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Ecoutons un livre

Dépôt des liens : Ici

Tous les 28 du mois, je publie un billet récapitulatif des lectures audio des participants. Il n'est pas nécessaire de participer à chaque fois.

 

 

 

20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 21:58

Audiolib 2020 (Seuil) - Lu par Marie du Bled - 11 h 

"Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue – comme s’ils n’étaient pas faits pour rejoindre les airs – dans le vacarme d’un millier d’oies des neiges."

Nous sommes à Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Kya vit avec sa famille dans le marais, en marge de la population. Ils logent dans une cabane qui offre le confort minimal. Alors qu'elle a six ans, la mère de Kya abandonne le foyer. Ses frères et sœurs fuient également les lieux dès qu'ils le peuvent et de façon définitive. La petite fille vit seule avec son père quelques temps, avant que ce dernier ne disparaisse. Kya, livrée à elle-même, devient "la fille du marais".

"Comme tous les autres, il avait entendu parler de la Fille des marais et, au fil des ans, l'avait parfois croisée, soit dans son bateau, glissant au fil de l'eau comme si elle ne faisait qu'un avec les courants, soit se précipitant hors de l'épicerie comme un raton laveur s'éloigne d'une poubelle."

 

source instagram /Delia Owens

Grâce à quelques rencontres providentielles et portée par sa force de caractère, la petite fille grandit et s'ouvre aux trésors naturels qui l'entourent. Un jeune garçon, Hate, lui apprend à lire et à compter. Le garçon lui rend visite le plus souvent possible et lui apporte des livres de sciences naturelles, qu'elle dévore. Au fil des années, leur relation devient plus intime mais Hate finit par l'abandonner aussi, au grand désespoir de Kya.

La jeune fille continue à étudier la flore et la faune du marais et consigne ses observations par écrit. Elle dessine également. Elle n'oublie par Hate mais se laisse embarquer dans une autre relation qui va qui lui occasionner de gros ennuis avec la justice. Le récit, qui se déroule sur deux époques, 1952 et 1969, finit par se rejoindre dans la dernière partie du livre. 

J'avais très envie de lire ce roman dont (presque) tout le monde chante les louanges. Je ne peux que me ranger du côté des avis dithyrambiques. Ce roman possède de grandes qualités. Le personnage principal, Kya, est extrêmement attachant. Il y de bons sentiments mais c'est avant tout un texte intelligent et plein finesse. Ce roman possède également une dimension écologique, sans être moralisateur.  La construction tient suffisamment en haleine pour que l'on ne s'ennuie pas une minute. Cerise sur le gâteau, la fin est très réussie.

Je ne regrette pas d'avoir opté pour la version audio. La lectrice incarne parfaitement la jeune Kya et parvient à nous faire vibrer pour ce très beau texte.

Une totale réussite !

 

Quelques mots sur l'autrice (source Babelio) :

Diplômée en zoologie et biologie et titulaire d'un doctorat en comportement animal, elle part s’installer avec son mari, chercheur et biologiste comme elle, au Botswana en 1974. Ensemble, ils étudient les différentes espèces de mammifères de la région. Ils publient trois livres de non-fiction. Delia Owens publie également de nombreux articles scientifiques en menant ses recherches sur les espèces animales en danger. Elle monte des projets de sauvegarde de grande ampleur. "Là où chantent les écrevisses" ("Where the Crawdads Sing", 2018) est son premier roman.

Challenge écoutons un livre
challenge 50 romans - 50 états : la Caroline du Nord

 

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 23:58

Le livre de poche (Quai Voltaire 2018) - 630 pages

C'est après avoir écouté une émission des Bibliomaniacs que l'envie m'est venue de découvrir "Dans les angles morts". Le destin a bien fait les choses, car je l'ai trouvé dans une boite à livres quelques temps après. Cherchant une idée pour "le pavé de l'été" (challenge chez Brize) tout en préparant mes lectures pour le mois américain, j'ai jeté mon dévolu sur ce roman. 

