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26 août 2017 6 26 /08 /août /2017 23:43

23/08/2017 - Stock - 350 pages

Gabriële Buffet-Picabia (Gaby) est l'arrière-grand-mère des co-auteures. Si son nom vous est inconnu, il en était de même pour moi avant lire ce récit. Les deux soeurs Berest n'ont pas connu leur ancêtre, pourtant décédée bien après leur naissance. Leur mère n'avait pas de contact avec sa grand-mère et n'avait pas souhaité la présenter à ses filles. Une fois adulte, les sœurs ont voulu savoir qui était cette femme mystérieuse et quelle était son histoire.

Gabriële Buffet a 27 ans quand elle rencontre le peintre Francis Picabia. Musicienne, très indépendante pour une jeune femme de sa génération, elle a un caractère bien trempé et une intelligence hors du commun. Sa rencontre avec Francis va bouleverser le destin qui s'offre à elle. La jeune Gaby plaque la musique pour se mettre au service de son futur mari dont elle pressent le talent exceptionnel. La complicité intellectuelle du couple est parfaite au point qu'ils finissent par ne faire qu'un. Pour autant, leur vie est loin d'être idyllique car Francis est un être torturé, qui a un besoin constant d'être encouragé et stimulé.

1910 - Gabrielle et Francis Picabia

Gabriële s'oublie. Elle est l'épouse, la muse, l'organisatrice de la carrière de son mari. "Elle déplace des montagnes pour les autres mais il lui manque la force de pousser une porte pour elle-même". La vie du couple est mouvementée. Francis Picabia ne lui laisse pas de répit, ne se gène pas pour la tromper. Elle accepte la situation, considérant ce besoin d'aller voir ailleurs comme une composante de l'équilibre de l'artiste. Pendant ce temps, Gaby ne se morfond pas chez elle. Elle abandonne ses enfants pour défendre les intérêts de son mari, s'il le faut à l’étranger. Elle fréquente le milieu artistique, seule ou avec Picabia. C'est une femme en très avance sur son temps, qui n'hésite pas à se rendre seule aux Etats-unis, par exemple.

"Hera" - oeuvre de Francis Picadia - 1929

Ce récit m'a passionnée de bout en bout. C'est un beau voyage dans le temps, qui revisite une époque sous l'angle de ses artistes. Nous croisons Apollinaire, Marcel Duchamp, Picasso, Marie Laurencin, Isodora Dukun... Nous découvrons la naissance du dadaïsme et l'esprit provocateur de ceux qui portent le mouvement. Parmi eux se trouvent les Picabia. La vie de Gaby est à la fois passionnante et frustrante, preuve qu'il est difficile de tout réussir dans une vie. Ce que Gabriële mettra de côté, outre sa vocation pour la musique, c'est son rôle de mère. Elle considère ses enfants comme un fardeau. Son mari ne s'y intéresse pas davantage. Les enfants en souffriront.

1917 Francis Picabia, Gabriële Buffet-Picabia et Guillaume Apollinaire

Dans le récit se glissent régulièrement quelques éléments de réflexion des co-auteures. Sont elles légitimes à écrire ce portrait ? En montrant l'admiration qu'elles ont pour leur arrière-grand-mère, ne trahissent-elles pas leur mère et grand-père, qui tous deux ont souffert des manquements de Gabriële ? J'ai pas pas eu ce ressenti. On sent dans la démarche des co-auteurs une recherche constante d'objectivité. En atteste le partage avec les lecteurs de leurs doutes, de leurs questionnements.  

Je vous conseille sans hésitation de découvrir ce beau portrait d'une femme hors du commun.

J'ai décidé, pour le moment, de ne pas attribuer de coups de coeur à mes lectures de cette rentrée. Je le ferai avec un peu de recul mais sans nul doute, cette oeuvre fera partie de mes plus belles lectures de cette saison littéraire.

3 / ?

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15 juillet 2017 6 15 /07 /juillet /2017 23:33

Quel bonheur de retrouver les personnages principaux d'"Un peu plus loin sur la droite" ! Louis Kehlweiller et son crapaud (un vrai), la vieille Marthe mais aussi toute l'équipe des évangélistes...

