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Ecoutons un livre

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Tous les 28 du mois, je publie un billet récapitulatif des lectures audio des participants. Il n'est pas nécessaire de participer à chaque fois.

 

 

 

26 septembre 2020 6 26 /09 /septembre /2020 17:49

Audiolib (Belfond 2009) - lu par Isabelle Miller - 19h00 - Traduit parBernard Cohen

J'ai lu (ou plus exactement écouté) ce pavé, au début de l'été. Quand je pense à cette écoute, je me revois le long des sentiers côtiers, faisant corps avec l'héroïne, partageant ses réflexions et ses malheurs. La grande qualité de Douglas Kennedy est de prendre le temps d'installer son histoire et de décortiquer minutieusement la psychologie des personnages. 

Jane a grandi dans une famille dysfonctionnelle. Sa mère, obnubilée par ses problèmes de couple, ne s'intéresse guère à sa fille. Son père, égoïste et immature, ne lui cause que des tracas. Jane, jolie et intelligente, ne parvient pas à faire les bons choix, professionnels ou personnels. Après avoir gâché la brillante carrière d'universitaire qui s'offre à elle, elle enchaine les erreurs. Un drame personnel lui portera le coup de grâce. Elle fera alors le choix de "quitter le monde". Sa reconstruction passera par la solitude et l'introspection. Douglas Kennedy nous laisse le temps d'accompagner la jeune femme dans son travail de reconstruction et, si certains ont déploré des longueurs, ce n'est pas mon cas.

Comment peut-on se planter constamment et faire systématiquement les mauvais choix ? J'ai parfois été agacée par les erreurs à répétition de Jane mais j'ai surtout éprouvé de l'empathie pour elle. J'ai aimé voyager à ses côtés, notamment dans l'Ouest du Canada, où elle débarque sous la neige et s'installe dans une maison de bord de mer. Nous la retrouvons plus tard, bibliothécaire, dans une ville où elle renoue progressivement avec une vie sociale. La dernière partie du roman, assez addictive, constitue "un roman dans le roman". Jane est amenée à se passionner pour une enquête qui fait suite à la disparition d'une fillette. Ce fait divers va lui permettre de faire prendre à sa vie une nouvelle direction...

J'ai bien aimé cette écoute et j'ai quitté Jane a regret.

Enna beaucoup moins.

Challenge "Ecoutons un livre"


 

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Le mois américain - Chez Titine

 

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30 août 2020 7 30 /08 /août /2020 14:37

Le passage - août 2020 - 238 pages

Je connais l'histoire d'Helen Keller depuis fort longtemps. Beaucoup de livres (notamment en jeunesse) lui ont été consacré. Angélique Villeneuve reprend le flambeau, d'une façon originale . Elle fait de Kate, la mère d'Helen, le personnage central de son ouvrage. Quelle bonne idée ! 

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Helen Keller (je ne sais pas s'ils sont nombreux), il s'agit d'une auteure, conférencière et militante américaine, née en 1880 et morte en 1968. Helen, devenue sourde et aveugle à l'âge de deux ans, est la première personne handicapée à avoir obtenu un diplôme universitaire. Ce parcours exceptionnel ne s'est pas fait sans difficultés, notamment dans la petite enfance. La prise en charge par une préceptrice d'exception, Ann Sulivan, a littéralement sauvé l'enfant des ténèbres.

Kate Adams Keller

Angélique s'est mise dans la peau de Kate Adams Keller, s'appuyant sur la documentation qu'elle a trouvée. Elle retrace l'existence de cette jeune mère, confrontée au lourd handicap de sa fille, rendue quasi-sauvage par son incapacité à communiquer. Angélique imagine le regard des autres et les difficultés quotidiennes de tout parent confronté au handicap d'un enfant. Mariée à un homme plus âgé qu'elle (il s'agit pour lui d'un remariage), la jeune femme cumule les difficultés et doit se battre pour s'affirmer.

