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Ecoutons un livre

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Tous les 28 du mois, je publie un billet récapitulatif des lectures audio des participants. Il n'est pas nécessaire de participer à chaque fois.

 

 

 

3 novembre 2016 4 03 /11 /novembre /2016 00:28

Ecoutez lire (Gallimard) Lu par Dominique Reymond - 3 h 38 

"Ni soumission ni consentement, seulement l’effarement du réel qui fait tout juste se dire « qu’est-ce qui m’arrive » ou « c’est à moi que ça arrive » sauf qu’il n’y a plus de moi en cette circonstance, ou ce n’est plus le même déjà. Il n’y a plus que l’Autre, maître de la situation, des gestes, du moment qui suit, qu’il est seul à connaître".

L'été 58, Annie Ernaux (à l'époque Annie Duchêsne) a 18 ans. Elle débarque de sa province dans le village de S pour être monitrice dans une colonie de vacances. Forte de son statut de brillante élève, elle se sent sûre d'elle-même et ne doute pas de s'intégrer.

Très peu de temps après son arrivée, elle se fait remarquer en cédant aux avances du chef mono. Ils passent la nuit en ensemble et le garçon se comporte de façon ignoble. Elle ne se formalise pas, pensant que les choses doivent se passer ainsi la première fois. Dès le lendemain, le chef mono se détourne d'elle mais curieusement, elle s'accroche, refusant de croire qu'il a n'a aucun sentiment pour elle. Elle finit par jouer la brave en se consolant avec d'autres garçons. Les moniteurs (garçons et filles) la montent du doigt et l'humilient. Elle n'en fait pas cas.

L'auteure raconte fort bien le piège dans lequel est tombée la jeune Annie par naïveté, aveuglée par ce qu'elle croyait être l'Amour. Elle explique fort bien le contraste entre le romantisme des filles (surtout à l'époque) et la brutalité de certains garçons qui ne se gênaient pas pour assouvir leurs pulsions en toute impunité, encouragés par les mentalités de l'époque. La coupable, c'était obligatoirement la fille qui s'était laissée entraîner.

Si  Annie ne parait pas être touchée par ce qui lui arrive sur le moment, elle le paiera pourtant très cher. Il lui faudra deux ans pour se remettre de l'humiliation subie et mettre à distance la "putain sur les bords" de la colonie (c'est ainsi qu'on la nommait).

Annie Ernaux nous explique que cette année 58 faisait partie de ses projets d'écriture depuis longtemps mais qu'elle repoussait le moment de s'y mettre, ne sachant pas sous quel angle l'aborder. Elle a même tenté d'oublier la fille de 58 afin de ne pas avoir à y revenir. On peut la comprendre tant le sujet est intime mais il est heureux qu'elle y soit parvenue car ce récit est désormais une pièce maîtresse de l'oeuvre de l'écrivaine.

Je suis loin d'avoir fait le tour de l'oeuvre de Annie Ernaux et je m'en réjouis. Cette introspection par l'écriture me fascine et je suis très intéressée par la dimension sociologique que l'auteure donne à ses récits.

La version audio est très réussie. La lectrice qui a été choisie a trouvé le ton adéquat pour ce type d'ouvrage.

Un récit très marquant à conseiller à toutes les femmes et peut-être plus encore aux jeunes filles.

Jérôme indique en commentaire qu'il est aussi à conseiller aux hommes. Il a mille fois raison ! Son avis sur ce roman

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22 octobre 2016 6 22 /10 /octobre /2016 23:10

Grasset - Août 2016 - 157 pages

"Il faut bien que toutes les horreurs du monde enfantent des printemps si nous voulons durer au-delà du chagrin".

Le narrateur est encore un enfant quand son petit frère perd la vie subitement. Le temps qui passe aurait dû atténuer un peu le chagrin de tous mais la mère refuse de prendre acte de la disparition de son fils et s'installe dans le déni. Le père, forgeron, prend de la distance vis-à-vis du foyer tout comme la sœur aînée qui choisit de partir pour ne pas sombrer. S'instaure alors, aux confins de la folie, une relation à trois : la mère, le narrateur et le fantôme du petit frère. 

