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Chers visiteurs, bonjour !

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Ecoutons un livre

Dépôt des liens : Ici

Tous les 28 du mois, je publie un billet récapitulatif des lectures audio des participants. Il n'est pas nécessaire de participer à chaque fois.

 

 

 

30 avril 2022 6 30 /04 /avril /2022 21:21

J'ai écouté récemment trois livres audio. N'ayant pas le temps (et surtout le courage, soyons honnête) de rédiger un billet pour chacun, voici un avis rapide sur ces romans.  Les trois sont très bien interprétés.

Les amazones - Jim Fergus

Lizzie - lu par Clémentine Domptail, Astrid Roos, Maud Rudigoz 

Ce livre est le tome 3 de la trilogie "Mille femmes blanches". Quand commence la série, nous sommes en 1875. Un chef cheyenne a échangé, avec l'accord du président Grant, mille chevaux contre mille femmes blanches. Ces femmes ont été recrutées dans les prisons ou asiles des Etats Unis. Dans le premier tome, nous assistons à l'intégration des femmes jusqu'à ce que la tribu subisse une attaque qui la disloque. Je n'ai pas lu tome 2 mais j'ai écouté sans difficulté le tome 3, qui raconte la suite des aventures d'une partie de ces femmes. Elle ont pris le parti des indiens, défendant avec courage une civilisation sacrifiée. 

Ce livre, bien que s'écoutant avec plaisir, n'est pas mon préféré parmi les trois que je vous présente aujourd'hui. Je n'ai pas trouvé que cette suite apportait grand-chose à l'histoire de départ. 

Voici le lien vers mon billet sur le premier tome "Mille femmes blanches", que j'avais beaucoup aimé.

Plonger - Christophe Ono-dit-Biot

Ecoutez lire - lu par Laurent Stocker

César nous raconte la naissance de son fils ainsi que son coup de foudre pour Paz, la mère de l'enfant. Paz, artiste photographe, est plus jeune que César. Elle veut voyager, ne veut pas d'enfant et se passionne pour les requins. César a d'autres attentes. Il veut fonder une famille. Quand Paz se trouve enceinte contre son gré, leur relation commence à battre de l'aile. Paz s'enfuit. Elle est retrouvée morte, quelques mois plus tard, sur la plage d'un pays arabe. Nous sommes aux côtés César dans l'enquête qu'il entreprend pour connaître la cause de la mort de femme. 

"Plonger" est un roman sur la difficulté de vivre en couple, de composer avec les goûts et aspirations de l'autre quand ils sont opposés. C'est aussi un roman sur l'art et sur la maternité. L'histoire, que j'ai trouvée originale, est de plus en plus prenante au fil de la lecture.  J'ai beaucoup aimé ce roman, qui m'a donné envie de lire d'autres titres de l'auteur. 

Les choses humaines - Karine Tuil

Ecoutez lire - Lu par Constance Dollé

Alexandre Farel, fils d'un célèbre journalise et d'une essayiste française, est accusé du viol d'une jeune fille, lors d'une soirée étudiante. La justice est saisie et la vie de chaque membre de la famille bascule. Nous suivons tour à tour les différents protagonistes, ce qui nous permet d'appréhender l'histoire sous différents angles.

Karine Tuil a un talent certain pour décrire les maux de notre société. J'ai été bluffée par la subtilité de son analyse sur des sujets aussi scabreux et sensibles que le consentement féminin, l'éducation sexuelle des jeunes gens, les pulsions sexuelles mais aussi les répercussions du mouvement "me too" sur les relations entre les hommes et les femmes.  Je recommande chaudement ce livre, qui ouvre les yeux sur un sujet du moment, plus complexe qu'il n'y parait.

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18 avril 2022 1 18 /04 /avril /2022 15:59

Bouclard - 152 pages - 2022

"Pyrate me permet aujourd'hui d'écrire un texte que je n'aurais pas pu concevoir sans lui. Car je n'ai aucune imagination. Je sais mentir, mais je ne sais pas inventer. Et si la vie de Pyrate sonne comme un roman, tout est vrai pourtant. Je sais aussi que je n'aurai plus l'occasion d'écrire une telle histoire".