Bien que les deux histoires n'aient rien à voir l'une avec l'autre, je n'ai pas pu m'empêcher de faire le lien entre "la belle lumière" et "la mère d'Eva", lu précédemment. Dans les deux cas, l’héroïne est une femme confrontée à un enfant "hors norme" qui bouscule la famille et remet en question l'équilibre de celle-ci. Etre mère n'est pas un long fleuve tranquille, toutes les mères le savent, mais certaines sont plus malmenées que d'autres. Kate Keller fait partie de cette catégorie.

Helen est née en Alabama dans une famille de planteurs. En toile de fond , nous découvrons le contexte sociétal et racial de l'époque. Au sein de la famille Keller, les domestiques noirs sont bien traités mais ce n'est pas le cas partout. Les tensions raciales sont fréquentes, notamment en ville. 

L'écriture sensuelle et poétique d'Angélique Villeneuve restitue à merveille le climat chaud et moite de ce coin d'Amérique ainsi que sa végétation luxuriante. Nous sommes immergés au cœur de la plantation, en compagnie de la famille Keller. La description de la gestuelle de l'enfant, qui évolue dans le temps, est particulièrement réussie. Nous sommes aux côtés de l'enfant, hypnotisés par sa fascinante évolution. 

Un court extrait pour vous donner une idée du style :

"Comme la petite se rue sur elle, ardente, explosive, elle attrape ses poignets. Une odeur de chien, de lait aigre et de buis bondit autour d'elles, mêlée au monologue infini qui repend, de mimiques et de halètements."

Je suis admirative de la capacité d'Angélique Villeneuve à se renouveler. C'est encore un très beau roman qu'elle nous offre pour cette rentrée.

Une parfaite réussite !

Une lecture commune (en retard pour moi) avec   AntigoneAifelle, Cathulu, Geneviève et Mes échappées livresques

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23 août 2020 7 23 /08 /août /2020 23:00
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Editions Sixtrid - Lu par Hélène Lausseur

Dans ce roman (au titre un peu racoleur), Irène Frain nous offre une biographie romancée de la célèbre scientifique, qu'elle présente sous un angle inattendu, celui de de sa vie sentimentale. Tout le monde associe le prénom de Marie à celui de Pierre (Curie) dont elle fut épouse. Le couple est à l'origine des premières recherches sur la radioactivité. Ce que ne sait pas le commun des mortel, c'est qu'après le décès accidentel de Pierre, Marie a eu une liaison avec Paul Langevin, ami et collègue de son mari. Paul était (mal) marié et sa vie de couple frisait le désastre. Jeanne, son épouse, se montrait caractérielle et cupide. Auprès de Marie, Paul trouvait une complicité intellectuelle qu'il n'avait pas avec sa femme.

Pierre et Marie Curie

 

Paul Langevin

Aujourd'hui, une situation comme celle de Paul et Marie serait banale mais, à l'époque, l'adultère était un délit. Dès que leur histoire est sortie de la clandestinité (bien malgré eux) le scandale a éclaté. Puis l'affaire est allée en justice, mettant Marie dans une situation plus que délicate.

L'intérêt du roman est de situer l'histoire dans son contexte sociétal et historique. Irène Frain a mené une enquête minutieuse sur la vie de Madame Curie, qu'elle ne résume pas à cette affaire. C'est toute une époque qui est retracée, avec une attention portée aux lieux. Irène Frain s'est rendue là où avait vécu la scientifique pour se faire une idée plus précise de son cadre de vie. Elle a reconstitué les zones d'ombres de l'existence de Marie Curie, nous présentant ses hypothèses. L'autrice s'est beaucoup documentée, récoltant de précieux renseignements dans les livres de compte de Marie. Irène Frain évoque également les difficultés rencontrées par Madame Curie dans un milieu scientifique exclusivement masculin.

"Marie Curie prend un amant" est un roman intéressant, tant sur la forme que sur le fond. Irène Frain nous montre que l'on ne peut réduire une femme ou un homme, aussi illustres soient-ils, à ce qui les a rendu célèbres. Nous sommes tous des êtres dotés de sentiments qui parfois interfèrent avec la sphère professionnelle ou publique. Au début du siècle, on ne pardonnait rien à une femme et encore moins quand elle se mesurait aux hommes sur le plan intellectuel et professionnel. Marie Curie en a payé le prix fort et a dû se battre pour obtenir ses deux Prix Nobel. 

