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Ecoutons un livre

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Tous les 28 du mois, je publie un billet récapitulatif des lectures audio des participants. Il n'est pas nécessaire de participer à chaque fois.

 

 

 

5 juillet 2020 7 05 /07 /juillet /2020 23:39

Editions Hervé Chopin - juin 2020 - 217 pages

Traduit de l'italien par Chantal Moiroud

Comment vous parler de ce premier roman tellement bouleversant qu'il m'a laissé muette après avoir tourné les dernières pages ? Comment vous donner envie d'aller à la rencontre de la maman d'Eva, cette mère qui aurait pu être moi ou n'importe quelle autre autre mère ? Comment vous décrire le courage qu'il a fallu à cette femme pour accompagner son enfant "pas comme les autres" ? Cet enfant qui va demander à ses parents de renoncer à la fille qu'ils ont mis au monde.

Au tout début du roman, nous sommes dans une clinique Serbe en compagnie d'Eva et de sa maman. Eva est sur la table d'opération et sa maman dans un couloir, à attendre.  Elle laisse vagabonder ses pensées  entre passé et présent. Eva est née fille mais elle se sent garçon. Ce décalage (erreur de la nature ?) est une souffrance du quotidien pour l'enfant et pour ses parents. Eva ne peut pas s'épanouir dans ce corps qu'elle ne peut assumer. Son caractère se durcit, ses parents ne savent comment l'aider. Le problème de leur fille envahit l'espace et ne laisse aucun répit à ce couple qui n'en est plus un. Et puis il y a le regard des autres qu'il faut supporter mais de moins en moins parce que la seule solution trouvée pour y faire face est l'isolement.

De l'amour, il y en a mais il ne se manifeste pas comme dans les foyers "normaux". Aimer Eva, est-ce l'aider à s'accepter telle qu'elle est ou faut-il l’accompagner à devenir l'homme qu'elle croit fermement être ? Cette question obsède la mère d'Eva, nuit et jour. Et ce n'est qu'au terme d'un long parcours jalonné de rendez-vous avec des "psy", des médecins, un juge mais surtout avec sa propre conscience que la mère d'Eva parviendra à mettre au monde son enfant une seconde fois.

La mère d'Eva est un livre magnifique que je vous encourage à lire. Aucun pathos, aucun voyeurisme mais un texte pudique qui sonne juste. L'originalité du roman tient au fait qu'il nous est donné de réfléchir à la problématique de l'identité de genre avec les yeux des parents et notamment de la mère. C'est un roman qui, plus largement, fait réfléchir à au rôle des parents dans le développement des enfants.

Un premier roman bouleversant !

 

Pour finir un extrait :

"Il y a toi et moi, assises l'une à côté de l'autre sans nous regarder, épaule contre épaule, cherchant des yeux quelque chose au loin, vers l'infini, attendant que l'une des deux crie :

-Terre !

Mais une autre terre, un lieu nouveau, où tu pourras enfin être ce que tu désires et où moi je pourrai enfin  me reposer."

Sur le thème du changement de sexe, j'ai visionné il y quelques mois  un très bon film :"The danish girl". J'essayerai de vous en dire quelques mots dans la semaine.

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17 juin 2020 3 17 /06 /juin /2020 23:14

Albin Michel-Héloise d'Ormesson - 2015 - 464 pages

Ce livre me faisait de l’œil depuis sa sortie et je l'ai trouvé à l'automne dernier dans un vide-grenier (il n'attendait que moi !). Adolescente, j'avais lu et beaucoup aimé "L'auberge de la Jamaïque". Je possédais d'ailleurs l'ouvrage, qui se trouve peut-être encore chez mes parents (il faudra que je cherche). En 2015, j'ai renoué avec bonheur avec la plume de l'autrice en écoutant la merveilleuse version audio de "Rebecca". C'est à cette occasion que j'ai découvert le manoir de Manderley.

Manderley a été inspiré à Daphné du Maurier par un autre manoir, celui de Menabily dans lequel elle a vécu de nombreuses années. Menabily a été le coup de coeur de l'écrivaine sans jamais lui avoir appartenu. Le lieu est très présent dans la biographie de Tatiana de Rosnay tout comme il l'a été dans la vie de Daphné. 