Voilà un bout de temps que je n'ai pas couché sur le papier mes impressions de lecture.  En m'y remettant avec cet ouvrage, je n'ai pas choisi la facilité car cette lecture est un peu particulière. Je connais, mais pas intimement, l'homme dont il est question dans ce livre. Je savais, avant de commencer l'ouvrage, qu'il avait eu une vie mouvementée et que c'était un homme peu conventionnel.  C'est avec une certaine curiosité (dans le bon sens du terme) que je me suis plongée dans ce récit mais aussi avec une certaine appréhension. Serait-il bien écrit ? Je ne connaissais ni l'auteur ni la maison d'édition, assez confidentielle.  Nous verrons que je n'ai pas été déçue, bien au contraire.

L'histoire de ce livre commence par une rencontre entre un journaliste, Fabrice Chillet et  "Pyrate", dont je respecte l'anonymat.  Le journaliste est immédiatement fasciné par la personnalité de l'homme, tout autant que par son histoire. Tous deux partagent la passion de la mer et du voyage. Pyrate est breton. Il a passé son enfance dans la rade de Brest, côtoyant dès son plus jeune âge ceux qui vivent de la mer. Il n'est pas étonnant qu'il ait suivi leur trace, exerçant successivement plusieurs métiers en lien avec la grande bleue. Il a "fait la pêche" comme on dit par chez nous. Il a également construit des bateaux, convoyé des voiliers, travaillé sur un pétrolier... La liste est longue et je ne vous dirai pas tout pour garder une part de mystère. Sachez toutefois que le titre n'a pas été choisi par hasard.

Le récit n'est pas chronologique, il est question de Pyrate mais aussi du regard de l'auteur sur son personnage, qu'il replace dans son contexte, nous faisant revivre une époque et des évènements qui ont marqué les finistériens. Je pense notamment au naufrage de l'Amoco Cadix. Dès son plus jeune âge, Pyrate se révolte contre l'injustice, défend les faibles contre les forts. Il est courageux, déterminé et attaché plus que tout à sa liberté. Il n'hésite pas, comme beaucoup de marins bretons, à quitter sa terre natale pour aller loin, très loin. Il prend des risques et s'en sort miraculeusement grâce à une force de caractère hors du commun et sans doute de la chance. Et puis un jour, il quitte sa vie aventureuse et pose ses valises dans un petit village breton. Aujourd'hui, ce n'est plus la mer qui le fait vivre mais Il est resté fidèle à ses valeurs.

Vous l'avez compris, j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cet ouvrage. Parcourir les mers sans quitter mon canapé me convient bien, surtout quand le voyage est tumultueux. L'auteur nous offre de nombreuses références littéraires et nous régale avec une plume poétique. Il retranscrit textuellement, dans de nombreux passages, l'expression personnelle de son héros, ce qui nous permet d'entendre sa voix. J'ajouterai pour finir que l'ouvrage est un bel objet (typographie soignée, papier de qualité...)

A découvrir, surtout si vous aimez la mer et la Bretagne !

 

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28 décembre 2021 2 28 /12 /décembre /2021 11:04

Lemeac 2015 - 1 h 29 - lu par l'autrice

 

Le fleuve est un très court roman d'inspiration autobiographique dans lequel Sylvie nous raconte la disparition accidentelle de son grand-frère, alors qu'elle n'avait que cinq ans. Au début du roman, nous faisons connaissance d'une famille nombreuse, unie et joyeuse. C'est une époque où les enfants, souvent livrés à eux-mêmes, découvrent, sans les adultes, la nature et ses dangers. Ce jour-là, la chance n'est pas du côté des enfants. La marée monte et le grand-frère de la narratrice est piégé. 

Avec une plume poétique, Sylvie Drapeau nous raconte les différentes phases du drame puis la reconstruction de la famille, telles qu'elle les a vécues à  hauteur d'enfant. C'est triste, bien entendu, mais il y a aussi beaucoup d'amour et d'espoir dans ce court texte.

Un très beau récit, lu par l'autrice avec une émotion communicative.

Vous pouvez trouver ce livre audio ici (gratuit) :

https://ici.radio-canada.ca/ohdio/livres-audio/105714/le-fleuve

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22 novembre 2021 1 22 /11 /novembre /2021 23:09

10 h 46 - Lu par Catherine Proulx-Lemay -source : radio-canada

Avant propos :

Comme vous l'avez sans doute constaté, mon blog tourne au ralenti en ce moment, attendant que l'envie revienne. J'ai lu ce roman l'an passé dans le cadre de Québec en novembre. Mon billet est resté en mode brouillon car j'ai dû faire une pause-blog à cette époque. Je profite du Québec en novembre 2021 (si j'ai bien compris le dernier) pour mettre cet article en ligne. Dans quelques jours, publierai un autre billet, rédigé également l'an passé.