J'ai été ravie de retrouver la lectrice Hélène Lausseur que j'ai croisée plusieurs fois dans mes lectures audio et dont j'apprécie beaucoup la voix et l'interprétation.

Une agréable découverte.

L'avis d'Enna

, qui m'a donné envie d'écouter ce roman.

 

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27 juin 2020 6 27 /06 /juin /2020 15:08

Lu par : Odile Cohen - 12 h et 11 min

Nous sommes en immersion dans un petit village du Yorkshire, "Bruncliffe", dans lequel il ne se passe habituellement pas grand chose. Ce jour-là, une moto rouge que l'on n'avait pas vue depuis belle lurette fait son apparition au village. Le conducteur, Samson O' Brien, fait office de revenant. L'homme a dans l'idée de s'installer comme détective dans ce lieu dans lequel il ne semble pourtant pas avoir que des amis. Ce n'est pas de gaieté de cœur que Delilah Metcalfe consent à lui céder une partie de ses locaux. Elle n'a pas le choix, elle a besoin d'argent.

La première affaire de Samson a un lien avec l'agence de rencontres tenue par Delilah. La relation des deux co-locataires, très froide au départ, évolue favorablement au fil de l'enquête. C'est ensemble qu'ils vont résoudre l'énigme confiée au détective, oubliant leurs griefs d'antan. Je ne dirai pas que l'énigme est accessoire mais sa résolution n'occupe qu'une partie de l'histoire. Julie Chapman prend son temps pour planter le décor. L'enquête s'accélère dans la seconde partie du roman et nous prenons plaisir à suivre les différentes pistes de nos deux enquêteurs. Le dénouement est haletant dans tous les sens du terme.

On se sent bien dans l'ambiance de ce village du Yorkshire, à boire une bière au pub du coin ou à déguster une pâtisserie accompagnée d'un thé (fort) au salon de thé. Samson et Delilah forment un duo atypique et attachant que je serai ravie de retrouver pour de nouvelles aventures (de préférence en audio car l'adaptation est fort agréable). 

Ce livre a tout à fait sa place dans la catégorie "Cosy mystery", genre que je lis peu mais dont j'ai beaucoup aimé les caractéristiques dans le premier tome de cette série. J'avais prévu de présenter ce livre le 23/06, journée du mois anglais consacrée au "Cosy mystery" mais des soucis liés au travail m'ont éloignée de mon ordinateur.

L'avis de Enna

Merci à l'amie qui m'a prêté ce livre !

 

  animé par Lou - Titine - Lamousmé

Challenge Écoutons un livre

 

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9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 23:56

Folio (Gallimard 2001) - 540 pages - traduit de l'anglais par Serge Chauvin

"On a tendance à oublier à quoi ressemblaient vraiment les années soixante-dix. On se souvient des cols pelle à tarte et du glam rock, on évoque, avec des larmes dans les voix, les Monty Python et les émissions pour enfants, mais on refoule toute la sinistre étrangeté de cette période, tous ces trucs bizarres qui se passaient tout le temps. On se rappelle le pouvoir qu’avaient les syndicats à l’époque, mais on oublie comment réagissaient les gens : tous ces tordus militaristes qui parlaient de mettre sur le pied des armées privées pour rétablir l’ordre et protéger la propriété quand la loi ne serait plus en mesure de le faire."

Ce livre fait partie d'un triptyque dont le dernier tome, "Le coeur de l'Angleterre", est sorti récemment, près de 20 ans après le premier. Le thème de ce troisième tome, qui évoque notamment le Brexit m'intéresse beaucoup mais j'ai préféré commencer par le premier tome, qui dort dans ma PAL depuis plusieurs années.

Nous sommes plongés dans les années 70. Les personnages de l'histoire sont en terminale dans un Lycée de Birmingham. Amis ou ennemis, ils sont, pour la plupart, d'origine sociale élevée à l'exception de quelques très bons enfants d'ouvriers qui ont obtenu une bourse. Tous espèrent accéder l'an prochain à une très bonne université et se donnent les moyens d'y parvenir.

