romain Gary est passionnante, le regard qu'il porte sur la construction de l'homme qu'il est devenu l'est tout autant. Le texte est poignant mais j'ai ri plusieurs fois de l'excessivité de cette mère, dont il se moque gentiment. Les aventures rocambolesques du jeune Romain pendant la guerre prêtent également à sourire, parfois. Des épisodes tragiques sont également relatés.

Voilà bien longtemps que je n'avais pas été émue par un livre à ce point. J'ai relevé des tas d'extraits, j'aurais pu recopier tout le livre. L'écriture est somptueuse, il n'y a pas un mot de trop. Ce roman est vraiment une merveille et c'est en pensant à la mère de Romain que je finis ce billet. Qu'elle repose tranquille, son fils continue de lui faire honneur.

Un gros coup de coeur !

blogoclub Lu dans le cadre du blogoclub dont le thème était l'amour maternel (on ne pouvait pas trouver meilleur choix pour ce thème).

Le thème prochain : une lecture libre autour de Patrick MODIANO

Les avis de : Lisa - Gambadou - Claire Jeanne - Nathalie - Denis - Grominou

Sur le même thème :

 Mimi pinson et praline ont lu "Le livre de ma mère" d'Albert Cohen

Claudialucia a lu "Les oreilles de Buster" de Maria Ernestam

Partager cet article

Repost 0

commentaires

Kty 07/04/2015 16:33

je viens de le terminer et j'ai adoré tout ces moments partagés avec Romain et sa merveilleuse mère. Moi aussi j'ai beaucoup pensé à mes fils en le lisant et je me suis quelques fois retrouvée.

sylire 07/04/2015 17:26

C'est vraiment un très beau roman. Je lirais bien un autre roman de cet auteur mais j'ai peur d'être déçue. La barre est haute.

Anne 21/12/2014 21:09


Tu nes vraiment pas obligée de le prendre en compte mais voici mon billet sur le roman : https://desmotsetdesnotes.wordpress.com/2014/12/19/la-promesse-de-laube/ 

sylire 23/12/2014 21:05



@Anne : mieux vaut tard que jamais !



sous les galets 08/12/2014 06:43


Comme toi je l'ai adoré, je n'avais pas d'enfant à l'époque mais sa langue si jiuste et si acérée m'avait bouleversée (et puis la mère, et Nice forcément)


Super beau billet SYlire (on a beau dire les coups de coeur ça rend toujours du beau)

sylire 09/12/2014 21:50



@Sous les galets ! merci beaucoup !


C'est un livre qui touche  encore davantage quand on a de grands enfants, je crois. Tu le relira plus tard...



Midola 04/12/2014 16:10


Je garde un beau souvenir de cette lecture bien que je n'ai pas acrroché tout de suite à cette lecture. Je ne l'ai évidemment pas lu avec le même regard que toi mais je l'ai trouvé magnifique.

sylire 05/12/2014 21:21



@Midola : je ne sais pas comment je l'aurais lu il y a 20 ans, différemment, c'est certain !



Anne 04/12/2014 13:59


Je suis désolée, je ne 'y suis pas prise à temps, c'est sûr et cette semaine, je suis officiellement déclarée malade (rien de grave mais je dors plus qu'autre chose), je ne sais quand je finirai
le bouquin... que j'aime beaucoup, déjà !

sylire 05/12/2014 21:20



@Anne : ce n'est pas grave, il s'en est fallu de peu pour que je ne sois pas non plus dans les délais.