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Ecoutons un livre

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Tous les 28 du mois, je publie un billet récapitulatif des lectures audio des participants. Il n'est pas nécessaire de participer à chaque fois.

 

 

 

17 septembre 2021 5 17 /09 /septembre /2021 21:56

Hervetiq - 137 pages - septembre 2021

Le sous-titre et le dessin de couverture annoncent clairement le programme. Nous voyageons, dans le temps et dans l'espace, à la rencontre des femmes qui se sont battues pour un droit fondamental mais très récent dans l'échelle du temps. Le mouvement s'est mis en marche à compter du 18ème siècle seulement et malheureusement, n'est pas terminé. Toutes les femmes du monde n'ont pas accès au vote dans leur pays !

L'autrice s'adresse à ses filles, qu'elle sensibilise au féminisme : "Depuis que vous êtes minuscules, nous avons questionné le rose et les poupées pour les unes, les voitures pour les autres, l'ambition qui devrait être la même pour toutes et tous. Vous avez appris à aimer le mot féminisme, ce mouvement qui n'exige rien d'autre que l'égalité". 

Un des slogans utilisés par les femmes

Avec beaucoup de pédagogie, Caroline Stevan répond aux questions aux questions suivantes :

- pourquoi les femmes ont-elles voulu voter et comment se sont-elles battues ?

- Quels sont les personnages féminins qui se sont consacrés à cette cause à travers le monde ?

- Quel est le calendrier de la "libération"  ?

- En plus d'être électrices, dans quelle mesure les femmes participent-elles à la vie politique ? 

Plusieurs femmes qui ont œuvré pour cette belle cause nous sont présentées. J'en connaissais certaines, notamment les françaises, mais beaucoup m'étaient inconnues. Quelle bonne idée de leur rendre hommage ! Voici quelques noms : Qiu Jin (Chine), Loujain Al Hathloul (Arabie Saoudite), Huda Sharawi (Egypte).  

A la fin de l'ouvrage, l'autrice ouvre le débat à d'autres domaines dans lesquels il reste du chemin à parcourir en matière d'égalité entre les hommes et les femmes. C'est le cas notamment de l'engagement en politique. Comme le montre le tableau ci-dessous que l'on pourrait transposer (en partie) au monde de l'entreprise, les raisons du non-engagement sont culturelles et familiales. Les mentalités évoluent lentement, très lentement. Caroline Stevan nous donne des pistes de réflexion sur le sujet du féminisme, encore trop souvent caricaturé et c'est bien dommage. 

J'ai trouvé cet ouvrage très bien fait et parfaitement documenté sans être trop didactique grâce aux illustrations, tableaux... qui en disent parfois plus long que les mots seuls. Un lexique mais aussi quelques idées de lectures et de films sont proposés à la fin du livre. Le public ciblé est le lectorat jeunesse mais on peut le lire à tout âge. Je ne me suis pas ennuyée une seconde, bien au contraire. 

Un ouvrage à mettre entre toutes les mains ! (il a sa place dans tous les CDI de collèges et lycées !)

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13 septembre 2021 1 13 /09 /septembre /2021 05:51

L'iconoclaste - 364 pages - mars 2021

"Seuls trois laïcs travaillaient aux Confins : Grenouille, le surveillant général, Étienne, l'intendant, et Rachid, notre professeur d'éducation physique. Le temps et la distance ayant adouci mes souvenirs, je dirai que Grenouille était un salopard de première, un fumier, une crevure."

Nous faisons la connaissance d'un homme qui joue du piano dans les gares. Il attend quelqu'un qui descendra du train, un jour peut-être. Puis nous remontons le temps et accompagnons un jeune garçon que l'on conduit dans un orphelinat après la mort tragique de ces parents et de sa sœur. Rien n'a préparé l'adolescent de seize ans à la vie qui l'attend ans ce lieu sordide appelé "les confins". Maltraitance, humiliation mais aussi amitié et amour seront au programme de ces années noires où le jeune homme va côtoyer "des diables et des saints". Pour ceux qui l'ont déjà lu, j'ai fait le rapprochement durant ma lecture avec "Nickel Boys" de Colson Whitehead.