Nous sommes dans les années 80, dans un village de campagne qui commence à être colonisé par de riches New-yorkais en recherche de calme et d'authenticité. Les nouveaux arrivés côtoient des fermiers qui ont des difficultés à gagner leur vie. Certains sont au bord du gouffre, peinant à dégager la rentabilité nécessaire pour rembourser leurs prêts. C'est le cas de la famille Hale, que la faillite a brisé. Leur maison a été rachetée une bouchée de pain par George Clare et sa famille. Cette acquisition ne leur portera pas bonheur. Un soir, en rentrant du travail, l'universitaire trouve sa femme Catherine, assassinée. Leur petite fille est dans sa chambre, saine et sauve. Pour découvrir qui est l'auteur du meurtre, nous revenons en arrière pour tenter de comprendre ce qui s'est tramé dans la ferme, du temps des Hale, mais aussi après la vente de la ferme aux Clare. 

J'ai tout aimé dans ce thriller psychologique : l'écriture, l'histoire, les personnages, l'ambiance... au point d'avoir littéralement dévoré les plus de 600 pages, envoûtée. J'ai beaucoup aimé le personnage de Catherine Clare, une jeune femme effacée et d'apparence fragile. Un autre personnage de l'histoire, moins central, m'a marquée, celui de la femme qui tient l'agence immobilière du village. Il se trouve qu'elle est également l'épouse du shérif. Le couple, témoin de la succession de malheurs, sera fortement impacté par cette histoire qui ne cessera de les hanter des années durant.

Je ne peux vous que vous conseiller d'aller vous même explorer les angles morts de cette histoire, de vous laisser surprendre par les faux-semblants et les zones d'ombres. Rares sont les romans où la psychologie des personnages est si fouillée. C'est toute une époque que l'auteur fait revivre, celle des années 80, sans téléphone portable ni réseaux sociaux. L'histoire ne se serait pas passée de la même façon à notre époque pour des raisons que, bien entendu, je ne vous livrerai pas...

Un coup de coeur !

Le pavé de l'été chez Brize

Thème du jour du mois américain : le polar

Le mois américain - chez Titine

 

Challenge chez Antigone

 

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 23:56

Globe - septembre 2020 - 470 pages

Je viens de finir cette lecture et je me sens orpheline de ces femmes qui m'ont accompagnée durant près de quinze jours. Onze femmes et une personne "non genrée" se succèdent et se croisent pour se présenter à nous.  Ces personnes sont fortes et courageuses mais ne cachent pas leurs faiblesses. Noires ou métis dans une Angleterre où la couleur noire n'est pas celle du désespoir, elles prennent (ou ont pris autrefois) leur destin en main.  Certaines commencent leur vie, comme Yazz, d'autres vivent avec leurs souvenirs, comme Hattie . S'il est beaucoup question de race dans l'ouvrage, toutes les femmes peuvent s'y retrouver car de multiples autres thèmes sont abordés : le féminisme, le couple, la parentalité, le monde du travail... 

Le style de cette oeuvre est absolument inclassable. Poétesse et femme de théâtre, l'autrice a inventé une forme nouvelle qui mélange différents genres. J'ai eu peur au départ de ne pas m'habituer à la ponctuation fantaisiste mais au bout d'une trentaine de pages, j'étais totalement absorbée par l'histoire, appréciant ce style qui fait corps avec le texte. Je ne me suis pas offusquée des phrases sans point qui partent à la ligne comme bon leur semble. 

Amma, homosexuelle, est la première à ouvrir la danse. Elle est au centre du roman. Ce soir, c'est la première de sa nouvelle pièce, au National theatre. Autour d'elle gravitent ses proches et des connaissances.  Nous les retrouverons au fil des pages. Le lien avec Amma ne saute pas toujours aux yeux mais il faut être patient, tout se met en place à la fin du roman. Parfois dans le présent, d'autres fois dans le passé, nous naviguons d'un milieu à un autre, d'une époque à une autre.

