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Ecoutons un livre

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Tous les 28 du mois, je publie un billet récapitulatif des lectures audio des participants. Il n'est pas nécessaire de participer à chaque fois.

 

 

 

9 juin 2020 2 09 /06 /juin /2020 23:56

Folio (Gallimard 2001) - 540 pages - traduit de l'anglais par Serge Chauvin

"On a tendance à oublier à quoi ressemblaient vraiment les années soixante-dix. On se souvient des cols pelle à tarte et du glam rock, on évoque, avec des larmes dans les voix, les Monty Python et les émissions pour enfants, mais on refoule toute la sinistre étrangeté de cette période, tous ces trucs bizarres qui se passaient tout le temps. On se rappelle le pouvoir qu’avaient les syndicats à l’époque, mais on oublie comment réagissaient les gens : tous ces tordus militaristes qui parlaient de mettre sur le pied des armées privées pour rétablir l’ordre et protéger la propriété quand la loi ne serait plus en mesure de le faire."

Ce livre fait partie d'un triptyque dont le dernier tome, "Le coeur de l'Angleterre", est sorti récemment, près de 20 ans après le premier. Le thème de ce troisième tome, qui évoque notamment le Brexit m'intéresse beaucoup mais j'ai préféré commencer par le premier tome, qui dort dans ma PAL depuis plusieurs années.

Nous sommes plongés dans les années 70. Les personnages de l'histoire sont en terminale dans un Lycée de Birmingham. Amis ou ennemis, ils sont, pour la plupart, d'origine sociale élevée à l'exception de quelques très bons enfants d'ouvriers qui ont obtenu une bourse. Tous espèrent accéder l'an prochain à une très bonne université et se donnent les moyens d'y parvenir.

Tout au long de cette année scolaire que nous allons suivre, les adolescents vont se fréquenter les uns les autres. Certains font du sport, d'autres participent au journal de l'école. Leur conscience politique se forme, ils apprennent à confronter leurs idées. La censure existe peu, ce qui entraîne quelques tensions au sein de l'école quand certains élèves "se lâchent", mettant en cause des camarades, leurs parents ou encore des professeurs.

Nous suivons en arrière plan les histoires des parents. Lutte syndicale, tromperies conjugales, relations parents-enfants... Le roman faisant plus de 500 pages, Jonathan Coe a le temps de donner corps aux personnages secondaires. Il nous offre plusieurs histoires qui s’emboîtent habilement les unes dans les autres. Le ton, un brin nostalgique, m'a beaucoup plu. 

Les états d'âmes et préoccupations des lycéens sont bien rendus, les personnages sont intéressants. En toile de fond, l'histoire de l'Angleterre de l'époque se dessine : les attentats perpétrés par l'IRA, une récession économique qui entraîne des conflits sociaux, le nationalisme, la montée des extrêmes... 

Je lirai avec grand plaisir la suite des aventures de ces adolescents et notamment celle de Benjamin, que l'on suit de façon plus rapprochée. 

Voilà un bon roman, dans lequel on installe confortablement pour remonter le temps.

 

animé par Lou - Titine - Lamousmé

 

Challenge objectif PAL chez Antigone

 

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4 mai 2020 1 04 /05 /mai /2020 23:23

Audiolib (Sabine Wespieser 2019) - 5 h 52 - lu par Claire Cahen

Edna O'Brien est une romancière d'origine irlandaise née en 1930, qui vit aujourd'hui à Londres. Je m'attendais à lire un roman se passant en Irlande, j'ai donc donc été surprise de découvrir sur la quatrième de couverture que mon écoute allait me mener au Nigéria.

"J’étais une fille autrefois, c’est fini. Je pue. Couverte de croûtes de sang, mon pagne en lambeaux. Mes entrailles, un bourbier".

Edna O Brien se met dans la peau d'une jeune nigériane, Maryam, enlevée par Boko Haram avec d'autres jeunes filles, dans leur école. Nous suivons le calvaire épouvantable de Maryam (viol, torture), son mariage forcé puis son retour dans sa famille après une fuite éprouvante. Maryam ne revient pas seule mais avec un enfant, issu de son mariage forcé. On pourrait imaginer que ce retour marque la fin du calvaire de la jeune fille mais il n'en est rien. La famille rejette l'enfant et craint que Boko Haram ne vienne dans le village à leur recherche. Maryam doit fuir de nouveau.