Tout au long de cette année scolaire que nous allons suivre, les adolescents vont se fréquenter les uns les autres. Certains font du sport, d'autres participent au journal de l'école. Leur conscience politique se forme, ils apprennent à confronter leurs idées. La censure existe peu, ce qui entraîne quelques tensions au sein de l'école quand certains élèves "se lâchent", mettant en cause des camarades, leurs parents ou encore des professeurs.

Nous suivons en arrière plan les histoires des parents. Lutte syndicale, tromperies conjugales, relations parents-enfants... Le roman faisant plus de 500 pages, Jonathan Coe a le temps de donner corps aux personnages secondaires. Il nous offre plusieurs histoires qui s’emboîtent habilement les unes dans les autres. Le ton, un brin nostalgique, m'a beaucoup plu. 

Les états d'âmes et préoccupations des lycéens sont bien rendus, les personnages sont intéressants. En toile de fond, l'histoire de l'Angleterre de l'époque se dessine : les attentats perpétrés par l'IRA, une récession économique qui entraîne des conflits sociaux, le nationalisme, la montée des extrêmes... 

Je lirai avec grand plaisir la suite des aventures de ces adolescents et notamment celle de Benjamin, que l'on suit de façon plus rapprochée. 

Voilà un bon roman, dans lequel on installe confortablement pour remonter le temps.

 

animé par Lou - Titine - Lamousmé

 

Challenge objectif PAL chez Antigone

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 23:23

Audiolib (Sabine Wespieser 2019) - 5 h 52 - lu par Claire Cahen

Edna O'Brien est une romancière d'origine irlandaise née en 1930, qui vit aujourd'hui à Londres. Je m'attendais à lire un roman se passant en Irlande, j'ai donc donc été surprise de découvrir sur la quatrième de couverture que mon écoute allait me mener au Nigéria.

"J’étais une fille autrefois, c’est fini. Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Mes entrailles, un bourbier".

Edna O Brien se met dans la peau d'une jeune nigériane, Maryam, enlevée par Boko Haram avec d'autres jeunes filles, dans leur école. Nous suivons le calvaire épouvantable de Maryam (viol, torture), son mariage forcé puis son retour dans sa famille après une fuite éprouvante. Maryam ne revient pas seule mais avec un enfant, issu de son mariage forcé. On pourrait imaginer que ce retour marque la fin du calvaire de la jeune fille mais il n'en est rien. La famille rejette l'enfant et craint que Boko Haram ne vienne dans le village à leur recherche. Maryam doit fuir de nouveau.

"Chacune cherchait un coin où s’isoler, car même si on n’était que des salopes pour eux et qu’on se trouvait répugnantes, on s’accrochait aux derniers lambeaux de dignité. Chaque fille cherchait un coin à soi, puis une flaque ou un ruisseau pour se laver. Et chacune de nous priait que les prochaines règles viennent. Des filles mangeaient des racines ou des feuilles pour ne pas être enceintes".

Edna O'Bien s'est emparée d'un sujet difficile. Afin de se faire une idée plus juste de la situation, elle s'est rendue sur au Nigeria afin de recueillir des témoignages.  Certaines scènes sont très éprouvantes, notamment les scènes de viol. En dehors de cet aspect, qui peut poser difficulté au lecteur, le roman se lit facilement. Si je n'ai rien appris de nouveau sur les exactions de Boko Haram, le roman m'a sensibilisée sur la réintégration dans les familles des jeunes filles enlevées, que je n'imaginais pas si compliquée. J'ai trouvé Maryam attachante, courageuse et résiliente. Toutes les jeunes filles qui vivent cette expérience ne s'en sortent certainement pas aussi bien.

La version audio est parfaitement réussie. La voix de la lectrice fait corps avec le personnage de Maryam et ajoute de la puissance au roman.

Un roman intéressant. 

L'avis d'Enna (moins enthousiaste que moi).

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2020.

Challenge "Écoutons un livre".