Daphné du Maurier avec ses enfants devant Menabily

La biographie de Tatiana de Rosnay aborde la vie de Daphné du Maurier dans l'ordre chronologique. Nous commençons par découvrir son enfance à Londres, dans une famille aimante, vivant confortablement grâce aux revenus du père de Daphné, célèbre acteur de théâtre en son temps. A l'adolescence, les parents de Daphné achèteront une maison en Cornouailles, Daphné tombera amoureuse de la région et plus tard, y découvrira Menabily.

Un autre lieu comptera pour Daphné, c'est Paris. D'origine française, elle passera quelques années dans un pensionnat, à Meudon. Elle tombera amoureuse de la directrice de ce pensionnat, avec laquelle elle vivra sa première histoire d'amour. La romancière reviendra en France bien plus tard pour enquêter sur sa famille d'origine sarthoise. 

Daphné du Maurier a aimé des femmes mais aussi des hommes parmi lesquels son mari, Sir Frederick Browning, avec lequel vivra des moments heureux.

 

Daphné et son mari

Il ne devait pas être simple de vivre avec Daphné, qui pouvait tout lâcher pendant plusieurs semaines (y compris ses enfants), pour se consacrer à l'écriture. Tatiana nous fait découvrir les différentes facettes de la romancière, y compris les moins flatteuses. Malgré ses défauts, Daphné du Maurier est une personne attachante. Passionnée et volontaire, elle ne fait rien à moitié.

La fin de sa vie de la romancière n'a pas été très heureuse. Elle a dû quitter  Menabily et en a été très attristée. Elle a été confrontée a des pannes d'écriture et n'a n'a jamais retrouvé auprès du public le succès de ses premiers ouvrages. Par ailleurs, elle souffrait beaucoup de la disparation de personnes qui avaient beaucoup compté pour elle.

Pour écrire cette biographie, qui se lit comme un roman, Tatiana de Rosnay a mené une véritable enquête, se rendant sur les lieux où a vécu la romancière, rencontrant des membres de sa famille. Fascinée depuis l'adolescente par l'autrice, Tatiana de Rosnay lui rend un très bel hommage. Des photos nous permettent de visualiser certains lieux et de nous faire découvrir les personnes qui ont compté dans sa vie.

 

 

Plusieurs chapitres sont consacrés à l'écriture des différentes œuvres de la romancières. Tatiana de Rosnay évoque aussi leur réception par le public ou par la critique de l'époque. Il me tarde de me faire ma propre opinion sur ces ouvrages.

Je ne peux que remercier Tatiana du Rosnay de m'avoir fait passer un si bon moment avec une autrice que je compte bien continuer à découvrir.

J'ai eu un coup de cœur pour cette passionnante biographie.

 

Lu pour le mois anglais (thème de la biographie)

 

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3 juin 2020 3 03 /06 /juin /2020 19:58

Audiolib 2020 (Le tripode 2013) - 13 h 57 - lu par Emmanuel Dekoninck

Traduit de l'estonien par Jean-Pierre Minaudier

Ce titre est ma dernière lecture pour le Prix Audiolib 2020. J'ai gardé pour la fin le livre qui me semblait correspondre le moins à mes goûts. La quatrième de couverture m'avait un peu effrayée : parler la langue des serpents, tomber amoureuse d'un (vrai) ours, être une paysanne qui rêve du loup-garou, rencontrer des australopithèques qui élèvent des poux... Voilà un programme qui, de premier abord ne me tentait pas vraiment. Et pourtant, quel régal ce roman aux multiples dimensions !

L'homme qui savait la langue des serpents est un roman d'aventures. On ne s’ennuie pas une seconde, il se passe toujours quelque chose. C'est aussi une fable écologique, politique et philosophique. Tout en restant terre à terre, Andrus Kivirähk nous fait réfléchir à la religion, aux traditions et plus généralement à l'évolution de l'homme sur terre, dans l'espace et dans le temps.