"Chacune cherchait un coin où s’isoler, car même si on n’était que des salopes pour eux et qu’on se trouvait répugnantes, on s’accrochait aux derniers lambeaux de dignité. Chaque fille cherchait un coin à soi, puis une flaque ou un ruisseau pour se laver. Et chacune de nous priait que les prochaines règles viennent. Des filles mangeaient des racines ou des feuilles pour ne pas être enceintes".

Edna O'Bien s'est emparée d'un sujet difficile. Afin de se faire une idée plus juste de la situation, elle s'est rendue sur au Nigeria afin de recueillir des témoignages.  Certaines scènes sont très éprouvantes, notamment les scènes de viol. En dehors de cet aspect, qui peut poser difficulté au lecteur, le roman se lit facilement. Si je n'ai rien appris de nouveau sur les exactions de Boko Haram, le roman m'a sensibilisée sur la réintégration dans les familles des jeunes filles enlevées, que je n'imaginais pas si compliquée. J'ai trouvé Maryam attachante, courageuse et résiliente. Toutes les jeunes filles qui vivent cette expérience ne s'en sortent certainement pas aussi bien.

La version audio est parfaitement réussie. La voix de la lectrice fait corps avec le personnage de Maryam et ajoute de la puissance au roman.

Un roman intéressant. 

L'avis d'Enna (moins enthousiaste que moi).

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2020.

Challenge "Écoutons un livre".

 

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28 avril 2020 2 28 /04 /avril /2020 20:46

Août 1997 -368 pages

Pour le mois belge, j'avais lancé, au moment de sa préparation, l'idée d'une lecture commune autour d'Henri Bauchau. J'aime me frotter de temps en temps à des lectures exigeantes mais Je ne pouvais pas imaginer que celle-ci tomberait à un moment où ma concentration ne serait pas idéale. J'ai tout de même sorti ce livre de ma pile à lire et, si j'ai eu plusieurs petits coups de mou, je n'ai pas flanché. J'en suis ravie car c'est une lecture passionnante, qui m'a permis de renouer avec un auteur que j'aime beaucoup, tout en  me plongeant dans la mythologie grecque.

Un petit mot tout d'abord sur Henri Bauchau, de nationalité belge et de langue française. L'auteur est né en 1913 et mort en 2012, à l'âge de 98 ans. On commençait presque à le croire éternel. Poète, romancier, dramaturge et psychanalyste, Il laisse derrière lui une oeuvre impressionnante (recueils de poésie, essais, pièces de théâtre, journaux et romans).

Henri Bauchau

"Antigone" fait partie d'une trilogie consacrée aux récits hérités de la tradition grecque. J'ai lu le premier opus "Œdipe sur la route" il y a quelques années. J'étais persuadée qu'Antigone était le second de la trilogie mais je viens de découvrir que c'est le troisième. Je n'ai pas eu l'impression qu'il me manquait des éléments de compréhension, ce qui me fait dire qu'il est possible de lire les ouvrages indépendamment les uns des autres. Je ne suis pas une spécialiste de la mythologie grecque et je n'ai pas fait d'études de lettres. Je ne vais donc pas me lancer dans une analyse de l'oeuvre mais je vais tenter de vous dire ce que j'en ai compris et comment j'ai vécu cette lecture.

Antigone est la fille d’Œdipe et de Jocaste. A la mort de leur père, ses deux frères (des jumeaux) Etéocle et Polynice se disputent le trône de Thèbes. Antigone, qui a accompagné Œdipe jusqu'à sa mort, est de retour à Thèbes après 10 ans d'errance sur la route. Elle s'est donné pour objectif de raisonner ses frères afin de les empêcher de se battre l'un contre l'autre.

Antigone, assoiffée de justice, consacre son temps aux autres. Elle recueille et soigne les malades, n'hésitant pas à mendier pour leur acheter de la nourriture et des médicaments. La jeune femme ne veut pas s'immiscer dans les jeux politiques et mise sur sa capacité à convaincre ses frères de ne pas se battre. Sa stratégie échouera et son intervention amènera finalement Thèbes aux mains de son oncle Créon, qui n'a pas la volonté d'apporter à la ville la paix et la justice. Sa lutte est presque perdue d'avance mais Antigone se battra jusqu'au bout, avec un certain entêtement il faut bien le dire. 