L'enquête menée par Louis Kehlweiller est centrée cette fois sur la recherche d'un tueur en série. La police accuse un jeune homme un peu simplet d'avoir assassiné deux femmes. Si tout semble désigner le garçon, Louis Kehlweiller a la (presque) certitude qu'il est innocent. Il accepte de donc de le planquer, avec l'aide précieuse de ses amis les évangélistes, afin que la police ne mette pas le grappin dessus. Il convient de préciser que le jeune homme n'est autre que le jeune protégé de sa vieille amie Marthe.

Cela fait quelques temps que j'ai écouté ce livre audio mais je n'avais pas pris le temps d'écrire un billet. Il aurait pourtant été dommage de passer sous silence cette écoute jubilatoire.Philippe Allard module sa voix en fonction des personnages de façon assez spectaculaire. Il parvient à rendre à merveille l'humour et la poésie contenus dans le texte de Vargas. 

Merci à l'amie qui me l'a prêté.

Lu dans le cadre de "Ecoutons un livre"

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10 juillet 2017 1 10 /07 /juillet /2017 23:32

 

Audiolib 2017 (Juliard) - 4 h 04 - Lu par Antoine Leiris

De Philippe Besson, j'avais lu en  2004 "les jours fragiles", un roman qui se présentait comme le journal intime de la soeur d'Arthur Rimbaud. J'avais beaucoup aimé la plume de l'auteur mais d'autres sollicitations m'ont détournée de Besson jusqu'à ce que "Arrête avec tes mensonges" croise mon chemin.

L'auteur a choisi d'indiquer "roman" sur  son ouvrage mais, il ne s'en cache pas, il s'agit du récit de son premier amour. Ne fuyez pas, "Arrête tes mensonges" est une oeuvre littéraire pas une de ces autofictions dans lesquelles le lecteur se sent voyeur.

Philippe Besson a vécu son adolescence dans les années 80. Très tôt, il a pris conscience de son homosexualité et l'a acceptée. Mais à l'époque, il n'était pas question de se montrer au grand jour lorsqu'on vivait une histoire d'amour avec une personne du même sexe. C'est donc clandestinement qu'il voyait Thomas. Ce dernier n'assumait pas son orientation sexuelle et ne l'assumera d'ailleurs jamais, comme nous le découvrons plus tard dans le récit.

Le chemin des deux jeunes garçons se séparera à la fin de la terminale. L'auteur fera des études alors que Thomas entamera sa vie d'adulte. Tous deux garderont la marque indélébile de ce premier amour. Ce n'est que bien plus tard que l'auteur entendra de nouveau parler de son ami. 

Ce récit, assez cru par moment, est pourtant d'une grande délicatesse. La relation entre ces deux jeunes gens est en grande partie sexuelle mais l'auteur démontre à quel point elle ne peut être réduite à une histoire de sexe. 

De la même génération de l'auteur, je peux comprendre à quel point cette relation a dû être difficile à vivre dans un petit village de province, dans les années 80. N'oublions pas que l'homosexualité n'a été dépénalisée qu'en 1982. Que de drames ont été vécus dans les campagnes par les jeunes gens qui avaient le malheur d'aimer quelqu'un du même sexe !

 La version audio est réussie, le lecteur a su trouver le juste ton. Une interview de l'auteur complète l'écoute. L'auteur fait remarquer que la réalité dépasse parfois la fiction. C'est le cas dans ce roman.

Pour finir, voici deux phrases que j'ai relevées durant ma lecture et qui m'ont particulièrement marquée dans le contexte de ce livre.

"Parce que tu partiras et que nous resterons".

"Je me demande si la froideur des pères fait l'extrême sensibilité des fils".

Je ne saurais trop vous recommander de lire ce roman bien construit, intelligent et d'une grande sensibilité.

Un grand merci à Audiolib pour ce partenariat

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23 mai 2017 2 23 /05 /mai /2017 23:02

Gallimard 2016 - 478 pages - traduit de l'italien par Elsa Damien

Dans ce troisième tome, nous retrouvons Lila et Elena dans leur existence de jeunes mères. Chacune mène sa barque à sa façon. 