Chaque destin est passionnant et forme une histoire qui se tient, à la manière d'une nouvelle. Mon personnage préféré est la femme la plus âgée, Hattie, quatre-vingt treize-ans. Nous remontons le temps et découvrons ses origines mais aussi sa descendance, qui réserve quelques surprises. Hatie est ouverte d'esprit, courageuse et riche des valeurs qui l'ont construite.

Je ne peux que vous conseiller ce roman. Si vous vous laissez tenter, surtout lisez-le sans impatience. En cette période de rentrée littéraire, les tentations sont grandes. Il serait dommage de ne pas donner à ce roman le temps qu'il demande.

Un ouvrage riche et passionnant. Un incontournable de cette rentrée, assurément.

Une lecture commune avec Antigone et Fanny

 

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5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 23:39

Editions Hervé Chopin - juin 2020 - 217 pages

Traduit de l'italien par Chantal Moiroud

Comment vous parler de ce premier roman tellement bouleversant qu'il m'a laissé muette après avoir tourné les dernières pages ? Comment vous donner envie d'aller à la rencontre de la maman d'Eva, cette mère qui aurait pu être moi ou n'importe quelle autre autre mère ? Comment vous décrire le courage qu'il a fallu à cette femme pour accompagner son enfant "pas comme les autres" ? Cet enfant qui va demander à ses parents de renoncer à la fille qu'ils ont mis au monde.

Au tout début du roman, nous sommes dans une clinique Serbe en compagnie d'Eva et de sa maman. Eva est sur la table d'opération et sa maman dans un couloir, à attendre.  Elle laisse vagabonder ses pensées  entre passé et présent. Eva est née fille mais elle se sent garçon. Ce décalage (erreur de la nature ?) est une souffrance du quotidien pour l'enfant et pour ses parents. Eva ne peut pas s'épanouir dans ce corps qu'elle ne peut assumer. Son caractère se durcit, ses parents ne savent comment l'aider. Le problème de leur fille envahit l'espace et ne laisse aucun répit à ce couple qui n'en est plus un. Et puis il y a le regard des autres qu'il faut supporter mais de moins en moins parce que la seule solution trouvée pour y faire face est l'isolement.

De l'amour, il y en a mais il ne se manifeste pas comme dans les foyers "normaux". Aimer Eva, est-ce l'aider à s'accepter telle qu'elle est ou faut-il l’accompagner à devenir l'homme qu'elle croit fermement être ? Cette question obsède la mère d'Eva, nuit et jour. Et ce n'est qu'au terme d'un long parcours jalonné de rendez-vous avec des "psy", des médecins, un juge mais surtout avec sa propre conscience que la mère d'Eva parviendra à mettre au monde son enfant une seconde fois.

La mère d'Eva est un livre magnifique que je vous encourage à lire. Aucun pathos, aucun voyeurisme mais un texte pudique qui sonne juste. L'originalité du roman tient au fait qu'il nous est donné de réfléchir à la problématique de l'identité de genre avec les yeux des parents et notamment de la mère. C'est un roman qui, plus largement, fait réfléchir à au rôle des parents dans le développement des enfants.

Un premier roman bouleversant !

 

Pour finir un extrait :

"Il y a toi et moi, assises l'une à côté de l'autre sans nous regarder, épaule contre épaule, cherchant des yeux quelque chose au loin, vers l'infini, attendant que l'une des deux crie :

-Terre !

Mais une autre terre, un lieu nouveau, où tu pourras enfin être ce que tu désires et où moi je pourrai enfin  me reposer."

Sur le thème du changement de sexe, j'ai visionné il y quelques mois  un très bon film :"The danish girl". J'essayerai de vous en dire quelques mots dans la semaine.