"C'est aussi tellement toi, Antigone, cette confiance intarissable dans l'action de la vérité, dont on ne sait si elle est magnifique ou seulement idiote. Crois-tu qu'on peut sans délirer, espérer comme tu fais ? Est-ce que tu penses que les jumeaux te comprendront et que même s'ils te comprennent, cela les fera sortir de leur passions ?"

J'ai beaucoup aimé Antigone, si humaine et altruiste. Son plan a échoué mais elle a tout tenté, tout donné, y compris sa vie. J'ai aimé également les personnages secondaires : la soeur d'Antigone, Ismène, si douce et raisonnable, ses amis masculins qui la soutiennent et font office d'anges gardiens...

Nous retrouvons dans cette "Antigone" la passion de Bauchau pour les arts (Antigone est douée pour la sculpture). L'auteur utilise ses connaissances dans les domaines de la psychologie et de la psychanalyse. Il nous démontre que l'amour-haine entre les deux frères provient de leur petite enfance et des relations avec leur mère. 

Henri Bauchau nous offre de beaux portraits de femmes qui évoluent dans une société patriarcale où la gent féminine a la place que veut bien lui laisser l'homme. L'Antigone de Bauchau est une rebelle, féministe avant l'heure. l'écrivain met l'accent, à plusieurs reprises, sur les disparités hommes-femmes. Il fait dire par exemple à Ismène :

"Je dis oui à mon enfant, Antigone, c'est un bonheur mais à cause de lui je ne suis plus libre. Créon a le pouvoir de te tuer et moi je vais devoir me taire, comme font les femmes depuis toujours, les femmes qui ont des enfants."

"Antigone" est un roman foisonnant, riche et parfois exigeant. La plume et le talent de Bauchau m'ont permis de rester captivée jusqu'au bout même si, je le reconnais, cette lecture m'a demandé un petit effort.

Si vous souhaitez allez à la rencontre de Bauchau je vous conseille également "Le boulevard périphérique"ou l'enfant bleu.

Le billet de Marylin

Chez Antigone

 

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18 avril 2020 6 18 /04 /avril /2020 23:48

Audiolib (Albin Michel 2019) - lu par Audrey Sourdive - 6 h 15

Le hasard fait que j'ai lu récemment plusieurs ouvrages centrés sur la condition des femmes. Une nouvelle fois, j'ai été sidérée de constater à quel point la liberté des femmes est bafouée dès que le contexte le permet. Dans "le bal des folles", l'auteur nous fait découvrir un épisode de l'histoire du célèbre hôpital "La Salpêtrière", dans le treizième arrondissement de Paris. Nous sommes transportés au 19ème siècle, dans une société patriarcale qui ne peut accepter qu'une femme ne soit pas dans la norme. A la Salpêtrière on enferme les homosexuelles, les femmes qui ont subi des violences ou qui souffrent de dépression mais aussi celles qui "sortent du lot" par leur originalité.

L’hôpital de la Salpétrière

Le personnage principal du roman est une jeune femme qui voit des esprits. Elle ne fait de mal à personne mais sa bizarrerie fait peur à sa famille qui fait le choix de l'interner dans le service du professeur Charcot, à la Salpêtrière. Eugénie ne se sent pas à sa place dans l'établissement et va tout faire pour en sortir. Par un stratagème, elle parvient à obtenir l'aide d'une infirmière rigide et en apparence sans cœur. Eugénie décèle une faille chez Geneviève et l'amène à plaider sa cause. La cuirasse de l'infirmière est ébranlée. Elle commence à évaluer d'un œil nouveau l'hôpital dans lequel elle travaille depuis des années.

Le titre du roman est un peu trompeur. S'il est question d'un bal qui est donné chaque année à l'hôpital, l’événement n'occupe qu'une partie du roman. Ce bal est toutefois révélateur de l'hypocrisie du système. On enferme des femmes contre leur gré mais on fait croire au public, en les exhibant une fois dans l'année, qu'elles s'amusent dans ce lieu sinistre.  Le reste du temps, elles subissent toutes sortes d'essais expérimentaux.