Elena s'est installée dans une vie de petite bourgeoise. Mère de deux filles, elle s'ennuie dans son foyer et souffre d'un manque de stimulation intellectuelle. Au fil du roman, nous la voyons toutefois évoluer vers plus d'indépendance. Elle s'intéresse au sort des italiennes, écrit un ouvrage sur le sujet. A la fin du roman, elle prend une décision qu'à la fois j'espérais tout en la redoutant...

Contre toute attente, Lila se montre plus avant-gardiste qu'Elena, qui vit selon un schéma hérité du passé. La jeune ouvrière est parvenue à quitter son travail à l'usine grâce à sa détermination. Elle gagne de l'argent et ne dépend pas de son mari financièrement. Elle fait preuve, dans la première partie notamment, de beaucoup de courage et d'une grande liberté d'action et de pensée. On ne peut s'empêcher de l'admirer tout en constatant qu'une forme de rigidité la prive de perspectives.

Le contexte socio-politique des années 60/70 tel que raconté par Elena Ferrante est passionnant. Nous entrons dans les usines, côtoyons les syndicats qui subissent fortement les pressions de la mafia locale. Chacune à sa façon, les deux amies s'intéressent à la lutte des classes et à la condition féminine.

Sans se perdre de vue, les deux jeunes femmes semblent moins s'influencer l'une et l'autre que lorsqu'elles étaient plus jeunes. Que nous réserve le dernier tome ? Je suis très impatiente de le découvrir. Mais il me faut attendre que ce quatrième (et dernier tome) soit traduit en Français.

"Celle qui fuit et celle qui reste", plus addictif encore que les précédents tomes, est mon préféré jusqu'ici. 

 

 

Lu dans le cadre du mois italien

 

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29 mars 2017 3 29 /03 /mars /2017 21:39

Audiolib 2016 (grasset) - 5 h 40

C'est la deuxième fois que j'évoque "Petit pays" sur ce blog. 

Voici mon billet sur la version papier :

Gabriel est un jeune garçon d'une dizaine d'années qui coulait une enfance heureuse au Burundi avant que la situation politique de son pays ne se dégrade. Nous sommes dans les années 90. Né d'un père français et d'une mère d'origine rwandaise, Gabriel habite dans l'impasse d'un quartier résidentiel. Avec ses copains, il joue dans l'impasse quand il ne vole pas des mangues dans les jardins des voisins. La vie est douce pour le petit métis. Quand ses parents se séparent, c'est un premier choc mais le grand choc de son enfance sera la guerre civile au Rwanda puis au Burundi. Il apprendra alors qu'il est tutsi. Jusque-là, il ne connaissait même pas ce mot.
Ce roman, écrit dans une langue chaude et colorée, ma enchantée. La description des paysages, des odeurs, des couleurs de l'Afrique est particulièrement réussie. Avec une plume truculente et rythmée, Gael Faye nous raconte ses aventures de petit métis. On peut faire le rapprochement avec Le petit Nicolas mais également avec l'enfance de Dany Laferrière. J'ai plusieurs fois éclaté de rire (une histoire rocambolesque de vélo volé est à mourir de rire). J'ai bien aimé, également, le rapport aux livres du jeune garçon. Quand ses parents se se séparent et que la vie a perd de sa saveur, il se console dans la lecture d'ouvrages que lui prête une de ses voisines. 
La dernière partie du roman est une véritable douche froide. Le contraste entre l'innocence de l'enfance et l'horreur de la guerre civile est saisissant. L'enfant est confronté brutalement à une extrême violence. Gabriel avait bien remarqué que son petit monde était en pleine évolution mais comment aurait-il pu imaginer que ce havre de paix deviendrait un enfer et que ses jeunes amis se transformeraient en meurtriers ? Toute l'absurdité des guerre ethniques nous apparaît au travers des yeux de cet enfant.

Un premier roman particulièrement réussi.