"Le monde change, il y a des choses qui sombrent dans l’oubli, d’autres émergent. Les mots des serpents ont fait leur temps, un jour aussi viendra où ce monde moderne tombera dans l’oubli avec ses dieux et ses chevaliers, et les hommes trouveront quelque chose de nouveau."

J'ai beaucoup apprécié l'humour qui se dégage de ce texte (surtout dans la première partie, ma préférée). Passé l'effet de surprise, j'ai accepté qu'une femme tombe amoureuse d'un ours. Le parallèle entre l'homme et l'animal est à la fois troublant et amusant.

"Bien peu de femmes leur résistent, aux ours, ils sont si grands, si tendres, si gauches, si velus. Et puis ce sont des séducteurs nés, les femmes les attirent à ce point qu'ils ne perdent jamais une occasion de s'approcher de l'une d'entre elles pour leur grogner quelque chose à l'oreille.
Dans le temps, lorsque notre peuple vivait encore en majorité dans la forêt, il y avait sans arrêt des histoires de femmes qui s'acoquinaient avec des plantigrades, jusqu'à ce que le mari tombe sur les amoureux et chasse le grand brun".

J'ai accepté tout aussi facilement que les serpents soient les amis des hommes au point que tous partagent, durant l'hiver, le même terrier. L'amitié du personnage principal, Leemet, avec un jeune serpent femelle est très touchante. Je pourrais aussi vous parler des louves qui font office de vaches laitières et que l'on peut endormir grâce à la langue des serpents.

La deuxième partie du roman est plus sanglante et plus désespérée. Nous savons dès le début que le monde de Leemet va mourir et qu'il sera le dernier homme dans la forêt mais on ne peut s'empêcher d'espérer un miracle.

"L'homme qui savait la langue des serpents" m'a fait penser à "Dans la forêt"de Jean Hegland mais le processus d'évolution de l'homme est inversé. Dans le roman de Kiviräh, l'homme quitte la forêt pour un monde dit "civilisé" alors dans celui de Jean Hegland, l'homme civilisé retourne dans la forêtDans les deux cas, la forêt est une source de richesse inépuisable.

Un mot sur le lecteur, Emmanuel Dekoninck : For-mi-da-ble ! J'adore sa voix, sa façon de raconter des histoires. Je crois qu'il pourrait m'embarquer dans n'importe quelle récit. Quand je vois son nom associé à une lecture audio que je m'apprête à écouter, je jubile.

Une lecture prenante et souvent jubilatoire. J'ai vraiment beaucoup aimé !

Lu dans le cadre du Prix Audiolib 2020

challenge "Écoutons un livre"

 

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24 mars 2020 2 24 /03 /mars /2020 19:40

Emil Ferris - Monsieur Toussaint Louverture - Tome 1 - 2018 - 416 pages

Depuis sa sortie, ce roman graphique fait l'objet de nombreux avis élogieux sur les blogs. Il est dans ma Pile à lire depuis un bon moment mais il me fallait de la disponibilité pour m'y plonger. J'ai choisi une semaine de vacances pour l'ouvrir et j'ai bien fait car il faut un peu du temps pour le parcourir, en raison du nombre de pages (plus de 400) mais aussi de la richesse des dessins qu'il contient.

Si l'histoire en elle-même est très intéressante, l'esthétique de l'album l'est plus encore. Je ne suis pas une spécialiste du genre mais je crois que cet ouvrage est absolument unique. Se présentant sous la forme d'un cahier à spirale très épais (avec lignes), l'ouvrage offre une multitude de dessins, réalisés avec des stylos billes ou des feutres. La police de caractère est soignée et très agréable à lire (je déteste les écritures "pattes de mouche").

 

Emil Ferris nous propose le journal d'une fillette qui se représente comme un monstre. Cela m'a surprise au départ mais je me suis laissée envoûter par le talent de l'autrice sans trop attacher d'importance à cette histoire de monstres.