"Ils étaient durs, ils étaient drôles, ils étaient sans victoires.
Mes amis.
Les soirs de tristesse, les soirs de vin aigre, je pense encore à eux."

Jean-Baptiste Andréa aborde le sujet de la maltraitance à l'égard des enfants avec beaucoup de d'humanité et de finesse. J'ai été prise aux tripes du début jusqu'à la fin de l'histoire, particulièrement prenante. Et quelle plume ! chaque roman de Jean-Baptiste Andréa est un petit bijou. Je dois aussi évoquer la fin de ses histoires, toujours surprenantes et réussies. Ce nouvel opus n'échappe pas à la règle. 

J'ai lu que l'auteur achevait, avec ce titre, sa trilogie sur le thème de l'enfance. J'avais effectivement relevé que le point commun entre ses trois livres était l'enfance. Je suis maintenant très curieuse de découvrir quel sera le thème de son prochain ouvrage. 

Voilà un roman que j'ai lu durant l'été et qui est sans nul doute mon coup de cœur de la saison estivale. 

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16 août 2021 1 16 /08 /août /2021 12:10

10-18 (Phébus) - 186 pages - traduit de l'anglais par Karine Lalechère

"vous avez mangé autant que notre cochon le matin.
Il a souri. mary, permets-moi de te donner un conseil. ne compare pas ton employeur à un cochon.
oh. je voulais pas être malpolie. nous aimons beaucoup notre cochon.
ce n'est pas une raison. ton employeur est censé se situer au-dessus du cochon dans la hiérarchie des êtres vivants."

Ma pile à lire regorge de pépites. Il s'agit, pour la plupart, de livres repérés ici ou là puis dénichés dans un vide-greniers ou une boite à livres. C'est le cas de "la couleur du lait", que je voulais découvrir depuis longtemps et que j'avais prévu de lire pour le mois anglais. Je n'ai pas réussi à le finir dans les délais. Ce sera donc mon objectif PAL de juillet-août, dans le cadre du challenge proposé par Antigone.

Le roman commence par quelques lignes de présentation écrites par la narratrice, Mary. Ce qui frappe, à la lecture des premières pages, c'est le style. Pas de majuscules, une écriture toute simple et très imagée : "ceci est mon livre et je l'écris de ma propre main. nous sommes en l'an de grâce mille huit cent trente et un, j'ai quinze ans et je suis assiste à ma fenêtre. je vois beaucoup de choses. je vois les oiseaux qui piaillent dans le ciel. je vois les arbres je vois les feuilles".

Après cette page d'introduction, Mary nous raconte sa vie à la ferme, dans la campagne anglaise du Dorset. Ses parents ne sont pas riches et font travailler leurs filles. Le père est dur voire brutal quand on ne lui obéit pas. Mary pourrait ne pas être heureuse mais elle compose avec la vie telle qu'elle est, s'émerveillant des trésors de la nature et des échanges avec ses sœurs. Un jour, son père décide de la placer chez le pasteur Graham et son épouse. C'est un déchirement pour la jeune fille qui doit tout quitter du jour au lendemain pour l'inconnu. Ignorante et inculte, elle dispose toutefois d'une vivacité d'esprit et d'un naturel qui plaisent beaucoup au pasteur et à sa femme. Elle s'adapte peu à peu à sa nouvelle vie et quand l'occasion lui est donnée d'apprendre la lire, elle se jette corps et âme dans sa nouvelle passion. La mort de la femme du pasteur vient bouleverser l'équilibre trouvé par la jeune fille. Un autre chapitre de son histoire commence alors, d'un tout autre genre.

"La couleur du lait" est un roman très touchant, à l'image de la jeune narratrice. C'est le cœur serré que nous découvrons le destin de cette jeune fille à laquelle nous avons eu le temps de nous attacher. Il est difficile de parler de la deuxième partie du roman sans trop en dire. Je vous encourage donc à découvrir par vous-même la suite cette histoire.

Une ode à la nature et un très beau roman sur la condition féminine au 19ème siècle.