 

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 20:46

Août 1997 -368 pages

Pour le mois belge, j'avais lancé, au moment de sa préparation, l'idée d'une lecture commune autour d'Henri Bauchau. J'aime me frotter de temps en temps à des lectures exigeantes mais Je ne pouvais pas imaginer que celle-ci tomberait à un moment où ma concentration ne serait pas idéale. J'ai tout de même sorti ce livre de ma pile à lire et, si j'ai eu plusieurs petits coups de mou, je n'ai pas flanché. J'en suis ravie car c'est une lecture passionnante, qui m'a permis de renouer avec un auteur que j'aime beaucoup, tout en  me plongeant dans la mythologie grecque.

Un petit mot tout d'abord sur Henri Bauchau, de nationalité belge et de langue française. L'auteur est né en 1913 et mort en 2012, à l'âge de 98 ans. On commençait presque à le croire éternel. Poète, romancier, dramaturge et psychanalyste, Il laisse derrière lui une oeuvre impressionnante (recueils de poésie, essais, pièces de théâtre, journaux et romans).

Henri Bauchau

"Antigone" fait partie d'une trilogie consacrée aux récits hérités de la tradition grecque. J'ai lu le premier opus "Œdipe sur la route" il y a quelques années. J'étais persuadée qu'Antigone était le second de la trilogie mais je viens de découvrir que c'est le troisième. Je n'ai pas eu l'impression qu'il me manquait des éléments de compréhension, ce qui me fait dire qu'il est possible de lire les ouvrages indépendamment les uns des autres. Je ne suis pas une spécialiste de la mythologie grecque et je n'ai pas fait d'études de lettres. Je ne vais donc pas me lancer dans une analyse de l'oeuvre mais je vais tenter de vous dire ce que j'en ai compris et comment j'ai vécu cette lecture.

Antigone est la fille d’Œdipe et de Jocaste. A la mort de leur père, ses deux frères (des jumeaux) Etéocle et Polynice se disputent le trône de Thèbes. Antigone, qui a accompagné Œdipe jusqu'à sa mort, est de retour à Thèbes après 10 ans d'errance sur la route. Elle s'est donné pour objectif de raisonner ses frères afin de les empêcher de se battre l'un contre l'autre.

Antigone, assoiffée de justice, consacre son temps aux autres. Elle recueille et soigne les malades, n'hésitant pas à mendier pour leur acheter de la nourriture et des médicaments. La jeune femme ne veut pas s'immiscer dans les jeux politiques et mise sur sa capacité à convaincre ses frères de ne pas se battre. Sa stratégie échouera et son intervention amènera finalement Thèbes aux mains de son oncle Créon, qui n'a pas la volonté d'apporter à la ville la paix et la justice. Sa lutte est presque perdue d'avance mais Antigone se battra jusqu'au bout, avec un certain entêtement il faut bien le dire. 

"C'est aussi tellement toi, Antigone, cette confiance intarissable dans l'action de la vérité, dont on ne sait si elle est magnifique ou seulement idiote. Crois-tu qu'on peut sans délirer, espérer comme tu fais ? Est-ce que tu penses que les jumeaux te comprendront et que même s'ils te comprennent, cela les fera sortir de leur passions ?"

J'ai beaucoup aimé Antigone, si humaine et altruiste. Son plan a échoué mais elle a tout tenté, tout donné, y compris sa vie. J'ai aimé également les personnages secondaires : la soeur d'Antigone, Ismène, si douce et raisonnable, ses amis masculins qui la soutiennent et font office d'anges gardiens...

Nous retrouvons dans cette "Antigone" la passion de Bauchau pour les arts (Antigone est douée pour la sculpture). L'auteur utilise ses connaissances dans les domaines de la psychologie et de la psychanalyse. Il nous démontre que l'amour-haine entre les deux frères provient de leur petite enfance et des relations avec leur mère. 