Nous sommes à Chicago dans les années 60. Karen vit avec sa mère et son frère dans le sous-sol d'un immeuble. Dans un appartement du bâtiment, une femme est retrouvée morte dans sa chambre. Il s'agit d'Anka Silverberg, une rescapée de la shoah. Si la thèse du suicide est avancée, Karen n'y croit pas et se lance dans une enquête qui va lui faire découvrir un pan de l'histoire de l'Allemagne.

Cette enquête, tout à fait passionnante, retrace donc le passé d'Anka. Dans le même temps, nous découvrons le présent de la jeune Karen, dont la maman est atteinte d'un cancer. Le quotidien de Karen est perturbé par la maladie. Son frère Deeze, plus âgé, la prend sous son aile. Deeze n'est pas un personnage très net mais il déborde d'amour pour sa jeune sœur, qui ne ressemble pas vraiment aux autres petites filles. Karen a du mal à être acceptée pour ce qu'elle est.

 

Karen

 

Deeze, le frère de Karen

 

 

Nous découvrons, avec Karen, les bas quartiers de Chicago et la "faune" qui y vit. Nous croisons des drogués, des prostituées et des truands. Certains sont bienveillants, d'autres bien moins et Karen échappe parfois au pire. Avec son frère, elle parcourt les musées et s'intéresse à des peintres classiques (Goya, Delacroix...). Elle vit littéralement les scènes de ces tableaux et les représente.

On pourrait parler de ce roman graphique pendant des heures tant cet OVNI littéraire est extraordinaire mais le mieux est de le découvrir par vous-même. En ce qui me concerne, j'attends avec impatience le tome 2 pour découvrir la suite des aventures de Karen et le dénouement de son enquête. 

Après avoir refermé l'ouvrage, j'ai fait des recherches sur Emil Ferris, dont l'histoire est assez extraordinaire. J'ai appris que l’existence de "Moi, ce que j'aime, c'est les monstres" tient du miracle. L'autrice a contracté, à l'âge de 40 ans, une méningo-encéphalite qui a failli la laisser paralysée. Ses proches, comprenant que dessiner était vital pour elle, lui fixaient un stylo sur la main avec des bandes adhésives. "Moi j'aime les monstres" a pris vie à ce moment-là. Il a mis six ans à devenir ce chef-d'oeuvre (je n'hésite pas à le qualifier ainsi).

Cela ne surprendra pas ceux qui l'ont lu, je classe cet ouvrage dans mes coups de coeur.

La BD de la semaine, c'est chez Noukette.

 

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26 février 2020 3 26 /02 /février /2020 00:34

 

Glénat - 72 pages - 2014

Cette superbe bande dessinée est consacrée au musicien Robert Johnson. Ce grand guitariste et chanteur de blues est né en 1911 (Missisipi) et mort 27 ans plus tard. Son nom ne me disait rien de prime abord mais je me suis aperçue, en faisant des recherches, que je connaissais plusieurs de ses titres (dont un repris par Eric Clapton).

Ce qui frappe en ouvrant l'album, c'est son esthétisme. Le dessin, en noir et blanc est très évocateur. La première page nous met dans l'ambiance. On voit le musicien jouant de la guitare, avec autour de lui trois femmes aux courbes généreuses. En arrière plan se trouve une bouteille. La musique, les femmes et l'alcool, voilà un résumé de la vie du musicien, développée dans cet ouvrage somptueux.

 

 

Robert Johnson s'est retrouvé très jeune sans père. Ce dernier a dû quitter son domicile, poursuivi par le propriétaire de la plantation dans laquelle il travaillait. La mère du petit Robert aura successivement deux autres compagnons, qui feront office de père mais auxquels Robert donnera du fil à retordre. La seule chose qui intéresse le garçon, c'est de jouer "de la musique du diable". Après des débuts laborieux, le jeune musicien fera une rencontre qui lui mettra le pied à l'étrier. En quelques mois, il apprendra la technique et deviendra un excellent guitariste. Ses progrès sont si spectaculaires qu'on le soupçonnera "d'avoir vendu son âme au diable" en échange de ce talent fulgurant. 

Dès les premières pages, j'ai été intriguée par le narrateur, qui ne se présente qu'à la toute fin,  sous la forme d'une devinette que l'on élucide sans trop de difficultés. J'ai aimé le ton décalé de ce narrateur mystère.