 

 

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20 mai 2021 4 20 /05 /mai /2021 20:52

Philippe Rey 2012 - 238 pages - traduit de l'italien par Nathalie Bauer

"C'était peut-être le milieu qui nous avait produits. On avait peut-être ça dans le sang. C'était peut-être les gens qu'on fréquentait, l'ennui, l'absence de buts. Le certitude de ne pas pouvoir évoluer, la prise de conscience de l'inéluctable. Dehors, les années se succédaient, et le monde changeait. Au fond de nous-mêmes, on restait figés.
On n'avait pas de raison de vivre, on n'était pas capables d'en trouver une. On vivait, un point c'est tout."

Nous sommes dans les années 70-80 dans le quartier miséreux d'une ville italienne nommé "La forteresse". S'entassent ici les laissés-pour-compte de la ville qui squattent les logements vides et vivent des minimas sociaux. La famille de Béatrice est un peu moins pauvre que les autres familles. Les deux parents ont un travail. Dans l'immeuble, au dessus de chez eux, vivent un père et ses fils. La mère est décédée, le père est violent. La famille de Béatrice recueille souvent le jeune Alfredo, qui finit par faire partie de la famille. Béatrice et Alfredo sont inséparables tout en se disputant sans arrêt. Au fil du temps leur relation évolue mais aucun d'eux n'est prêt à se l'avouer.  Alfredo passe difficilement le cap de l'adolescence, accablé par un fardeau familial qui devient de plus en plus lourd. Béatrice porte le jeune homme à bout de bras et finit pas se consacrer entièrement à lui, pour le meilleur et pour le pire.

"Le bruit de tes pas" nous place en immersion dans une Italie pauvre des années 70 qui offre peu de perspectives à ses jeunes. J'ai éprouvé beaucoup de sympathie pour la narratrice et j'ai lu son histoire le cœur serré. Nous savons dès le début qu'une tragédie va survenir mais nous n'en connaissons ni la cause ni les circonstances. Un certain suspens nous tient donc en haleine jusqu'à la fin, très émouvante. L'écriture est fluide et la façon de raconter l'histoire, sous la forme une longue confidence, m'a beaucoup plu. Cerise sur le gâteau, l'objet-livre est très agréable à regarder et à parcourir. Vous l'avez compris, tout est réuni pour passer un très bon moment de lecture. J'avais noté ce titre après avoir lu plusieurs avis élogieux sur les blogs et le hasard l'a mis sur mon chemin il y près de deux ans. Je l'ai ouvert à l'occasion du mois italien et je me réjouis de cette bonne pioche. 

Un premier roman très réussi.

Lu dans le cadre du mois Italien chez Martine

Je participe également avec ce titre au challenge objectif Pal d'Antigone

 

 

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6 mai 2021 4 06 /05 /mai /2021 12:32

Audiolib 2020 (Albin Michel) - 6 h 59 - lu par Stéphane Boucher 

Elwood Curtis est un jeune noir qui vit avec sa grand-mère dans la Floride ségrégationniste des années 60. Elève très brillant, il s'apprête à intégrer l'université quand il est victime d'une erreur judiciaire. On le transfère à la Nickel Academy, présentée comme une institution destinée à mettre sur le droit chemin les jeunes qu'on lui confie.

Elwood va vite constater que la Nickel Academy est une prison qui ne dit pas son nom et que les pires sévices peuvent y être infligés aux pensionnaires. Elwood a un mental d'acier, ce qui lui permet de ne pas sombrer dans la désespérance. Il se lie d'amitié avec Turner, un garçon très débrouillard qui lui donne quelques tuyaux pour survivre dans ce lieu sordide. Mais Elwood ne peut se contenter de courber l'échine indéfiniment...

J'avais pour projet de lire Nickel Boys, après avoir lu et beaucoup aimé "Underground railroad". Je me suis réjouie de le trouver en lice pour le Prix Audiolib 2021. J'avais toutefois une certaine appréhension, espérant que les épisodes violents n'occuperaient pas une trop grande place dans le roman. Je ne vous cacherai pas que certaines scènes sont insoutenables et je frémis d'horreur en sachant que ce roman est inspiré de faits réels. Fort heureusement, l'auteur a su équilibrer son roman. Nickel boys ne fait pas l'impasse sur les scènes de violence mais c'est un ouvrage qui comporte d'autres facettes (roman d'apprentissage, d'aventures...).