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 23:14

Albin Michel-Héloise d'Ormesson - 2015 - 464 pages

Ce livre me faisait de l’œil depuis sa sortie et je l'ai trouvé à l'automne dernier dans un vide-grenier (il n'attendait que moi !). Adolescente, j'avais lu et beaucoup aimé "L'auberge de la Jamaïque". Je possédais d'ailleurs l'ouvrage, qui se trouve peut-être encore chez mes parents (il faudra que je cherche). En 2015, j'ai renoué avec bonheur avec la plume de l'autrice en écoutant la merveilleuse version audio de "Rebecca". C'est à cette occasion que j'ai découvert le manoir de Manderley.

Manderley a été inspiré à Daphné du Maurier par un autre manoir, celui de Menabily dans lequel elle a vécu de nombreuses années. Menabily a été le coup de coeur de l'écrivaine sans jamais lui avoir appartenu. Le lieu est très présent dans la biographie de Tatiana de Rosnay tout comme il l'a été dans la vie de Daphné. 

Daphné du Maurier avec ses enfants devant Menabily

La biographie de Tatiana de Rosnay aborde la vie de Daphné du Maurier dans l'ordre chronologique. Nous commençons par découvrir son enfance à Londres, dans une famille aimante, vivant confortablement grâce aux revenus du père de Daphné, célèbre acteur de théâtre en son temps. A l'adolescence, les parents de Daphné achèteront une maison en Cornouailles, Daphné tombera amoureuse de la région et plus tard, y découvrira Menabily.

Un autre lieu comptera pour Daphné, c'est Paris. D'origine française, elle passera quelques années dans un pensionnat, à Meudon. Elle tombera amoureuse de la directrice de ce pensionnat, avec laquelle elle vivra sa première histoire d'amour. La romancière reviendra en France bien plus tard pour enquêter sur sa famille d'origine sarthoise. 

Daphné du Maurier a aimé des femmes mais aussi des hommes parmi lesquels son mari, Sir Frederick Browning, avec lequel vivra des moments heureux.

 

Daphné et son mari

Il ne devait pas être simple de vivre avec Daphné, qui pouvait tout lâcher pendant plusieurs semaines (y compris ses enfants), pour se consacrer à l'écriture. Tatiana nous fait découvrir les différentes facettes de la romancière, y compris les moins flatteuses. Malgré ses défauts, Daphné du Maurier est une personne attachante. Passionnée et volontaire, elle ne fait rien à moitié.

La fin de sa vie de la romancière n'a pas été très heureuse. Elle a dû quitter  Menabily et en a été très attristée. Elle a été confrontée a des pannes d'écriture et n'a n'a jamais retrouvé auprès du public le succès de ses premiers ouvrages. Par ailleurs, elle souffrait beaucoup de la disparation de personnes qui avaient beaucoup compté pour elle.

Pour écrire cette biographie, qui se lit comme un roman, Tatiana de Rosnay a mené une véritable enquête, se rendant sur les lieux où a vécu la romancière, rencontrant des membres de sa famille. Fascinée depuis l'adolescente par l'autrice, Tatiana de Rosnay lui rend un très bel hommage. Des photos nous permettent de visualiser certains lieux et de nous faire découvrir les personnes qui ont compté dans sa vie.

 

 

Plusieurs chapitres sont consacrés à l'écriture des différentes œuvres de la romancières. Tatiana de Rosnay évoque aussi leur réception par le public ou par la critique de l'époque. Il me tarde de me faire ma propre opinion sur ces ouvrages.

Je ne peux que remercier Tatiana du Rosnay de m'avoir fait passer un si bon moment avec une autrice que je compte bien continuer à découvrir.

J'ai eu un coup de cœur pour cette passionnante biographie.

 

Lu pour le mois anglais (thème de la biographie)

 

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 19:58

Audiolib 2020 (Le tripode 2013) - 13 h 57 - lu par Emmanuel Dekoninck

Traduit de l'estonien par Jean-Pierre Minaudier

Ce titre est ma dernière lecture pour le Prix Audiolib 2020. J'ai gardé pour la fin le livre qui me semblait correspondre le moins à mes goûts. La quatrième de couverture m'avait un peu effrayée : parler la langue des serpents, tomber amoureuse d'un (vrai) ours, être une paysanne qui rêve du loup-garou, rencontrer des australopithèques qui élèvent des poux... Voilà un programme qui, de premier abord ne me tentait pas vraiment. Et pourtant, quel régal ce roman aux multiples dimensions !