Mon billet :

Anne Shirley est une jeune orpheline qui a la chance d'être adoptée, sur un malentendu, par un frère et une sœur qui partagent la même maison. Matthew et Marilla Cuthbert, chacun à sa façon, apprennent à aimer la jeune fille qui le leur rend bien. Un peu sauvageonne mais avec de belles valeurs et une grande fraicheur, Anne grandit sous l'œil bienveillant de ses nouveaux parents. Elle apprend de ses (nombreuses) erreurs et finit par devenir la jeune fille que tout parent rêve d'avoir.

Le petit côté désuet de l'histoire n'a pas été pour me déplaire. Nous sommes plongés dans une autre époque, celle où la nature offrait aux enfants leurs plus belles distractions : jouer au bord d'une rivière, paresser dans un verger, cueillir des fleurs sauvages dans de petits chemins plein de charme... La nature occupe une grande place dans le roman. Nous voyons la jeune fille grandir aux rythmes des saisons. Les hivers sont rudes et le printemps un ravissement pour les yeux. L'île du Prince d'Edouard (au sud du Canada) est un lieu que je rêve désormais de visiter. 

J'ai beaucoup aimé les personnages de Matthiew et Marilla, si différents mais complémentaires. La fermeté de Marilla et la gentillesse de Matthiew, qui sait faire fléchir sa soeur quand il le faut. De beaux personnages que j'ai appris à connaitre et dont j'ai partagé les joies et les tourments. Je les ai quittés à regret, tout comme Anne.

Voilà un roman jeunesse plein de charme que j'ai pris beaucoup de plaisir à écouter. L'interprétation de la lectrice est tout à fait en accord avec la fougue et la spontanéité de la jeune Anne. Je vais certainement continuer à découvrir la série en version audio.

Une chouette découverte !

chez Karine et Yueyin 

 

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5 septembre 2021 7 05 /09 /septembre /2021 21:24

Audiolib 2018 (Albin Michel) - Lu par Florine Orphelin - 5 h 35

"Marie et Bronia" est le deuxième ouvrage que je lis sur la vie de Marie Curie. Le premier "Marie Curie prend un amant" racontait un épisode de la vie d'adulte de la célèbre scientifique. Dans "Marie et Bronia", Natacha Henry se penche sur la jeunesse de Marie Curie.  Cette biographie romancée, écrite pour la jeunesse, nous raconte comment Marie, grâce au pacte conclu avec sa sœur, est parvenue à quitter Varsovie pour étudier à Paris. La Pologne, alors occupée par les Russes, n'acceptait pas de filles à l'université. Tout comme sa sœur Bronia, Marie était très brillante et rêvait de suivre des études. C'est elle qui a trouvé la solution : elle financerait les études de sa sœur en trouvant un travail puis Bronia ferait de même. Le plan a fonctionné. L'une est devenue gynécologue l'autre physicienne et chimiste.

Marie et Bronia ont perdu leur maman jeune et ont dû (surtout Bronia) épauler leur père pour élever les plus jeunes de la fratrie. La détermination des deux soeurs est remarquable. Si j'avais des filles adolescentes, je leur ferais lire ce roman qui offre un bel exemple de réussite féminine dans un milieu très masculin et un contexte familial compliqué. D'un point de vue historique, l'ouvrage est intéressant. Je ne connaissais pas grand chose de la Pologne de l'époque  et j'ignorais les raisons pour lesquelles Marie Curie avait étudié en France. J'ai apprécié ce voyage dans le temps.

La version audio est très réussie grâce à la lectrice qui offre une très belle interprétation de ce texte.

A découvrir !

 

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18 août 2021 3 18 /08 /août /2021 23:58

Calmann Levy - août 2021 - 283 pages

"Et toujours elle se raccrochait à l’idée qu’elle n’était pas seule, que les autres aussi faisaient semblant, pris dans le tourbillon des buts à atteindre, des missions à accomplir, des engagements à respecter, des délais à tenir, les autres aussi supportaient l’insupportable. Car qui aurait pu se satisfaire de cette vie de cases à cocher ?"