Le bal des femmes
Une séance d'hypnose

Cet ouvrage fera probablement partie de mon top 5 pour le Prix audiolib 2020.  Victoria Mas a choisi un thème original et l'a bien traité. L'aspect historique m'a beaucoup intéressée. J'ai été emportée par le rythme du texte, qui s'écoute sans difficulté. L'interprète est Audrey Sourdive dont j'ai découvert la voix très récemment dans "Retour à Birkenhau".

Je conseille !

 

Challenge "Écoutons un livre".

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7 mars 2020 6 07 /03 /mars /2020 16:20

Albin Michel - 2020 - 14 h 01

Je vous présente aujourd’hui le dernier opus de la trilogie "les enfants du désastre" de Pierre Lemaitre. J'étais impatiente de découvrir ce titre et ravie de le découvrir dans la sélection des romans en lice pour le Prix Audiolib 2020.

Pierre Lemaitre a l'art et la manière de décrire des scènes inoubliables. Une de celles que je retiendrai cette fois se situe au début de l'histoire. Une jeune femme prénommée Louise court dans la rue, nue. Louise est un personnage secondaire de "Au revoir là-haut". Nous l'avions laissée enfant, nous la retrouvons adulte. Elle est institutrice durant la semaine et sert dans un restaurant le week-end.

Un jour, un habitué du restaurant fait une étrange proposition à Louise, qu'elle accepte après réflexion. Cet homme veut tout simplement la voir nue, contre une coquette somme d'argent. Le rendez-vous, qui se tient dans un hotel, tourne mal (mais pas dans le sens où vous pouvez l'imaginer). Louise se retrouve dehors, nue. Qui est cet homme ? Nous l'apprendrons dans la seconde partie du roman. Mais avant cela, nous ferons un petit séjour sur la ligne maginot, dans les tranchées. Nous ferons la connaissance de plusieurs personnages dont Raoul et Gabriel, deux soldats que nous croiserons plus tard sur les routes d'une France en pleine débâcle.

Dans cette drôle de guerre, rien n'est impossible et Pierre Lemaitre nous offre quelques scènes jubilatoires. Certaines m'ont fait penser au film "La septième compagnie", tant il force le trait. Sur les routes de l'exode, en plus de nos deux soldats, nous retrouverons Louise et Jules (le patron du restaurant dans lequel elle travaille) ainsi que d'autres personnages, qui tous verront leur destin basculer.

J'ai vraiment passé un excellent moment avec cette galerie de personnages. Si la première partie est un peu lente (j'ai eu peur d'être déçue), le rythme s’accélère progressivement. La dernière partie du roman ne laisse aucun répit et nous permet de rassembler toutes les pièces du puzzle. 

Audiolib nous offre, en bonus, un entretien réalisé avec Pierre Lemaitre, qui nous donne quelques informations sur sa démarche d'écriture. Il s'est beaucoup documenté, ressortant de l'oubli quelques faits historiques.

"Miroir de nos peines" n'est pas, selon moi, le meilleur opus de la trilogie mais il est tout à fait dans la lignée des précédents. Pour rien au monde je ne l'aurais lu en version papier car Pierre Lemaitre lisant son texte, c'est vraiment la cerise sur le gâteau. On sent qu'il "s'éclate" en lisant ses romans. Il y met tout son coeur et apporte une réelle plus-value au texte papier.

Un très bon divertissement !

 

 

 

 

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15 février 2020 6 15 /02 /février /2020 10:26

Actes Sud Audio - lu par Guillaume Gallienne - 3 h 21

"Moi, Malaka, fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres, je vais raconter Salina, la femme aux trois exils. Je vais dire ma mère qui gît là, au fond de la barque, et le monde qui apparaîtra sera fait de poussière et de cris"

Avant de dévorer "Salina", ma dernière lecture de Laurent Gaude, à savoir "Danser les ombres", datait de 2015. Le côté surnaturel de l'histoire m'avait perdue en chemin et j'avais terminé ma lecture sans conviction. C'est l'avis d'Enna qui m'a donné envie redonner une chance à l'auteur. 