Et maintenant, voici mon ressenti sur la version audio : 

Selon moi, la version audio n'est pas à la hauteur du roman papier. C'est l'auteur lui-même qui lit son texte, ce qui est rarement une bonne idée. Comme c'est un rappeur, on aurait pu imaginer qu'il donne à son texte une totalité originale et particulière. Hélas, J'ai trouvé son interprétation assez plate et décevante. Pour tout vous dire, j'ai abandonné mon écoute au tiers pour ne pas gâcher la bonne impression que m'avait fait le texte en version papier.

Dommage pour la version audio mais je confirme que c'est un très bon roman !

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2017

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11 mars 2017 6 11 /03 /mars /2017 13:53

Audiolib 2016 (belfond - août 2016)

Voici venir les rêveurs raconte l'immigration d'une famille camerounaise à New York en 2007, au moment de la crise des subprimes. Le père de famille, Jende, est arrivé le premier aux Etats-Unis et dès possible, il a fait venir sa femme Neni et leur petit garçon. Jende est un clandestin parmi d'autres alors que Neni a une autorisation de séjour en raison de son statut d'étudiante (elle veut être pharmacienne). C'est grâce à une connaissance que Jende parviendra à trouver un travail de chauffeur pour un riche banquier de Lehman Brothers. Au début du roman, la famille trouve ses marques aux USA  et grâce au travail bien rémunéré de Jende, elle vit plutôt bien. 

Parallèlement à la vie des camerounais, nous suivons celle du couple de banquiers pour lequel travaille Jende. Neni aura l'occasion de travailler également pour le couple, ce qui lui permettra de se rendre compte de l'opulence dans laquelle ils vivent. Le contraste entre les deux familles est saisissant, ce qui ne les empêchent pas de respecter mutuellement. Si pour les camerounais tout va plutôt bien au niveau familial, ce n'est pas le cas chez leurs employeurs. Cindy, la femme du banquier, est malheureuse pour diverses raisons et l'équilibre de la famille finira par se détériorer, ce qui ne sera pas sans conséquences (indirectes) pour Neni et Jende. Commencera alors pour eux une période très difficile.

"Voici venir les rêveurs" est un roman qui montre, de façon assez originale, la face cachée du rêve américain. Certes, tout est possible en apparence dans ce grand pays mais il faut avoir de la chance et une grande endurance. Je ne vous dirai pas comment se termine le roman mais je ne m'y attendais pas vraiment. 

C'est un très bon roman, plein d'humour et très vivant. J'ai bien aimé retrouver l'ambiance de Harlem, que j'ai eu la chance de visiter lors de mon voyage à New York. Cerise sur le gâteau, ce livre audio est un vrai plaisir d'écoute. Le lecteur, excellent, imite à merveille l'accent africain. Je ne sais pas si j'aurais autant apprécié le roman en version papier. Je n'en suis pas certaine.

Un très bon roman et... 

un coup de coeur pour l'interprétation.

Les avis de Sandrine et Enna

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2017

 

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8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 00:19

Zai zai zai zai - Fabcaro (BD)

C'est l'histoire d'un auteur de BD qui, à la caisse d'un magasin, s'aperçoit qu'il a oublié sa carte de fidélité. Ce n'est pas grave me direz-vous ? Et bien si. Dans cette histoire, c'est même un grave délit. La seule solution pour ce client d'échapper à une condamnation certaine est de prendre la fuite. Le voilà donc en cavale, poursuivi par la police.

Après un périple en voiture, notre homme se retrouve en Lozère (ou l'on parle le Lozérien, comme chacun sait). Va t'il être rattrapé par la police ? Gros suspens, que je ne vais pas vous dévoiler, bien entendu. Quant au mystérieux titre, vous le comprendrez à la fin du roman.

Cette histoire, aussi ubuesque qu'hilarante, m'a fait pouffer de rire du début jusqu'à la fin. N'ayant aucune envie de reposer l'album une fois fini, je l'ai relu aussi sec et j'ai ri autant la deuxième fois (agaçant mon mari qui tentait de se concentrer sur une lecture plus sérieuse).