Emma gagne sa vie en traduisant les livres des autres. Elle rêve de publier son propre roman mais ne parvient pas à dégager du temps pour cela. Pour gagner à peine de quoi élever son fils Quentin, elle consacre de longues heures à traduire les ouvrages qu'on lui confie. Sans doute manque t'elle aussi de punch de sortir de cette situation qui lui pèse. Le jour où les impôts lui réclament plus d'argent qu'elle n'est capable de gagner dans le délai qui lui est imposé, elle décide d'accepter une mission qui change de son quotidien. Elle intègre un groupe de travail missionné par le géant du Web "Kiwi", qui réfléchit à  la création d'un logiciel de traduction automatique qui saisirait toutes les subtilités d'une langue afin d'offrir une traduction intelligente. Là voilà donc contrainte de réfléchir à la façon de scier la branche sur laquelle elle est assise. Dans le même temps, son fils, rêveur d'un autre genre, vit son existence au travers de jeux vidéos. Très doué pour l'informatique, il est contacté par "le dark web" pour une mission qui va l'entrainer sur les platebandes de sa mère.

Nous suivons tantôt Emma, tantôt son fils, sachant que leurs parcours respectifs vont finir par se rejoindre. Un troisième personnage nous est présenté. Il s'agit de la mère d'Emma, une femme "terre à terre" qui remet régulièrement les pendules à l'heure chez sa fille. Elle m'a bien plu cette femme toute simple et bien dans ses baskets. J'ai beaucoup aimé également le personnage plus torturé qu'est Emma. Je pense que nous pouvons nous retrouver facilement en elle. Qui ne perd pas son temps, parfois, à rêver sa vie plutôt que de la vivre pleinement ? 

En dehors de l'histoire, qui se laisse lire avec plaisir, Camille de Peretti apporte une réflexion intéressante sur différents sujets de société : les jeunes et les jeux vidéos, "l'amour" et les réseaux sociaux, le monde du travail et son évolution... J'ai bien aimé également que l'on m'incite réfléchir sur l''avenir de la traduction. L'avènement de logiciels de plus en plus sophistiqués ne va t'il pas remplacer les traducteurs "humains" ?  C'est un sujet sur lequel je ne m'étais jamais vraiment penchée mais qui m'a interpellée.

Les rêveurs définitifs est ma première lecture pour cette rentrée littéraire d'août 2021. Un titre prometteur, une jolie couverture et un résumé alléchant : tout ce qu'il fallait pour me mettre l'eau à la bouche et n'ai pas été déçue. Sans être un coup de cœur, c'est un roman que j'avais plaisir à retrouver chaque soir et que je conseille aux personnes intéressées par les sujets traités.

Un bon roman de cette rentrée.

 

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14 avril 2021 3 14 /04 /avril /2021 12:39

L'iconoclaste - 258 pages - avril 2021

Le fil conducteur des histoires qui composent cet ouvrage est la station service dans laquelle se croisent les témoins d'un "drame" (je ne sais pas si le mot est bien choisi) :

 "23 h 12. Ils sont quinze à se croiser, si on compte le cheval et le cadavre planqué à l'arrière d'un gros Hummer noir"

Avant cela, nous remontons le temps et retrouvons chaque témoin dans son quotidien. Les personnages sont très différents les uns des autres et les univers dans lesquels ils évoluent le sont tout autant. Certains parcours sont crédibles, d'autres totalement improbables mais peu importe, nous sommes "à fond dedans", et tout de suite.

"Kérozène" est assez éloigné de mes lectures habituelles. Je ne suis pas une adepte des histoires loufoques, qui, en général, me lassent vite. Cela n'a pas été le cas avec cet ouvrage, que j'ai lu avec une certaine jubilation. Adeline Dieudonné a une imagination débordante et le sens de l'humour. 

Je m'attendais à lire un roman, il s'agit plutôt d'un recueil de nouvelles. J'ai pris le temps d'apprécier chaque histoire sans chercher à les enchainer. Après en avoir lu une ou deux, je posais l'ouvrage pour le retrouver avec joie le lendemain. Plutôt que de vous résumer les différentes histoires, je préfère vous livrer deux extraits qui donnent le ton :

"Roger pétait. Dans son pantalon en toile beige qu’il portait haut, la ceinture juste sous les côtes. Marie et Olivier faisaient mine de ne pas le remarquer mais il pétait, avec le naturel et la décontraction d’un enfant de deux ans. Merde. Ces choses là peuvent arriver mais on s’excuse. On rougit un peu, on se tortille, on invoque des problèmes intestinaux, je sais pas. Et la complicité des deux autres. Ce silence. J’avais fini par penser que c’était une conspiration contre moi. Une forme de coalition compacte entre père, mère et fils."