D'un point de vue littéraire, l'ouvrage est une parfaite réussite. La construction est maitrisée et la lecture très fluide. La fin, magistrale, m'a scotchée. J'ai éprouvé le besoin de relire les dernières pages afin d'être certaine d'avoir bien compris ce que je venais de lire tant j'étais secouée. 

Rien n'a dire sur l'interprétation de Stéphane Boucher, qui a su trouver le ton juste pour nous embarquer dès le départ dans cette histoire dont les principaux personnages sont des adolescents. J'insiste sur "dès départ" car j'ai parfois besoin d'un petit temps d'adaptation pour superposer le texte avec la voix. 

Stéphane Boucher ne m'est pas inconnu. Je l'avais découvert et déjà beaucoup apprécié avec son interprétation du livre audio "Le jour d'avant".

Une réussite.

Colson Whitehead n'a pas volé son deuxième Prix Pulitzer.

 

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2021

 

 

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26 mars 2021 5 26 /03 /mars /2021 22:47

Les éditions de minuit - 2017 - 176 pages

Martial Kermeur est interrogé par un juge, après avoir jeté un homme par dessus bord, lors d'une partie de pêche. Les faits se sont déroulés sur une presqu'île du Finistère nord, pas très loin de Brest. Par la voix de Martial, nous découvrons l'enchainement des faits qui l'ont conduit à commettre ce meurtre. L'homme balancé à l'eau, s'appelle Antoine Lazennec. Il s'agit d'un promoteur immobilier qui a mis des étoiles dans les yeux d'une partie des habitants du village, en commençant par son maire. Dans ce paisible village de bord de mer, se trouvait un château inhabité, avec une vue imprenable sur la rade. Lazennec a débarqué avec l'idée de transformer les lieux en résidence de luxe. Il a bien su vendre son projet.

"Article 353 du code pénal" est une histoire d'escroquerie et de vengeance mais le roman comporte une autre dimension. En face de Martial Kermeur se tient un homme de loi qui va devoir se prononcer sur la culpabilité d'un accusé, en son âme et conscience. Au fil de l'histoire, nous nous forgeons une opinion sur l'affaire. Le juge, après avoir écouté attentivement le récit de Kermeur, va nous livrer la sienne.

Ce livre m'a été offert par une ancienne blogueuse (merci Sandrine) qui ne l'avait pas aimé. A l'inverse j'ai tout aimé dans ce roman : sa construction, qui tient en haleine, l'ambiance de ce village côtier du Finistère mais aussi la dimension judiciaire du roman. Je ne sais pas si la fin est plausible mais ce dénouement a le mérite de nous faire réfléchir sur l'article du code pénal sur lequel s'appuie le juge.

Si vous avez pour projet de lire ce roman, n'essayez pas d'en savoir plus sur l'article 353 avant de vous plonger dans l'histoire. Ecoutez Martial, mettez-vous dans la peau des différents protagonistes et vous comprendrez la position du juge.

Un roman subtil et prenant que je vous conseille chaudement ! (mais beaucoup l'ont déjà lu, je crois).

J'ai mis du temps à sortir ce livre de ma Pile à Lire mais je ne le regrette pas car je l'ai lu avec un œil neuf, en ayant oublié les avis des uns et des autres. 

Chez Antigone

 

 

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22 mars 2021 1 22 /03 /mars /2021 10:05

Audiolib 2021 (Gallmeister 2020) - 16 h 56 - lu par Audrey d'Hustère - traduit par François Happe

"Les seuls nombres que Landon Carpenter a en tête, c'est le nombre d'étoiles qu'il y avait dans le ciel la nuit où ses enfants sont nés. je ne sais pas ce que tu en penses, mais moi je dirais qu'un homme qui a dans la tête des cieux remplis des étoiles de ses enfants est un homme qui mérite leur amour."

Appelée par son père "la petite indienne", Betty Carpenter est née dans les années 50 d'une mère blanche et d'un père Cherokee. Nous la voyons grandir au sein d'une famille pauvre et dysfonctionnelle mais malgré tout aimante. Le pilier du foyer est Landon qui se révèle être un merveilleux papa, capable de magnifier le quotidien d'un coup de baguette magique. La mère de Betty a été brisée dans l'enfance et ne s'en est jamais remise. Incapable de prendre soin de ses enfants de manière constante, elle leur fait subir des accès de quasi-démence. 