C'est une vaste farce, certes, mais qui donne à réfléchir. Mine de rien, l'auteur se moque de la société de consommation, du pouvoir des médias, de la récupération par les politiques du moindre fait divers et du péquin lambda qui a un avis sur tout. Tout le monde en prend pour son grade et c'est très bien vu !

Un exemple de raccourci :

Les dessins sont efficaces. Je ne suis pas fan de la couleur kaki, en revanche, mais cela n'a pas gâché mon plaisir de lecture.

Un coup de coeur !  (conseillé par ma copine Fransoaz et partagé par les membres de ma famille) !

Les avis de Leiloona - Géraldine  - Enna

 

La Bd de la semaine, aujourd'hui, c'es chez Noukette

Zai zai zai zai - Fabcaro (BD)
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16 février 2017 4 16 /02 /février /2017 00:34

Audiolib -  traduit de l'anglais (australie) par Béatrice Taupeau. Lu par Danièle Douet - 15 h 32 -

Elles s'appellent Céleste, Madeline et Jane et leur point commun est d'avoir leurs enfants dans la même école, celle de Pirriwee, à Sidney. Une école publique qui prône la non-violence mais qui est loin d'exemplaire comme nous allons pouvoir le constater.  Dès le début, savons qu'un drame s'est produit lors d'une soirée organisée par l'école mais nous sommes loin d'imaginer ce dont il s'agit. 

C'est le harcèlement d'un enfant par un autre qui met le feu au poudre. Les parents s'en mêlent et ce sont eux qui vont finir par se disputer. Parallèlement, nous suivons quelques familles dans leur intimité et découvrons les "petits secrets et grands mensonges" de chacun. Certains secrets sont plus lourds que d'autres. Je fais le choix de vous laisser les découvrir par vous-même.

Le microcosme des parents d'élèves est bien rendu et m'a rappelé quelques souvenirs. Il est question par exemple du gang des "serre-têtes", ces mères d'élèves zélées et omniprésentes qui donnent des complexes aux autres et dépassent parfois leurs prérogatives. 

Ce roman a dépassé mes espérances. J'imaginais un livre assez léger, qui allait me faire passer un bon moment. Les ingrédients pour un livre distrayant sont effectivement présents mais il ne se résume pas à cela. L'auteure ne se contente pas d'une esquisse des protagonistes du drame. Elle s'attache à décrire de façon approfondie la personnalité de chacun. On ne s'ennuie pas une seconde. On sourit, on frémit, on jubile même, parfois.

La version audio tient largement ses promesses. La lectrice incarne les différents personnages en modulant sa voix, sans que cela paraisse artificiel. J'ai pris quelques notes au départ pour m'y retrouver parmi les nombreux personnages mais bien vite, j'ai pu les lâcher.

Une écoute réjouissante que je vous conseille sans hésitation.

Merci à Audiolib 

Lu dans le cadre de "Ecoutons un livre"

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9 décembre 2016 5 09 /12 /décembre /2016 00:30

Grasset 2016 - août 2016 - 215 pages . 

Gabriel est un jeune garçon d'une dizaine d'années qui coulait une enfance heureuse au Burundi avant que la situation politique de son pays ne se dégrade. Nous sommes dans les années 90. Né d'un père français et d'une mère d'origine rwandaise, Gabriel habite dans l'impasse d'un quartier résidentiel. Avec ses copains, il joue dans l'impasse quand il ne vole pas des mangues dans les jardins des voisins. La vie est douce pour le petit métis. Quand ses parents se séparent, c'est un premier choc mais le grand choc de son enfance sera la guerre civile au Rwanda puis au Burundi. Il apprendra alors qu'il est tutsi. Jusque-là, il ne connaissait même pas ce mot.

Ce roman, écrit dans une langue chaude et colorée, ma enchantée. La description des paysages, des odeurs, des couleurs de l'Afrique est particulièrement réussie. Avec une plume truculente et rythmée, Gael Faye nous raconte ses aventures de petit métis. On peut faire le rapprochement avec Le petit Nicolas mais également avec l'enfance de Dany Laferrière. J'ai plusieurs fois éclaté de rire (une histoire rocambolesque de vélo volé est à mourir de rire). J'ai bien aimé, également, le rapport aux livres du jeune garçon. Quand ses parents se se séparent et que la vie a perd de sa saveur, il se console dans la lecture d'ouvrages que lui prête une de ses voisines. 