Autre, extrait, autre histoire :

"Sébastien pris Mauricio par la manche et l'emmena dans le salon, qui donnait sur la rue. Une grande truie rose et glabre se prélassait sur toute la longueur du canapé. 

Juliette dit : Elle s'appelle Estelle. Tu peux la caresser.

La truie regarda Mauricio avec curiosité, elle remua son groin humide dans sa direction et le laissa toucher sa tête."

Je n'ai pas lu le premier roman de l'autrice "la vraie vie" mais j'y compte bien. Je me suis bien amusée avec celui-ci et je vous le conseille si vous n'êtes pas totalement hermétique aux univers déjantés.

Une parenthèse agréable dans mes lectures habituelles.

Je participe avec le mois belge d'Anne et Mina dans la catégorie "Les Impressions nouvelles" : Un roman édité depuis le dernier mois belge.

 

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31 mars 2021 3 31 /03 /mars /2021 23:11

Audiolib 2021 (Grasset) - lu par Guila Clara Kessous - 3 h 53

"Très souvent, dans les cas d’abus sexuel ou d’abus de faiblesse, on retrouve un même déni de réalité : le refus de se considérer comme une victime. Et, en effet, comment admettre qu’on a été abusé, quand on ne peut nier avoir été consentant ? "

Vanessa Springora nous raconte la liaison qu'elle a eue, durant toute son adolescence, avec un écrivain de 50 ans qui l'a séduite alors qu'elle n'avait que treize ans. L'auteur, qui jouissait d'une certaine notoriété, était reçu sur les plateaux de télévision pour y présenter ses romans, dont certains faisaient l'apologie de la pédophilie. Dans ces années 70-80, l'opinion publique n'était pas encore sensibilisée aux abus subis par les mineurs. Une telle complaisance des médias vis à vis d'un écrivain serait aujourd'hui inimaginable.

Ce qui est intéressant, dans le récit de Vanessa Springora, c'est "comment" l'emprise s'est mise en place. Elle décrit l'approche du prédateur, qui a agi "au nez et à la barbe" de la mère de l'autrice. La technique de séduction, inscrite dans le temps, avait mis en confiance la jeune fille et sa mère.  Il faut dire que le "terreau" était fertile. La toute jeune fille était délaissée par son père et élevée par une mère qui vivait, à trente ans, la jeunesse qu'elle n'avait pas eue. L'univers dans lequel évoluaient la mère et la fille était un milieu intellectuel qui se voulait libéré et sans tabou.

Vanessa Springora revient sur l'impact très important de cette liaison sur son adolescence mais aussi sur sa vie de femme. Un rapport compliqué avec le corps, la difficulté d'avoir adulte une sexualité épanouie mais aussi l'énorme difficulté à construire sa propre identité, tant l'influence de l'écrivain était prégnante. Il lui a fallu des années pour se décider à mettre cette histoire sur la place publique. Ne cautionnant pas le déballage de la vie privée en littérature, elle a pris le temps de réfléchir à la portée de son projet.  Son approche, factuelle et non-voyeuriste, m'a convaincue, tout comme l'interprétation audio de Guila Clara Kessous, sobre et efficace. Je suis sortie de cette écoute avec l'impression d'avoir progressé dans ma compréhension du phénomène de l'emprise, notamment dans le rapport enfant-adulte.

Un récit autobiographique percutant. 

Ce roman est en lice pour le Prix Audiolib 2021

Challenge écoutons un livre

 

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4 mars 2021 4 04 /03 /mars /2021 00:38

Mars 2021 - Finitude - 254 pages

Le résumé figurant sur la quatrième de couverture est très succinct mais décrit fort bien la situation : "Ma mère s'emmerdait, elle m'a transformée en poupée pendant quelques années et la poupée en a eu assez. Elle s'est vengée".

La fille unique du couple Vern est particulièrement jolie, ce qui donne l'idée à sa mère de l'inscrire aux concours de "Mini-miss" organisés dans la région. Nous sommes en Floride (en France, ce type de concours est interdit). Madame Vern vise pour sa fille la première marche du podium mais Elisabeth doit se contenter de la seconde. En dépit d'une préparation digne d'un marathon, Il y a toujours une petite fille plus belle qu'elle.