"Ma mère était l'une de ces petites filles malheureuses, et elle a enduré le genre d'enfance que vous fuyez le plus possible. Sauf si vous n'avez nulle part où fuir."

Les enfants de la famille sont tous très différents les uns des autres. Certains sont attachants, d'autres beaucoup moins. Chacun a son histoire et sa personnalité. Les liens entre les membres de la fratrie sont complexes. Sous le même toit, la violence cohabite avec la complicité et l'entraide. Tous sont marqués par les malheurs qui s'enchainent dans le foyer. La nature est une grande consolation pour les enfants qui, grâce à leur père, en apprennent les secrets. Landon leur transmet ses connaissances en botanique et plus largement sur le monde qui les entoure.

"La nature nous parle. Nous devons simplement nous souvenir de l'écouter."

"Betty" est le second roman de Tiffany Daniel, qui s'est emparée de la vie de sa mère pour en faire un formidable roman. Bien que cette histoire soit empreinte de réalisme, l'écriture est poétique avec des touches d'onirisme et de fantastique. Le récit est chronologique mais certains faits ne sont pas révélés. Il nous faut attendre la fin pour avoir une vision d'ensemble de cette histoire familiale à la fois belle et dramatique. Le contexte historique et sociologique est intéressant. Nous découvrons l'Amérique rurale et pauvre des années 50/60. Dans ce village imaginaire de l'Ohio, les indiens (ou métisses) sont victimes de racisme. Betty, qui ressemble à son père, a du mal à se faire des amies à l'école alors que ces sœurs, à la peau claire comme leur mère, n'ont pas ce problème.

"Les cheveux de mon père étaient noirs. Sa peau était brune comme le beau lit de terre des rivières dans lesquelles il nageait. Des ombres se nichaient dans ses joues anguleuses. Ses yeux avaient la couleur de la poudre qu’il faisait avec les coquilles de noix. Il m’a donné ces caractéristiques. La terre a posé son sceau sur mon âme. Sur ma peau. Sur mes cheveux. Sur mes yeux. C’est lui qui m’a donné toutes ces choses.
- Parce que tu es une Cherokee, m’a dit Papa quand j’avais quatre ans et que j’étais assez grande pour demander pourquoi les gens m’appelaient moricaude."

Le récit audio est très vivant grâce à l'interprétation de la lectrice qui module sa voix en fonction du sexe, de l'âge et de la personnalité des différents personnages. Parmi les six enfants vivants du foyer (deux sont morts dans la petite enfance), j'ai eu un coup de cœur pour Betty mais aussi pour Lind et Trustin, les petits frères si attachants. Je n'oublierai pas la sage et douce Fraya qui a eu la malchance de naitre après l'affreux Leland. Je ne peux pas non plus passer sous silence Flossie, superficielle et autocentrée, pas la plus chouette des trois filles mais que Betty aimait malgré tout. Après plus de seize heures d'écoute, j'ai laissé à regret la famille Carpenter, triste de ne pas suivre Betty dans sa nouvelle vie mais heureuse de la sentir émancipée, fière de ses origines et bien dans la peau de jeune femme adulte.

"Nous avons trop d'ennemis dans la vie pour en faire nous-mêmes partie. Aussi, lorsque j'ai eu dix-sept ans, un âge qui vous autorise à allumer la flamme de passions nouvelles, j'ai décidé de refuser l'ambition de la haine."

Un gros coup de coeur !

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2021 (et peut-être mon number one ?)

L' avis de Enna

Ecoutons un livre

 

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20 octobre 2020 2 20 /10 /octobre /2020 21:58

Audiolib 2020 (Seuil) - Lu par Marie du Bled - 11 h 

"Un marais n’est pas un marécage. Le marais, c’est un espace de lumière, où l’herbe pousse dans l’eau, et l’eau se déverse dans le ciel. Des ruisseaux paresseux charrient le disque du soleil jusqu’à la mer, et des échassiers s’en envolent avec une grâce inattendue – comme s’ils n’étaient pas faits pour rejoindre les airs – dans le vacarme d’un millier d’oies des neiges."