Plongés dans une Afrique ancestrale, nous découvrons la vie de Salina au travers du témoignage de son fils, Malaka. Le jeune homme conduit sa mère jusqu'aux portes de sa dernière demeure. Pour convaincre les passeurs que la défunte a sa place dans une île-cimetière perdue au milieu des eaux, le jeune homme doit raconter l'histoire de sa mère. Sous la forme d'une tragédie en trois actes, Malaka organise son récit et se lance.

Dans un décor grandiose de pierres et de sable, Salina naît et grandit. Elle connait l'amour, la haine et le rejet. Fière et digne en toutes circonstances, cette femme, ivre de liberté et de justice, ne trouvera l'apaisement que dans ses vieux jours. Elle aura trois fils, chacun symbolisant une période de sa vie.

Ce roman, aux allures de conte, contient une dimension intemporelle. La lutte de Salina pour son intégrité ressemble à celle de multiples femmes à travers le monde. C'est en cela qu'elle nous touche particulièrement. La plume de Laurent Gaude, poétique et théâtrale, m'a emportée immédiatement, tout comme la voix de Guillaume Galienne. Je suis sortie de mon écoute charmée par ce beau texte, émue par l'histoire de Salina que je n'oublierai pas de si tôt.

Le livre audio se termine par une interview de Laurent Gaude qui nous explique que "Salina" est à la base une pièce de théâtre, qu'il a retravaillée pour en faire un roman. Quelle bonne idée !

Du très bon laurent Gaudé !

 

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8 février 2020 6 08 /02 /février /2020 00:05

Lu par : Cachou Kirsch, Simon Duprez - 9 h et 9 min - sept 2019 (La manufacture de livres)

Vendue par son père à un maître des forges, Rose se retrouve, à quatorze ans, prisonnière d'un château entouré d'une forêt. La jeune fille va vivre, dans ce lieu maléfique, un véritable calvaire, avant d'être enfermée dans une institution pour femmes, à quelques encablures du château. Rose aurait pu perdre la raison mais son amour des mots la sauve de la folie.  Au château, elle s'évade en lisant le journal qu'elle subtilise chaque soir. Plus tard, dans son cachot, elle écrira sa vie, utilisant les mots qu'elle a engrangés précieusement. Un jour, ses cahiers arriveront aux mains de Gabriel, le prêtre du village. Bouleversé, il se lancera dans une sorte d'enquête pour en savoir plus sur Rose...

Le livre aurait pu commencer par "Il était une fois, dans une contrée lointaine, une jeune fille enfermée dans un château au milieu des bois".  On trouve dans ce château un "ogre" et "une vilaine sorcière". Dans une chambre à l'écart, repose une "belle au bois dormant" qu'il ne faut déranger sous aucun prétexte. En commençant à rédiger de ce billet, j'ai réalisé à quel point ce roman s'apparentait au conte, ce qui peut expliquer les petites invraisemblances qu'on peut y déceler.  J'avoue que je n'y avais pas pensé pendant la lecture, emportée par l'intrigue qui m'a happée dès la première page, pour ne plus me lâcher. Je me suis laissé surprendre par les faux-semblants avec lesquels joue l'auteur (ceux qui ont lu l'ouvrage me comprendront).

"Né d'aucune femme" est un roman polyphonique qui donne la parole successivement à plusieurs personnages. Pour cette raison, je suis ravie de l'avoir découvert en version audio. Deux voix portent le texte : Cachou Kirsch, qui lit régulièrement pour Audiolib, nous livre le récit poignant de Rose. Simon Duprez, que je ne connaissais pas, nous offre une très juste lecture, adaptant son interprétation à la psychologie et l'âge des personnages masculins.

J'avais très envie de lire cet ouvrage, qui connait un grand succès. Je n'irai pas jusqu'au coup de cœur mais je ne n'en suis pas loin.

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2020 (pour en savoir plus, vous pouvez cliquer sur l'image ci-dessous)

challenge "Écoutons un livre"

 

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1 février 2020 6 01 /02 /février /2020 18:59

Les deux livres audio que je présente dans ce billet évoquent la même époque, vécue sous deux angles bien différents. Ces écoutes datent de l'été dernier. Je n'avais pas trouvé le temps, sur le moment, d'écrire des billets. Voilà qui est fait (en condensé).