L'homme qui savait la langue des serpents est un roman d'aventures. On ne s’ennuie pas une seconde, il se passe toujours quelque chose. C'est aussi une fable écologique, politique et philosophique. Tout en restant terre à terre, Andrus Kivirähk nous fait réfléchir à la religion, aux traditions et plus généralement à l'évolution de l'homme sur terre, dans l'espace et dans le temps.

"Le monde change, il y a des choses qui sombrent dans l’oubli, d’autres émergent. Les mots des serpents ont fait leur temps, un jour aussi viendra où ce monde moderne tombera dans l’oubli avec ses dieux et ses chevaliers, et les hommes trouveront quelque chose de nouveau."

J'ai beaucoup apprécié l'humour qui se dégage de ce texte (surtout dans la première partie, ma préférée). Passé l'effet de surprise, j'ai accepté qu'une femme tombe amoureuse d'un ours. Le parallèle entre l'homme et l'animal est à la fois troublant et amusant.

"Bien peu de femmes leur résistent, aux ours, ils sont si grands, si tendres, si gauches, si velus. Et puis ce sont des séducteurs nés, les femmes les attirent à ce point qu'ils ne perdent jamais une occasion de s'approcher de l'une d'entre elles pour leur grogner quelque chose à l'oreille.
Dans le temps, lorsque notre peuple vivait encore en majorité dans la forêt, il y avait sans arrêt des histoires de femmes qui s'acoquinaient avec des plantigrades, jusqu'à ce que le mari tombe sur les amoureux et chasse le grand brun".

J'ai accepté tout aussi facilement que les serpents soient les amis des hommes au point que tous partagent, durant l'hiver, le même terrier. L'amitié du personnage principal, Leemet, avec un jeune serpent femelle est très touchante. Je pourrais aussi vous parler des louves qui font office de vaches laitières et que l'on peut endormir grâce à la langue des serpents.

La deuxième partie du roman est plus sanglante et plus désespérée. Nous savons dès le début que le monde de Leemet va mourir et qu'il sera le dernier homme dans la forêt mais on ne peut s'empêcher d'espérer un miracle.

"L'homme qui savait la langue des serpents" m'a fait penser à "Dans la forêt"de Jean Hegland mais le processus d'évolution de l'homme est inversé. Dans le roman de Kiviräh, l'homme quitte la forêt pour un monde dit "civilisé" alors dans celui de Jean Hegland, l'homme civilisé retourne dans la forêtDans les deux cas, la forêt est une source de richesse inépuisable.

Un mot sur le lecteur, Emmanuel Dekoninck : For-mi-da-ble ! J'adore sa voix, sa façon de raconter des histoires. Je crois qu'il pourrait m'embarquer dans n'importe quelle récit. Quand je vois son nom associé à une lecture audio que je m'apprête à écouter, je jubile.

Une lecture prenante et souvent jubilatoire. J'ai vraiment beaucoup aimé !

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2020

challenge "Écoutons un livre"

 

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 19:40

Emil Ferris - Monsieur Toussaint Louverture - Tome 1 - 2018 - 416 pages

Depuis sa sortie, ce roman graphique fait l'objet de nombreux avis élogieux sur les blogs. Il est dans ma Pile à lire depuis un bon moment mais il me fallait de la disponibilité pour m'y plonger. J'ai choisi une semaine de vacances pour l'ouvrir et j'ai bien fait car il faut un peu du temps pour le parcourir, en raison du nombre de pages (plus de 400) mais aussi de la richesse des dessins qu'il contient.