"Love in Vain" est une BD que j'ai eu envie de parcourir une deuxième fois, après avoir fait quelques recherches complémentaires sur ce génie qui fait encore référence dans l'univers du blues. Je ne résiste pas à vous faire écouter la reprise par Clapton du titre "Sweet Home Chicago".

A la fin de l'album, il nous est proposé de découvrir quelques paroles de chansons, superbement illustrées..

Une belle réussite, à tous points de vue !

 

J'ai lu cette Bd dans le cadre du challenge organisé par Enna

Mais aussi de la BD de la semaine, chez Moka

 

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26 janvier 2020 7 26 /01 /janvier /2020 20:36

Folio - 160 pages

"Nous avons tous un petit jardin secret que l'on atteint par des routes bordées d'acacias, de sureaux et de songes. Il ressemble à ces petits cimetières que l'on trouve à la sortie des villages, il protège nos plus beaux souvenirs, ce que nous avons de plus précieux. Dans ces jardins saute et gambade notre enfance, défilent tous les chagrins d'une vie."

J'ai découvert René Frégni il y a une quinzaine d'années. Depuis, j'ai lu une dizaine de ses titres (il m'en reste encore à découvrir). Chaque fois, c'est un grand plaisir de lecture. René Frégni écrit des fictions (plus exactement des polars) mais également des récits autobiographiques dans lesquels il raconte sa vie à Manosque, son amour des femmes, son admiration pour la nature... C'est dans le registre autobiographique que je le préfère.

"Je me souviens de tous mes rêves" est un de ses récits intimes. Le livre s'ouvre sur septembre et se termine en février. Je ne crois pas qu'il y ait de référence à une année précise. Disons que c'est celle où il a perdu son chat. Il avait sauvé l'animal d'une mort certaine, dix ans plus tôt, dans la prison des Baumettes où il animait un atelier d'écriture. L'auteur tenait beaucoup à "Baumette" qui était devenu, au fil du temps, son compagnon d'écriture.

L'auteur évoque diverses rencontres : un clochard, un homme qui fait des bulles sous sa fenêtre, un autre qui prend des photos pour immortaliser ce qui est jeté... Il consacre un long chapitre au libraire de Banon qui a créé "Les bleuets", cette belle librairie perdue au milieu de nulle part, dans le Lubéron. Il est aussi question d'Isabelle, la femme qu'il aime. Chaque histoire est l'occasion d'une réflexion sur la société ou sur la nature.

"...Quand j'allume la télé c'est encore plus terrifiant. Des torrents de boue envahissent les villes, midi et soir, et les terroristes sont partout.

Quand je vais chez Isabelle, le mercredi et le dimanche, je découvre une planète dont personne ne parle. Elle n'est pas médiatique, pas scandaleuse, elle ne fait pas peur. Elle est discrète et profonde. La plupart des gens veulent avoir peur. Autour de la petite ferme d'Isabelle, ils ne verraient que silence et ennui. Au bout d'une heure, ils seraient en manque de catastrophes et s'enfuiraient chez eux, retrouver un monde en flammes."

Les femmes, c'est la grande passion de René Frégni. Sa mère, sa fille Marilou et son amoureuse Isabelle sont très présentes dans ses récits, au point qu'on a l'impression de les connaître personnellement quand on lit l'auteur régulièrement. Dans le présent récit, l'auteur rend visite à Marilou à Montpellier, où elle fait ses études. Il passe de longs moments avec Isabelle dans son jardin et rend visite à sa mère décédée, pendant la nuit, quand il rêve.

"Je ne choisis pas mes rêves, ils m'apportent ce qui me manque le plus. Enfant, dans les pensions et les tristes colonies de vacances, j'attendais ma mère, tous les jours. Elle était vivante et elle ne venait pas. Maintenant elle est morte et elle vient chaque nuit."

René Frégni sait nous émouvoir mais aussi nous faire rire. J'ai particulièrement aimé l’anecdote des "seins de la femme du facteur", dont il reçoit une photo par la poste (je n'en dirai pas plus mais c'est une histoire vraiment  très amusante). Un autre épisode m'a bien fait rire : la prestation de père-noël dans un costume à 6 euros dégoté à la farfouille (avec la barbe qui ne tient pas et le pantalon trop court).