La dernière partie du roman est une véritable douche froide. Le contraste entre l'innocence de l'enfance et l'horreur de la guerre civile est saisissant. L'enfant est confronté brutalement à une extrême violence. Gabriel avait bien remarqué que son petit monde était en pleine évolution mais comment aurait-il pu imaginer que ce havre de paix deviendrait un enfer et que ses jeunes amis se transformeraient en meurtriers ? Toute l'absurdité des guerre ethniques nous apparaît au travers des yeux de cet enfant.

Un premier roman particulièrement réussi.

 

 

 Gaël Faye est aussi l'auteur et l'interprète de la chanson "Petit pays", écrite avant le roman.

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3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 00:28

Ecoutez lire (Gallimard) Lu par Dominique Reymond - 3 h 38 

"Ni soumission ni consentement, seulement l’effarement du réel qui fait tout juste se dire « qu’est-ce qui m’arrive » ou « c’est à moi que ça arrive » sauf qu’il n’y a plus de moi en cette circonstance, ou ce n’est plus le même déjà. Il n’y a plus que l’Autre, maître de la situation, des gestes, du moment qui suit, qu’il est seul à connaître".

L'été 58, Annie Ernaux (à l'époque Annie Duchêsne) a 18 ans. Elle débarque de sa province dans le village de S pour être monitrice dans une colonie de vacances. Forte de son statut de brillante élève, elle se sent sûre d'elle-même et ne doute pas de s'intégrer.

Très peu de temps après son arrivée, elle se fait remarquer en cédant aux avances du chef mono. Ils passent la nuit en ensemble et le garçon se comporte de façon ignoble. Elle ne se formalise pas, pensant que les choses doivent se passer ainsi la première fois. Dès le lendemain, le chef mono se détourne d'elle mais curieusement, elle s'accroche, refusant de croire qu'il a n'a aucun sentiment pour elle. Elle finit par jouer la brave en se consolant avec d'autres garçons. Les moniteurs (garçons et filles) la montent du doigt et l'humilient. Elle n'en fait pas cas.

L'auteure raconte fort bien le piège dans lequel est tombée la jeune Annie par naïveté, aveuglée par ce qu'elle croyait être l'Amour. Elle explique fort bien le contraste entre le romantisme des filles (surtout à l'époque) et la brutalité de certains garçons qui ne se gênaient pas pour assouvir leurs pulsions en toute impunité, encouragés par les mentalités de l'époque. La coupable, c'était obligatoirement la fille qui s'était laissée entraîner.

Si  Annie ne parait pas être touchée par ce qui lui arrive sur le moment, elle le paiera pourtant très cher. Il lui faudra deux ans pour se remettre de l'humiliation subie et mettre à distance la "putain sur les bords" de la colonie (c'est ainsi qu'on la nommait).

Annie Ernaux nous explique que cette année 58 faisait partie de ses projets d'écriture depuis longtemps mais qu'elle repoussait le moment de s'y mettre, ne sachant pas sous quel angle l'aborder. Elle a même tenté d'oublier la fille de 58 afin de ne pas avoir à y revenir. On peut la comprendre tant le sujet est intime mais il est heureux qu'elle y soit parvenue car ce récit est désormais une pièce maîtresse de l'oeuvre de l'écrivaine.

Je suis loin d'avoir fait le tour de l'oeuvre de Annie Ernaux et je m'en réjouis. Cette introspection par l'écriture me fascine et je suis très intéressée par la dimension sociologique que l'auteure donne à ses récits.

La version audio est très réussie. La lectrice qui a été choisie a trouvé le ton adéquat pour ce type d'ouvrage.

Un récit très marquant à conseiller à toutes les femmes et peut-être plus encore aux jeunes filles.

Jérôme indique en commentaire qu'il est aussi à conseiller aux hommes. Il a mille fois raison ! Son avis sur ce roman

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