Nous sommes à Barkley Cove, une petite ville de Caroline du Nord. Kya vit avec sa famille dans le marais, en marge de la population. Ils logent dans une cabane qui offre le confort minimal. Alors qu'elle a six ans, la mère de Kya abandonne le foyer. Ses frères et sœurs fuient également les lieux dès qu'ils le peuvent et de façon définitive. La petite fille vit seule avec son père quelques temps, avant que ce dernier ne disparaisse. Kya, livrée à elle-même, devient "la fille du marais".

"Comme tous les autres, il avait entendu parler de la Fille des marais et, au fil des ans, l'avait parfois croisée, soit dans son bateau, glissant au fil de l'eau comme si elle ne faisait qu'un avec les courants, soit se précipitant hors de l'épicerie comme un raton laveur s'éloigne d'une poubelle."

 

source instagram /Delia Owens

Grâce à quelques rencontres providentielles et portée par sa force de caractère, la petite fille grandit et s'ouvre aux trésors naturels qui l'entourent. Un jeune garçon, Hate, lui apprend à lire et à compter. Le garçon lui rend visite le plus souvent possible et lui apporte des livres de sciences naturelles, qu'elle dévore. Au fil des années, leur relation devient plus intime mais Hate finit par l'abandonner aussi, au grand désespoir de Kya.

La jeune fille continue à étudier la flore et la faune du marais et consigne ses observations par écrit. Elle dessine également. Elle n'oublie par Hate mais se laisse embarquer dans une autre relation qui va qui lui occasionner de gros ennuis avec la justice. Le récit, qui se déroule sur deux époques, 1952 et 1969, finit par se rejoindre dans la dernière partie du livre. 

J'avais très envie de lire ce roman dont (presque) tout le monde chante les louanges. Je ne peux que me ranger du côté des avis dithyrambiques. Ce roman possède de grandes qualités. Le personnage principal, Kya, est extrêmement attachant. Il y de bons sentiments mais c'est avant tout un texte intelligent et plein finesse. Ce roman possède également une dimension écologique, sans être moralisateur.  La construction tient suffisamment en haleine pour que l'on ne s'ennuie pas une minute. Cerise sur le gâteau, la fin est très réussie.

Je ne regrette pas d'avoir opté pour la version audio. La lectrice incarne parfaitement la jeune Kya et parvient à nous faire vibrer pour ce très beau texte.

Une totale réussite !

 

Quelques mots sur l'autrice (source Babelio) :

Diplômée en zoologie et biologie et titulaire d'un doctorat en comportement animal, elle part s’installer avec son mari, chercheur et biologiste comme elle, au Botswana en 1974. Ensemble, ils étudient les différentes espèces de mammifères de la région. Ils publient trois livres de non-fiction. Delia Owens publie également de nombreux articles scientifiques en menant ses recherches sur les espèces animales en danger. Elle monte des projets de sauvegarde de grande ampleur. "Là où chantent les écrevisses" ("Where the Crawdads Sing", 2018) est son premier roman.

Challenge écoutons un livre
challenge 50 romans - 50 états : la Caroline du Nord

 

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16 septembre 2020 3 16 /09 /septembre /2020 23:58

Le livre de poche (Quai Voltaire 2018) - 630 pages

C'est après avoir écouté une émission des Bibliomaniacs que l'envie m'est venue de découvrir "Dans les angles morts". Le destin a bien fait les choses, car je l'ai trouvé dans une boite à livres quelques temps après. Cherchant une idée pour "le pavé de l'été" (challenge chez Brize) tout en préparant mes lectures pour le mois américain, j'ai jeté mon dévolu sur ce roman. 

Nous sommes dans les années 80, dans un village de campagne qui commence à être colonisé par de riches New-yorkais en recherche de calme et d'authenticité. Les nouveaux arrivés côtoient des fermiers qui ont des difficultés à gagner leur vie. Certains sont au bord du gouffre, peinant à dégager la rentabilité nécessaire pour rembourser leurs prêts. C'est le cas de la famille Hale, que la faillite a brisé. Leur maison a été rachetée une bouchée de pain par George Clare et sa famille. Cette acquisition ne leur portera pas bonheur. Un soir, en rentrant du travail, l'universitaire trouve sa femme Catherine, assassinée. Leur petite fille est dans sa chambre, saine et sauve. Pour découvrir qui est l'auteur du meurtre, nous revenons en arrière pour tenter de comprendre ce qui s'est tramé dans la ferme, du temps des Hale, mais aussi après la vente de la ferme aux Clare. 