Vous l'avez compris, je me suis régalée avec ce récit poétique qui fait passer du rire aux larmes, de la mélancolie à la joie de vivre. Si vous ne connaissez pas la plume de René Frégni, vous passez à côté d'un auteur talentueux et attachant.

Une très belle lecture.

L'objectif Pal, c'est chez Antigone

Ce livre dormait depuis près de deux ans dans ma Pile à Lire.

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14 janvier 2020 2 14 /01 /janvier /2020 19:49

Iconoclaste - Août 2019 - 308 pages 

"C’est un spectacle qu’il faut avoir vu une fois dans sa vie : la Terre bâille une langue énorme, crevassée, se lèche avec curiosité et attrape au passage, si elle y parvient, les alpinistes qui osent s’y risquer. Plus d’une histoire s’est effondrée là, dans un grand craquement bleu, dans le silence dur de cette mer sans poissons."

Si, pour commencer l'année, vous voulez être embarqué dans une aventure hors du commun, je vous propose de rejoindre l'équipe de paléontologues de "cent millions d'années et un jour", menée par Stan, un professeur en fin de carrière. Stan ne veut pas quitter ce monde sans avoir été au bout du rêve qui le hante depuis de nombreuses années. Il s'est mis dans l'idée de retrouver le squelette (d'un Brontosaure ?) aperçu par un enfant, il y plus de cinquante ans.

Pour l'accompagner dans son expédition, Stan sollicite Umberto, un de ses collègues, qui accepte le challenge et le rejoint sur les lieux, accompagné de Peter, son assistant. Aidé par un guide, les hommes entament leur ascension, qui ne sera pas sans risque, les entraînant dans une aventure aussi périlleuse pour leur santé physique que mentale.  Les rapports entre les protagonistes se tendent au fil d'une aventure humaine dont personne ne sortira indemne, pas même le lecteur

"Je suis à cet instant charnière de la vie d’un homme, le point fou où plus personne ne croit en lui. Il peut reculer, une décision dont tout le monde sans exception, louera la sagesse. Ou aller de l’avant, au nom de ses convictions. S’il a tort, il deviendra synonyme d’arrogance et d’aveuglement. Il sera à jamais celui qui n’a pas su s’arrêter. S’il a raison on chantera son génie et son entêtement face à l’adversité.
C’est l’heure grave de ne plus croire en rien, ou de croire en tout."

J'ai dû me faire violence pour ne pas dévorer ce livre d'une traite tant l'histoire est prenante et les rebondissements inattendus. J'ai ralenti le rythme pour apprécier à sa juste valeur les descriptions de la nature. Dès les premières lignes, j'ai été émerveillée par l'écriture absolument somptueuse.

Ce roman réunit toutes les qualités que j'attends d'un roman. C'est un gros coup de coeur !

 

D'autres avis très positifs : Kathel- papillon - Violette

Aifelle est moins enthousiaste

 

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26 novembre 2019 2 26 /11 /novembre /2019 00:16

Les escales - octobre 2019 - 324 pages

Je ne savais pas à quoi m'attendre en commençant ce livre, qui est arrivé dans boite aux lettres sans crier gare. Peut-être en raison de la couverture et du titre, j'ai pensé dans un premier temps qu'il pouvait s'agir d'un roman "à l'eau de rose". Je faisais route ! Ce livre est un récit autobiographique qui relate l'histoire d'Elisabeth, la grand-mère de l'autrice. Le point de départ du récit est un carnet regroupant des  listes (un peu comme un bullet-journal). Ce carnet, qui a appartenu à Elisabeth, a été transmis à Lulah Ellender par sa mère (la fille d'Elisabeth), atteinte d'un cancer. En lui donnant le carnet comme on tend un fil, voici ce que la mère de Lulah lui a dit :  "Tiens-le, suis-le. Ne le lâche pas. Tu en auras besoin".