Henri Bauchau nous offre de beaux portraits de femmes qui évoluent dans une société patriarcale où la gent féminine a la place que veut bien lui laisser l'homme. L'Antigone de Bauchau est une rebelle, féministe avant l'heure. l'écrivain met l'accent, à plusieurs reprises, sur les disparités hommes-femmes. Il fait dire par exemple à Ismène :

"Je dis oui à mon enfant, Antigone, c'est un bonheur mais à cause de lui je ne suis plus libre. Créon a le pouvoir de te tuer et moi je vais devoir me taire, comme font les femmes depuis toujours, les femmes qui ont des enfants."

"Antigone" est un roman foisonnant, riche et parfois exigeant. La plume et le talent de Bauchau m'ont permis de rester captivée jusqu'au bout même si, je le reconnais, cette lecture m'a demandé un petit effort.

Si vous souhaitez allez à la rencontre de Bauchau je vous conseille également "Le boulevard périphérique"ou l'enfant bleu.

Le billet de Marylin

Chez Antigone

 

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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 23:48

Audiolib (Albin Michel 2019) - lu par Audrey Sourdive - 6 h 15

Le hasard fait que j'ai lu récemment plusieurs ouvrages centrés sur la condition des femmes. Une nouvelle fois, j'ai été sidérée de constater à quel point la liberté des femmes est bafouée dès que le contexte le permet. Dans "le bal des folles", l'auteur nous fait découvrir un épisode de l'histoire du célèbre hôpital "La Salpêtrière", dans le treizième arrondissement de Paris. Nous sommes transportés au 19ème siècle, dans une société patriarcale qui ne peut accepter qu'une femme ne soit pas dans la norme. A la Salpêtrière on enferme les homosexuelles, les femmes qui ont subi des violences ou qui souffrent de dépression mais aussi celles qui "sortent du lot" par leur originalité.

L’hôpital de la Salpétrière

Le personnage principal du roman est une jeune femme qui voit des esprits. Elle ne fait de mal à personne mais sa bizarrerie fait peur à sa famille qui fait le choix de l'interner dans le service du professeur Charcot, à la Salpêtrière. Eugénie ne se sent pas à sa place dans l'établissement et va tout faire pour en sortir. Par un stratagème, elle parvient à obtenir l'aide d'une infirmière rigide et en apparence sans cœur. Eugénie décèle une faille chez Geneviève et l'amène à plaider sa cause. La cuirasse de l'infirmière est ébranlée. Elle commence à évaluer d'un œil nouveau l'hôpital dans lequel elle travaille depuis des années.

Le titre du roman est un peu trompeur. S'il est question d'un bal qui est donné chaque année à l'hôpital, l’événement n'occupe qu'une partie du roman. Ce bal est toutefois révélateur de l'hypocrisie du système. On enferme des femmes contre leur gré mais on fait croire au public, en les exhibant une fois dans l'année, qu'elles s'amusent dans ce lieu sinistre.  Le reste du temps, elles subissent toutes sortes d'essais expérimentaux.

Le bal des femmes
Une séance d'hypnose

Cet ouvrage fera probablement partie de mon top 5 pour le Prix audiolib 2020.  Victoria Mas a choisi un thème original et l'a bien traité. L'aspect historique m'a beaucoup intéressée. J'ai été emportée par le rythme du texte, qui s'écoute sans difficulté. L'interprète est Audrey Sourdive dont j'ai découvert la voix très récemment dans "Retour à Birkenhau".

Je conseille !

 

Challenge "Écoutons un livre".

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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 16:20

Albin Michel - 2020 - 14 h 01

Je vous présente aujourd’hui le dernier opus de la trilogie "les enfants du désastre" de Pierre Lemaitre. J'étais impatiente de découvrir ce titre et ravie de le découvrir dans la sélection des romans en lice pour le Prix Audiolib 2020.

Pierre Lemaitre a l'art et la manière de décrire des scènes inoubliables. Une de celles que je retiendrai cette fois se situe au début de l'histoire. Une jeune femme prénommée Louise court dans la rue, nue. Louise est un personnage secondaire de "Au revoir là-haut". Nous l'avions laissée enfant, nous la retrouvons adulte. Elle est institutrice durant la semaine et sert dans un restaurant le week-end.