Si l'histoire en elle-même est très intéressante, l'esthétique de l'album l'est plus encore. Je ne suis pas une spécialiste du genre mais je crois que cet ouvrage est absolument unique. Se présentant sous la forme d'un cahier à spirale très épais (avec lignes), l'ouvrage offre une multitude de dessins, réalisés avec des stylos billes ou des feutres. La police de caractère est soignée et très agréable à lire (je déteste les écritures "pattes de mouche").

 

Emil Ferris nous propose le journal d'une fillette qui se représente comme un monstre. Cela m'a surprise au départ mais je me suis laissée envoûter par le talent de l'autrice sans trop attacher d'importance à cette histoire de monstres.

Nous sommes à Chicago dans les années 60. Karen vit avec sa mère et son frère dans le sous-sol d'un immeuble. Dans un appartement du bâtiment, une femme est retrouvée morte dans sa chambre. Il s'agit d'Anka Silverberg, une rescapée de la shoah. Si la thèse du suicide est avancée, Karen n'y croit pas et se lance dans une enquête qui va lui faire découvrir un pan de l'histoire de l'Allemagne.

Cette enquête, tout à fait passionnante, retrace donc le passé d'Anka. Dans le même temps, nous découvrons le présent de la jeune Karen, dont la maman est atteinte d'un cancer. Le quotidien de Karen est perturbé par la maladie. Son frère Deeze, plus âgé, la prend sous son aile. Deeze n'est pas un personnage très net mais il déborde d'amour pour sa jeune sœur, qui ne ressemble pas vraiment aux autres petites filles. Karen a du mal à être acceptée pour ce qu'elle est.

 

Karen

 

Deeze, le frère de Karen

 

 

Nous découvrons, avec Karen, les bas quartiers de Chicago et la "faune" qui y vit. Nous croisons des drogués, des prostituées et des truands. Certains sont bienveillants, d'autres bien moins et Karen échappe parfois au pire. Avec son frère, elle parcourt les musées et s'intéresse à des peintres classiques (Goya, Delacroix...). Elle vit littéralement les scènes de ces tableaux et les représente.

On pourrait parler de ce roman graphique pendant des heures tant cet OVNI littéraire est extraordinaire mais le mieux est de le découvrir par vous-même. En ce qui me concerne, j'attends avec impatience le tome 2 pour découvrir la suite des aventures de Karen et le dénouement de son enquête. 

Après avoir refermé l'ouvrage, j'ai fait des recherches sur Emil Ferris, dont l'histoire est assez extraordinaire. J'ai appris que l’existence de "Moi, ce que j'aime, c'est les monstres" tient du miracle. L'autrice a contracté, à l'âge de 40 ans, une méningo-encéphalite qui a failli la laisser paralysée. Ses proches, comprenant que dessiner était vital pour elle, lui fixaient un stylo sur la main avec des bandes adhésives. "Moi j'aime les monstres" a pris vie à ce moment-là. Il a mis six ans à devenir ce chef-d'oeuvre (je n'hésite pas à le qualifier ainsi).

Cela ne surprendra pas ceux qui l'ont lu, je classe cet ouvrage dans mes coups de coeur.

La BD de la semaine, c'est chez Noukette.

 

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 00:34

 

Glénat - 72 pages - 2014

Cette superbe bande dessinée est consacrée au musicien Robert Johnson. Ce grand guitariste et chanteur de blues est né en 1911 (Missisipi) et mort 27 ans plus tard. Son nom ne me disait rien de prime abord mais je me suis aperçue, en faisant des recherches, que je connaissais plusieurs de ses titres (dont un repris par Eric Clapton).

Ce qui frappe en ouvrant l'album, c'est son esthétisme. Le dessin, en noir et blanc est très évocateur. La première page nous met dans l'ambiance. On voit le musicien jouant de la guitare, avec autour de lui trois femmes aux courbes généreuses. En arrière plan se trouve une bouteille. La musique, les femmes et l'alcool, voilà un résumé de la vie du musicien, développée dans cet ouvrage somptueux.