L'autrice se lance alors avec passion dans cette véritable enquête familiale, dont le carnet constitue le fil conducteur. Elle consulte notamment les archives de la famille (journaux intimes, lettres, photos...). Au fil de la lecture, nous découvrons quelques exemples de listes mais aussi des photos. Elisabeth a beaucoup voyagé dans sa vie. Lulah Ellender prend soin de nous situer le contexte historique, géographie et culturel des pays traversés.

Vous vous demandez certainement qui était Elisabeth et s'il y avait matière à lui consacrer un roman. Je vous répondrai sans hésitation que oui. Née en 1915, fille de diplomate puis femme d'ambassadeur, Elisabeth a eu une vie mouvementée. Nous la suivons en Chine, à Beyrouth, à Rio et à Paris. Nous découvrons quel était le rôle d'une femme d'ambassadeur, délicate mission, non reconnue et pourtant exigeante. Son carnet de listes permet à Elisabeth de structurer sa vie quotidienne, les réceptions, les nombreux déménagements. Nous découvrons au fil du récit, les failles de cette femme sujette aux dépressions post-partum mais aussi son courage à affronter les difficultés et malheurs qui la touchent.

Tant par la forme que par le fond, "les listes d'Elisabeth" est un récit original et passionnant. C'est un beau portrait de femme qui nous fait voyager à travers le monde. C'est aussi une réflexion sur transmission, sur l'importance de connaître son histoire. Ce qui m'a beaucoup plu, également, c'est la méthodologie utilisée par l'autrice pour réaliser ce portrait. La démarche est organisée, presque scientifique (j'ai pensé à Annie Ernaux). Pour autant, le portrait n'a rien de froid. L'autrice exprime ses émotions, des doutes, son empathie pour son aïeule. La fin du récit est à la fois triste et réconfortante.

Une très belle découverte.

 

Une lecture avec Antigone, qui partage mon coup de coeur.

8/12

 

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13 septembre 2019 5 13 /09 /septembre /2019 23:10

Lizzie (sonatine 2018) - 12 h 09 - lu par Micky Sébastian

"Souviens-toi, avait dit Mia, parfois, il faut tout brûler et recommencer. Après avoir brûlé, le sol est plus riche, et la végétation peut repousser. Les gens sont pareils. Ils repartent de zéro. Ils trouvent un moyen."

J'étais curieuse et enthousiaste à l'idée de renouer avec la plume de Céleste Ng que j'avais découverte avec "tout ce qu'on ne s'est jamais dit", un roman psychologique original et finement construit. "La saison des feux" possède les mêmes qualités.

Nous sommes les observateurs de deux familles très différentes, à l'image des deux mères. Mia et Héléna ont choisi des trajectoires de vie très différentes. La première est bien vite sortie des sentiers battus (nous verrons qu'elle n'a pas a eu le choix) alors que la seconde s'est inscrite dans un schéma très classique, sans doute par manque d'audace. Tout oppose les deux femmes : le style de vie, la façon d'éduquer les enfants, la conception d'une existence réussie... Alors que Mia Warren est libre, bohème et artiste, Hélèna Jefferson est rigide, soucieuse du regard d'autrui et matérialiste.

Quand Mia cherche un logement pas cher, sa route croise celle d'Hélèna, qui en loue un à un prix défiant toute concurrence, par charité chrétienne, pourrait-on dire. Assez vitre, Mia et sa fille Pearl font la connaissance du mari d'Héléna et de leurs quatre enfants. Subjuguée par l'opulence de la famille, la fille de Mia s'incruste, fascinée, dans le foyer d'Héléna. L'une des filles Jefferson, de son côté, est très attirée par Mia et son côté artiste.

Le roman n'est pas simple à résumer car il y a plusieurs histoires qui s'enchevêtrent, et différentes clés d'entrée. On ne peut pas dire pour autant que l'histoire soit complexe car tout coule de source. Céleste Ng manie avec brio les flash-black et les différentes temporalités de l'histoire. La construction est remarquablement bien maîtrisée. Sans dévoiler l'intrigue, je dirai que c'est un roman social qui aborde des thèmes comme la maternité, les mères porteuses, l'avortement... Céleste Ng, comme dans son précédent roman, se penche sur le danger des secrets de famille et des non-dits. Elle illustre par ailleurs fort bien, dans ce roman, les dégâts des frustrations refoulées.