En plus de sa propre déception, la fillette doit subir celle de sa mère, qui lui fait payer ses échecs. Au fil du temps, les dimanches deviennent un véritable calvaire pour la petite fille qui se met à détester sa mère au point d'avoir l'idée de se venger. La narratrice, qui n'est autre qu'Elisabeth, raconte son histoire avec un cynisme qui fait froid dans le dos. 

"Florida" est un roman qui m'a happée dès les premières pages. Olivier Bourdeaut a une écriture particulièrement addictive. Un certain suspens plane sur le devenir d'Elisabeth, dont la vengeance va crescendo. Parallèlement, sa descente aux enfers est vertigineuse mais pourtant jubilatoire grâce au sens de l'humour (noir) d'Elisabeth. 

J'ai été à la fois subjuguée et dérangée par ce roman qui ne fait pas plus de cadeau à sa narratrice qu'au lecteur. J'avais été fortement impressionnée par la qualité du premier roman de l'auteur "En attendant Bojangles", je l'ai été tout autant par Florida qui est un roman très original et déstabilisant. 

Un roman "coup de poing" à découvrir !

Ce roman paraît aujourd'hui même aux Editions Finitude.

Une lecture commune avec Antigone, qui en a fait un coup de cœur (je n'en suis pas loin). 

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9 novembre 2020 1 09 /11 /novembre /2020 19:44
Finitude - Octobre 2020 - 220 pages

Pierre vient de perdre un poste haut placé dans un grand groupe d'édition, après avoir refusé de faire un "rapport" sur une personne accusée de malversations et qu'il croit innocente. Désormais au chômage, Pierre accepte un poste de VRP qui lui fait parcourir la France pour faire la promotion de livres et d'encyclopédies. Il visite essentiellement les libraires et les bibliothèques. Ce poste est moins passionnant que le précédent mais lui fait voir du pays et rencontrer des gens. Le temps passé en voiture lui permet de réfléchir à l'évolution du monde du livre avec la disparition des petites maisons d'éditions, avalées peu à peu (à son grand regret) par des grands groupes.

Pierre Lombard est un personnage attachant. Il ne manque pas d'humour, se lie facilement et pratique l'autodérision. J'ai pris plaisir à le suivre le long des routes de France, partageant ses réflexions. Je n'ai pas réussi à replacer le roman dans le temps. Il me semble que cela fait belle lurette qu'on ne vend plus d'encyclopédies papier.

La description du monde du livre est assez pessimiste et désabusée. Aux côtés de quelques passionnés de littérature, nous découvrons des gestionnaires peu soucieux de la qualité des ouvrages qu'ils proposent.  Plus généralement, il est question du rapport de l'homme au travail. J'ai trouvé certaines réflexions très justes, comme celle-ci, par exemple, qui peut s'appliquer à n'importe quel métier :

"Patience devant les clients énervés, Patience devant les responsables de rayons surmenés. Patience devant les décontenancés, patience devant les pleutres, les séducteurs, les indifférents, les vulgaires, les arrogants. S'il se laisse à les mépriser, il méprisera sa relation à la vente. S'il méprise son travail, il se méprisera. Se méprisant, il vivra tout cela avec dégoût. Alors, il ne lui restera que ses yeux pour pleurer".

On peut lire, sur la quatrième de couverture, que Christian Estèbe a été libraire puis représentant en librairie et qu'il est aujourd'hui bouquiniste à Marseille. Son personnage principal, Pierre Lombard, a un parcours assez proche. L'auteur semble bien connaitre son sujet. Amoureux des livres et des mots il partage avec nous sa passion.

"Passer de l'écrit vain, à l'écrit vrai, lever le voile des mots d'usage, des mots d'usure. Comment gratter les mots. Ecrire pour retrouver en soi ce qui parle à soi, donc à tous. Etroite est la passerelle, et il faut être un peu funambule pour tirer l'or de cette vieille matière corrompue que sont les mots." 

Voilà un roman intelligent, à l'écriture soignée et non dénué d'humour. Bien qu'il n'y ait pas de réelle intrigue (juste un petit rebondissement à la fin), l'histoire est assez prenante.

Une belle découverte !

 

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