HHhH - Laurent Binet (audiolib)- 11 h 06

"Je ne peux pas raconter cette histoire telle qu'elle devrait l'être. Tout ce fatras de personnages, d'événements, de dates, et l'arborescence infinie des liens de cause à effet, et ces gens, ces vrais gens qui ont vraiment existé, avec leur vie, leurs actes et leurs pensées dont je frôle un pan infime... "

En commençant cet ouvrage, je ne connaissais rien de l'opération « Anthropoïde » qui s'est déroulée à Prague lors de la seconde guerre mondiale.

En 1942, deux parachutistes tchèques sont mandatés par Londres pour assassiner un membre de la Gestapo dont je connaissais vaguement le nom, mais pas l'histoire : Reinhard Heydrich. Bras droit d'Himmler, celui qu'on nommait "le bourreau de Prague" est le planificateur de la Solution Finale. 

Au fil des pages, Laurent Binet, nous livre ses réflexions sur l'écriture de son roman : Il raconte l'enquête historique minutieuse qu'il a menée et nous fait part de ses états d'âme quand il prend le parti d'imaginer les scènes dont l'histoire n'a pas gardé de traces.

Tout m'a passionnée dans ce roman : le fait historique, la façon de le raconter et les réflexions de l'auteur sur sa démarche. J'ajoute que le lecteur, Emmanuel Dekoninck, est excellent.

 

Le journal d'Hélène Berr (Audiolib)  

"Cela m'est un bonheur de penser que si je suis prise, Andrée aura gardé ces pages, quelque chose de moi, ce qui m'est le plus précieux, car maintenant, je ne tiens plus à rien d'autre qui soit matériel ; ce qu'il faut sauvegarder, c'est son âme et sa mémoire."

J'ai enchaîné la lecture de "HHhH" avec celle du "Journal d'Hélène Berr" et je dois dire que le parallèle entre les ouvrages est à la fois saisissant et glaçant. Pendant qu'Heydrich planifie la solution finale, Hélène Berr et sa famille, dans un Paris occupé, vivent aux aguets, craignant chaque minute une arrestation et la déportation. 

Jeune et brillante étudiante en lettres à la Sorbonne, Hélène se trouve progressivement exclue des cours, puis des transports en commun, avant de devoir vivre dans la clandestinité, tentant d'aider les plus malheureux qu'elle. Hélène Berr est d'une lucidité incroyable et d'une maturité qui s'affirme au fil des pages. Ce témoignage extrêmement fort est lu de façon juste et émouvante par l'actrice Elsa Zylberstein.

Le livre audio comporte une préface écrite et lue par Patrick Modiano. A la fin du livre, il nous est proposé le témoignage de Mariette Job, la nièce d'Hélène Berr.

Deux très bons livres, que je vous conseille sans hésitation.

challenge "Écoutons un livre"

 

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25 décembre 2019 3 25 /12 /décembre /2019 18:20

Audiolib (Grasset) - novembre 2019 - lu par l'autrice

Nous suivons par alternance deux femmes, sur deux époques. Nous faisons tout d'abord la connaissance de Solène, avocate sans enfants, qui a consacré sa vie à sa carrière. A l'âge de 40 ans, un événement traumatisant dans sa vie professionnelle la plonge dans un burn-out aussi soudain que violent. Le psychiatre qui la suit l'oriente vers le bénévolat. C'est ainsi que Solène, sans conviction, frappe à la porte de l'Armée du Salut, qui cherche un écrivain public pour quelques heures de permanence au "Palais de la femme", dans le 11ème arrondissement de Paris. Solène découvre un lieu dont elle n'imaginait pas l'existence. Après une période de doute et de découragement, elle apprivoise les femmes qui y vivent (et l'inverse est tout aussi vrai).

La deuxième femme que nous côtoyons s'appelle Blanche Peyron. Née en 1867, elle décide, très jeune, de consacrer sa vie à aider les autres au sein de l'Armée du Salut. Mariée à un homme qui, lui aussi, se dévoue aux démunis, Blanche concentre son action sur les femmes, qui, dans la rue, sont livrées à tous les dangers. Quand elle découvre que des bâtiments sont en vente Rue Charonne, à Paris, elle imagine ce qu'elle pourrait en faire et convainc son mari de l'aider à trouver des fonds pour en faire l'acquisition. Le projet est fou. L'ancien hôtel vaut une fortune. Blanche, tenace, se démène en dépit d'une santé fragile et parvient à ses fins grâce à sa détermination. Le "Palais de la femme" est inauguré en 1926.