J'ai rédigé mon billet plus d'un mois après avoir lu le roman, sans me souvenir de l'interprétation du comédien, ce qui n'est pas un mauvais signe. Un très bon texte peut être massacré par l'interprétation audio et dans ce cas-là, on s'en souvient !

Une parfaite réussite !

Une lecture commune avec Enna. Allons voir son avis.

Merci à l'amie qui m'a prêté ce livre.

 

 

Challenge "Écoutons un livre"

 

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5 septembre 2019 4 05 /09 /septembre /2019 06:22

Le diable Vauvert - 398 pages - août 2019

Il y a quelques jours, je déjeunais avec des amies et j'ai failli arriver en retard à cause de "Feel good", que je ne pouvais pas lâcher. Et pourtant, ce n'était pas gagné. Ce bouquin est arrivé sans crier gare dans ma boite aux lettres et ne m'a pas attirée d'emblée. La quatrième de couverture parlait de braquage sans violence, de rapt d'enfant et d'économie de la chaussure... pas vraiment de quoi me mettre l'eau à la bouche. 

Sans en dire de trop (surtout pas) sur l'histoire, je peux vous présenter brièvement les personnages : Alice a une bonne quarantaine d'années et galère dans la vie, en dépit des efforts qu'elle fournit pour tenter de s'en sortir. Tom est un écrivain qui ne vit pas de sa plume mais continue à espérer, qu'un jour, il publiera LE roman qui fera connaître au monde entier le talent qu'il pense avoir. Ces deux-là vont se croiser dans des circonstances pour le moins rocambolesques et cette rencontre bouleversera leur vie. 

Raconté comme cela, on pourrait penser que ce livre est un vrai feel good. En réalité, ce n'est pas si simple. Sachez qu'une mise en abyme habile et surprenante nous conduits dans le monde de l'édition et de la critique (professionnelle et non professionnelle) et qu'il est question de création littéraire.

Ce livre est aussi, et avant, tout une satire sociale. Sans misérabilisme, l'auteur illustre ce peut être la précarité pour une femme qui élève seule des enfants et pour un "presque-quinqua" qui vivote de sa plume. Si nos personnages manquent (cruellement) d'argent, ils ne manquent pas (du tout) de fantaisie et leur créateur non plus. On s'amuse donc beaucoup. Je peux vous dire par exemple, que la scène de sexe est hilarante et loin des clichés habituels. C'est l'un des arguments que j'ai utilisés pour inciter mes amies à lire le roman. Et je crois que j'y suis parvenue.

Ce cactus roman ne manque pas de piquants, j'espère vous avoir convaincus de le lire !

Si ce n'est pas le cas, allez rendre visite à Antigone, avec qui je partage cette lecture.

Vous pouvez aussi jeter un œil aux extraits ci-dessous :

"Les gens comme ça, les gens qui ont des vies de riches ou bien des vies où tout va presque toujours bien, ils veulent qu’on leur raconte des histoires qui confirment l’état du monde, pas des histoires qui remettent en cause l’état du monde. Parce que le monde leur convient comme il est".

"Finalement, l'usage régulier du vibromasseur qu'elle gardait dans le tiroir de sa table de nuit lui allait aussi bien. Lui, au moins, il ne fallait pas l'écouter se lamenter sur sa vie pendant des soirées entières."

"Être pauvre dans un monde de riches, c'est encore pire que d'être pauvre dans un monde de pauvres".

« Voler ne lui posait aucun problème moral. Elle voulait qu’Achille ait ses fruits et ses légumes et sa viande. Elle ne voulait pas qu’il souffre de carences dans les « nutriments essentiels » dont parlaient beaucoup d’articles qu’elle lisait sur Facebook concernant l’alimentation des enfants. elle voulait qu’il grandisse et qu’il devienne un homme solide et en bonne santé. (…) Alors elle volait. »

3/6

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