 

 

Robert Johnson s'est retrouvé très jeune sans père. Ce dernier a dû quitter son domicile, poursuivi par le propriétaire de la plantation dans laquelle il travaillait. La mère du petit Robert aura successivement deux autres compagnons, qui feront office de père mais auxquels Robert donnera du fil à retordre. La seule chose qui intéresse le garçon, c'est de jouer "de la musique du diable". Après des débuts laborieux, le jeune musicien fera une rencontre qui lui mettra le pied à l'étrier. En quelques mois, il apprendra la technique et deviendra un excellent guitariste. Ses progrès sont si spectaculaires qu'on le soupçonnera "d'avoir vendu son âme au diable" en échange de ce talent fulgurant. 

Dès les premières pages, j'ai été intriguée par le narrateur, qui ne se présente qu'à la toute fin,  sous la forme d'une devinette que l'on élucide sans trop de difficultés. J'ai aimé le ton décalé de ce narrateur mystère.

"Love in Vain" est une BD que j'ai eu envie de parcourir une deuxième fois, après avoir fait quelques recherches complémentaires sur ce génie qui fait encore référence dans l'univers du blues. Je ne résiste pas à vous faire écouter la reprise par Clapton du titre "Sweet Home Chicago".

A la fin de l'album, il nous est proposé de découvrir quelques paroles de chansons, superbement illustrées..

Une belle réussite, à tous points de vue !

 

J'ai lu cette Bd dans le cadre du challenge organisé par Enna

Mais aussi de la BD de la semaine, chez Moka

 

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 20:36

Folio - 160 pages

"Nous avons tous un petit jardin secret que l'on atteint par des routes bordées d'acacias, de sureaux et de songes. Il ressemble à ces petits cimetières que l'on trouve à la sortie des villages, il protège nos plus beaux souvenirs, ce que nous avons de plus précieux. Dans ces jardins saute et gambade notre enfance, défilent tous les chagrins d'une vie."

J'ai découvert René Frégni il y a une quinzaine d'années. Depuis, j'ai lu une dizaine de ses titres (il m'en reste encore à découvrir). Chaque fois, c'est un grand plaisir de lecture. René Frégni écrit des fictions (plus exactement des polars) mais également des récits autobiographiques dans lesquels il raconte sa vie à Manosque, son amour des femmes, son admiration pour la nature... C'est dans le registre autobiographique que je le préfère.

"Je me souviens de tous mes rêves" est un de ses récits intimes. Le livre s'ouvre sur septembre et se termine en février. Je ne crois pas qu'il y ait de référence à une année précise. Disons que c'est celle où il a perdu son chat. Il avait sauvé l'animal d'une mort certaine, dix ans plus tôt, dans la prison des Baumettes où il animait un atelier d'écriture. L'auteur tenait beaucoup à "Baumette" qui était devenu, au fil du temps, son compagnon d'écriture.

L'auteur évoque diverses rencontres : un clochard, un homme qui fait des bulles sous sa fenêtre, un autre qui prend des photos pour immortaliser ce qui est jeté... Il consacre un long chapitre au libraire de Banon qui a créé "Les bleuets", cette belle librairie perdue au milieu de nulle part, dans le Lubéron. Il est aussi question d'Isabelle, la femme qu'il aime. Chaque histoire est l'occasion d'une réflexion sur la société ou sur la nature.

"...Quand j'allume la télé c'est encore plus terrifiant. Des torrents de boue envahissent les villes, midi et soir, et les terroristes sont partout.

Quand je vais chez Isabelle, le mercredi et le dimanche, je découvre une planète dont personne ne parle. Elle n'est pas médiatique, pas scandaleuse, elle ne fait pas peur. Elle est discrète et profonde. La plupart des gens veulent avoir peur. Autour de la petite ferme d'Isabelle, ils ne verraient que silence et ennui. Au bout d'une heure, ils seraient en manque de catastrophes et s'enfuiraient chez eux, retrouver un monde en flammes."