J'ai tout aimé dans ce thriller psychologique : l'écriture, l'histoire, les personnages, l'ambiance... au point d'avoir littéralement dévoré les plus de 600 pages, envoûtée. J'ai beaucoup aimé le personnage de Catherine Clare, une jeune femme effacée et d'apparence fragile. Un autre personnage de l'histoire, moins central, m'a marquée, celui de la femme qui tient l'agence immobilière du village. Il se trouve qu'elle est également l'épouse du shérif. Le couple, témoin de la succession de malheurs, sera fortement impacté par cette histoire qui ne cessera de les hanter des années durant.

Je ne peux vous que vous conseiller d'aller vous même explorer les angles morts de cette histoire, de vous laisser surprendre par les faux-semblants et les zones d'ombres. Rares sont les romans où la psychologie des personnages est si fouillée. C'est toute une époque que l'auteur fait revivre, celle des années 80, sans téléphone portable ni réseaux sociaux. L'histoire ne se serait pas passée de la même façon à notre époque pour des raisons que, bien entendu, je ne vous livrerai pas...

Un coup de coeur !

Le pavé de l'été chez Brize

Thème du jour du mois américain : le polar

Le mois américain - chez Titine

 

Challenge chez Antigone

 

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13 septembre 2020 7 13 /09 /septembre /2020 23:56

Globe - septembre 2020 - 470 pages

Je viens de finir cette lecture et je me sens orpheline de ces femmes qui m'ont accompagnée durant près de quinze jours. Onze femmes et une personne "non genrée" se succèdent et se croisent pour se présenter à nous.  Ces personnes sont fortes et courageuses mais ne cachent pas leurs faiblesses. Noires ou métis dans une Angleterre où la couleur noire n'est pas celle du désespoir, elles prennent (ou ont pris autrefois) leur destin en main.  Certaines commencent leur vie, comme Yazz, d'autres vivent avec leurs souvenirs, comme Hattie . S'il est beaucoup question de race dans l'ouvrage, toutes les femmes peuvent s'y retrouver car de multiples autres thèmes sont abordés : le féminisme, le couple, la parentalité, le monde du travail... 

Le style de cette oeuvre est absolument inclassable. Poétesse et femme de théâtre, l'autrice a inventé une forme nouvelle qui mélange différents genres. J'ai eu peur au départ de ne pas m'habituer à la ponctuation fantaisiste mais au bout d'une trentaine de pages, j'étais totalement absorbée par l'histoire, appréciant ce style qui fait corps avec le texte. Je ne me suis pas offusquée des phrases sans point qui partent à la ligne comme bon leur semble. 

Amma, homosexuelle, est la première à ouvrir la danse. Elle est au centre du roman. Ce soir, c'est la première de sa nouvelle pièce, au National theatre. Autour d'elle gravitent ses proches et des connaissances.  Nous les retrouverons au fil des pages. Le lien avec Amma ne saute pas toujours aux yeux mais il faut être patient, tout se met en place à la fin du roman. Parfois dans le présent, d'autres fois dans le passé, nous naviguons d'un milieu à un autre, d'une époque à une autre.

Chaque destin est passionnant et forme une histoire qui se tient, à la manière d'une nouvelle. Mon personnage préféré est la femme la plus âgée, Hattie, quatre-vingt treize-ans. Nous remontons le temps et découvrons ses origines mais aussi sa descendance, qui réserve quelques surprises. Hatie est ouverte d'esprit, courageuse et riche des valeurs qui l'ont construite.

Je ne peux que vous conseiller ce roman. Si vous vous laissez tenter, surtout lisez-le sans impatience. En cette période de rentrée littéraire, les tentations sont grandes. Il serait dommage de ne pas donner à ce roman le temps qu'il demande.

Un ouvrage riche et passionnant. Un incontournable de cette rentrée, assurément.

Une lecture commune avec Antigone et Fanny

 

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