Un jour, un habitué du restaurant fait une étrange proposition à Louise, qu'elle accepte après réflexion. Cet homme veut tout simplement la voir nue, contre une coquette somme d'argent. Le rendez-vous, qui se tient dans un hotel, tourne mal (mais pas dans le sens où vous pouvez l'imaginer). Louise se retrouve dehors, nue. Qui est cet homme ? Nous l'apprendrons dans la seconde partie du roman. Mais avant cela, nous ferons un petit séjour sur la ligne maginot, dans les tranchées. Nous ferons la connaissance de plusieurs personnages dont Raoul et Gabriel, deux soldats que nous croiserons plus tard sur les routes d'une France en pleine débâcle.

Dans cette drôle de guerre, rien n'est impossible et Pierre Lemaitre nous offre quelques scènes jubilatoires. Certaines m'ont fait penser au film "La septième compagnie", tant il force le trait. Sur les routes de l'exode, en plus de nos deux soldats, nous retrouverons Louise et Jules (le patron du restaurant dans lequel elle travaille) ainsi que d'autres personnages, qui tous verront leur destin basculer.

J'ai vraiment passé un excellent moment avec cette galerie de personnages. Si la première partie est un peu lente (j'ai eu peur d'être déçue), le rythme s’accélère progressivement. La dernière partie du roman ne laisse aucun répit et nous permet de rassembler toutes les pièces du puzzle. 

Audiolib nous offre, en bonus, un entretien réalisé avec Pierre Lemaitre, qui nous donne quelques informations sur sa démarche d'écriture. Il s'est beaucoup documenté, ressortant de l'oubli quelques faits historiques.

"Miroir de nos peines" n'est pas, selon moi, le meilleur opus de la trilogie mais il est tout à fait dans la lignée des précédents. Pour rien au monde je ne l'aurais lu en version papier car Pierre Lemaitre lisant son texte, c'est vraiment la cerise sur le gâteau. On sent qu'il "s'éclate" en lisant ses romans. Il y met tout son coeur et apporte une réelle plus-value au texte papier.

Un très bon divertissement !

 

 

 

 

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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 10:26

Actes Sud Audio - lu par Guillaume Gallienne - 3 h 21

"Moi, Malaka, fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres, je vais raconter Salina, la femme aux trois exils. Je vais dire ma mère qui gît là, au fond de la barque, et le monde qui apparaîtra sera fait de poussière et de cris"

Avant de dévorer "Salina", ma dernière lecture de Laurent Gaude, à savoir "Danser les ombres", datait de 2015. Le côté surnaturel de l'histoire m'avait perdue en chemin et j'avais terminé ma lecture sans conviction. C'est l'avis d'Enna qui m'a donné envie redonner une chance à l'auteur. 

Plongés dans une Afrique ancestrale, nous découvrons la vie de Salina au travers du témoignage de son fils, Malaka. Le jeune homme conduit sa mère jusqu'aux portes de sa dernière demeure. Pour convaincre les passeurs que la défunte a sa place dans une île-cimetière perdue au milieu des eaux, le jeune homme doit raconter l'histoire de sa mère. Sous la forme d'une tragédie en trois actes, Malaka organise son récit et se lance.

Dans un décor grandiose de pierres et de sable, Salina naît et grandit. Elle connait l'amour, la haine et le rejet. Fière et digne en toutes circonstances, cette femme, ivre de liberté et de justice, ne trouvera l'apaisement que dans ses vieux jours. Elle aura trois fils, chacun symbolisant une période de sa vie.

Ce roman, aux allures de conte, contient une dimension intemporelle. La lutte de Salina pour son intégrité ressemble à celle de multiples femmes à travers le monde. C'est en cela qu'elle nous touche particulièrement. La plume de Laurent Gaude, poétique et théâtrale, m'a emportée immédiatement, tout comme la voix de Guillaume Galienne. Je suis sortie de mon écoute charmée par ce beau texte, émue par l'histoire de Salina que je n'oublierai pas de si tôt.

Le livre audio se termine par une interview de Laurent Gaude qui nous explique que "Salina" est à la base une pièce de théâtre, qu'il a retravaillée pour en faire un roman. Quelle bonne idée !

Du très bon laurent Gaudé !

 

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