Les femmes, c'est la grande passion de René Frégni. Sa mère, sa fille Marilou et son amoureuse Isabelle sont très présentes dans ses récits, au point qu'on a l'impression de les connaître personnellement quand on lit l'auteur régulièrement. Dans le présent récit, l'auteur rend visite à Marilou à Montpellier, où elle fait ses études. Il passe de longs moments avec Isabelle dans son jardin et rend visite à sa mère décédée, pendant la nuit, quand il rêve.

"Je ne choisis pas mes rêves, ils m'apportent ce qui me manque le plus. Enfant, dans les pensions et les tristes colonies de vacances, j'attendais ma mère, tous les jours. Elle était vivante et elle ne venait pas. Maintenant elle est morte et elle vient chaque nuit."

René Frégni sait nous émouvoir mais aussi nous faire rire. J'ai particulièrement aimé l’anecdote des "seins de la femme du facteur", dont il reçoit une photo par la poste (je n'en dirai pas plus mais c'est une histoire vraiment  très amusante). Un autre épisode m'a bien fait rire : la prestation de père-noël dans un costume à 6 euros dégoté à la farfouille (avec la barbe qui ne tient pas et le pantalon trop court).

Vous l'avez compris, je me suis régalée avec ce récit poétique qui fait passer du rire aux larmes, de la mélancolie à la joie de vivre. Si vous ne connaissez pas la plume de René Frégni, vous passez à côté d'un auteur talentueux et attachant.

Une très belle lecture.

L'objectif Pal, c'est chez Antigone

Ce livre dormait depuis près de deux ans dans ma Pile à Lire.

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 19:49

Iconoclaste - Août 2019 - 308 pages 

"C’est un spectacle qu’il faut avoir vu une fois dans sa vie : la Terre bâille une langue énorme, crevassée, se lèche avec curiosité et attrape au passage, si elle y parvient, les alpinistes qui osent s’y risquer. Plus d’une histoire s’est effondrée là, dans un grand craquement bleu, dans le silence dur de cette mer sans poissons."

Si, pour commencer l'année, vous voulez être embarqué dans une aventure hors du commun, je vous propose de rejoindre l'équipe de paléontologues de "cent millions d'années et un jour", menée par Stan, un professeur en fin de carrière. Stan ne veut pas quitter ce monde sans avoir été au bout du rêve qui le hante depuis de nombreuses années. Il s'est mis dans l'idée de retrouver le squelette (d'un Brontosaure ?) aperçu par un enfant, il y plus de cinquante ans.

Pour l'accompagner dans son expédition, Stan sollicite Umberto, un de ses collègues, qui accepte le challenge et le rejoint sur les lieux, accompagné de Peter, son assistant. Aidé par un guide, les hommes entament leur ascension, qui ne sera pas sans risque, les entraînant dans une aventure aussi périlleuse pour leur santé physique que mentale.  Les rapports entre les protagonistes se tendent au fil d'une aventure humaine dont personne ne sortira indemne, pas même le lecteur

"Je suis à cet instant charnière de la vie d’un homme, le point fou où plus personne ne croit en lui. Il peut reculer, une décision dont tout le monde sans exception, louera la sagesse. Ou aller de l’avant, au nom de ses convictions. S’il a tort, il deviendra synonyme d’arrogance et d’aveuglement. Il sera à jamais celui qui n’a pas su s’arrêter. S’il a raison on chantera son génie et son entêtement face à l’adversité.
C’est l’heure grave de ne plus croire en rien, ou de croire en tout."

J'ai dû me faire violence pour ne pas dévorer ce livre d'une traite tant l'histoire est prenante et les rebondissements inattendus. J'ai ralenti le rythme pour apprécier à sa juste valeur les descriptions de la nature. Dès les premières lignes, j'ai été émerveillée par l'écriture absolument somptueuse.

Ce roman réunit toutes les qualités que j'attends d'un roman. C'est un gros coup de coeur !

 

D'autres avis très positifs : Kathel- papillon - Violette

Aifelle est moins enthousiaste

 

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