 

Le Palais de la Femme - Photo : Vincent Gerbet

Je ne connaissais absolument pas l'existence de ce lieu (inscrit aux bâtiments historiques). J'ai trouvé passionnant de découvrir son histoire, étroitement liée à la pugnacité d'une femme hors du commun, sortie de l'oubli grâce au roman de Laetitia Colombani. J'ai aimé la façon dont l'autrice donne vie au Palais de la Femme dans sa version actuelle. Elle explique dans l'entretien qui clôture le livre audio qu'elle a eu la chance de visiter les lieux, d'échanger avec sa directrice et de mener des entretiens avec quelques résidentes. Ces femmes lui ont inspiré les personnages secondaires du roman. 

Je n'avais pas été totalement séduite par "La tresse", le premier roman de Laetitia Colombani, le trouvant un peu "facile". Je lui préfère "Les victorieuses", pour l'originalité de son thème et la façon de le traiter. La version audio est tout à fait réussie (on sent que Laetitia Colombani, qui lit son texte, est comédienne). Si vous n'avez pas pas l'habitude de lire audio et que vous voulez vous lancer, ce livre est tout à fait adapté (ni trop long, ni trop complexe dans sa narration).

Une belle lecture de fin d'année.

Si vous voulez en savoir plus sur le Palais de la Femme, tel qu'il fonctionne aujourd'hui, je vous conseille de lire le témoignage d'un photojournaliste qui a fréquenté le Palais pendant un an (ici). Il s'agit de Vincent Gerbet. 

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27 octobre 2019 7 27 /10 /octobre /2019 10:41

Editions La table ronde (quai Voltaire) - 329 pages - août 2019 

traduit de l'anglais (irlande) par Cécile Arnaud

"C'était l'époque, se justifient les gens, mais moi je dis que l'époque est faite par ceux qui la vivent. Parce que je ne suis pas prête à pardonner, pas même après tout ce temps".

Dans ce roman polyphonique, Paula Mc Grath nous transporte en Irlande en 1982 et en 2012. A la fin du roman, nous reviendrons dans les années 60, quand commence l'histoire qui relie les femmes de ce roman. Avant d'arriver à ce moment crucial du roman, nous faisons la connaissance, en 2012, d'une gynécologue qui rend visite à sa mère dans une maison de retraite. Le chapitre suivant, toujours en 2012, c'est une jeune fille que nous suivons. Elle vient de perdre sa mère et se voit confiée à des grands parents qu'elle ne connait pas. Le personnage d'après, celui que nous suivrons le plus longtemps, est une autre jeune fille. Elle se prénomme Jasmine et vient de quitter le domicile de sa mère alcoolique, qu'elle ne supporte plus. Après un passage à Londres, qui ne lui réussit pas, elle rejoint Dublin où le hasard des rencontres la mène dans un club de boxe. Ce sport deviendra vite sa passion et lui permettra de trouver une motivation pour avancer dans la vie.

Sans évoquer précisément ce qui relie ces personnages féminins très attachants, je peux vous dire qu'elles seront toutes, à un moment de leur vie, voire plusieurs, confrontées à la violence ou à la discrimination en raison de leur sexe. Le fait que l'histoire se passe en Irlande n'est pas sans importance quand on connait la forte pression de la religion sur l'évolution des mœurs et le retard pris par ce pays dans l'émancipation des femmes. "La fuite en héritage" est aussi un roman sur la transmission entre mère et fille. Que transmet-on à nos filles, consciemment ou inconsciemment ? Quel est l'impact des non-dits de nos mères dans nos vies ?

Cet ouvrage de l'irlandaise Paula Mc Grath est très agréable à lire. J'avais hâte, chaque soir de retrouver les personnages, notamment Jasmine, en 1982, à Dublin. La dernière partie, très addictive, se lit d'une traite. La construction est intéressante. L'alternance entre les personnages et époques n'est pas linéaire, ce qui donne un rythme original au roman.

A découvrir !

Lu dans le cadre d'une opération MASSE CRITIQUE organisée par BABELIO

 

7/12

 

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