Avant le drame, la famille vivait heureuse, au rythme de la forge. Quand il ne regardait pas sa grand-mère écorcher des grenouilles, le narrateur aimait s’asseoir dans l'atelier pour admirer le travail de son père et de l'ouvrier à moto, le beau Jacky. La beauté flamboyante de la forge, lieu magique pour l'enfant, n'est sans doute pas étrangère au goût qu'il développera plus tard pour la création artistique. Il y aurait encore beaucoup à dire sur cette histoire, merveilleusement racontée à la façon d'un conte, mais peut-être vaut-il mieux se laisser porter par les mots de l'auteur, sans savoir dès le départ où il va nous mener.

L' écriture, poétique, peut poser quelques difficultés au début du roman. Il faut être patient et laisser l'auteur planter le décor et présenter ses personnages. L'écrivain donne ici ou là quelques indices qui plus tard éclaireront l'histoire. La seconde partie se lit dans un souffle, le style s'efface au profit de histoire. Une fois l'ouvrage terminé, j'ai éprouvé le besoin de le relire dans la foulée. J'avais la sensation de ne pas avoir suffisamment savouré ce texte, d'une beauté époustouflante.

Plutôt qu'une phrase de conclusion, voici un exemple du style remarquable de l'auteur :

"Souvent il arrivait que papa et Jacky martèlent de concert. Pas un mot, pas un cri, juste des souffles mêlés comme font les amants. De lourds coups sur l’acier, de petits sur l’enclume, en rythme cadencé, sorte de concerto pour enclume et marteaux où la basse continue n’était autre que celle de leurs respirations. Et puis ces escarbilles, toujours ces escarbilles, petites étoiles filantes que chacun d’eux apprivoisait pour qu’elles n’aillent pas, comme des baisers voraces, mordre le corps de l’autre". 

C'est Laure qui m'a donné envie de découvrir ce très beau texte.

Leiloona est également conquise.

Lu dans le cadre de Masse critique de Babelio

 

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1 octobre 2016 6 01 /10 /octobre /2016 23:14
Editions de minuit - 239 pages - août 2016
Editions de minuit - 239 pages - août 2016

Ce roman fait partie des trois que j'ai proposés pour l'opération des matchs littéraires de la rentrée organisée par PriceMinister. Je l'ai déniché la veille de rendre ma copie.

Roman d'initiation et d'aventure, "Continuer" transporte le lecteur jusqu'aux montagnes du Kirghizistan aux côtés d'une mère et de son fils pour un voyage initiatique particulièrement périlleux. Il est d'ailleurs si risqué, ce périple, qu'on en veut presque à Sybille d'avoir entraîné son fils dans une pareille virée. C'est sans doute l'aspect du roman qui m'a le plus bousculée, étant moi-même assez mère-poule. Mais face à un adolescent qui dérive dangereusement, avec les risques que l'on connaît, on peut comprendre que cette mère ait tenté le tout pour le tout. Il faut préciser par ailleurs, pour mieux appréhender cette décision, que Sybille végétait dans sa vie suite à un traumatisme vécu dans sa jeunesse.

Les avis sur ce roman sont très partagés. J'ai eu la chance de le lire avant d'être influencée dans mon ressenti et c'est tant mieux. Si j'ai "tiqué" sur le danger que cette mère fait courir à son fils, j'ai vraiment beaucoup aimé tout le reste et notamment la relation qui s'instaure entre ces deux êtres. Parfois maladroite, la mère déborde d'énergie et ne lâche sur rien. Au cours de ce voyage, elle a dans l'idée de prouver à son fils l'absurdité du rejet de "l'autre", de celui qui est différent dont on a peur. Elle rêve de transformer son fils et elle y parviendra, même si la fin de l'aventure ne sera pas celle qu'elle imagine.

L'histoire est originale et nous fait voyager. Les descriptions des paysages sont magnifiques. Comme toujours chez Mauvignier, la langue est précise et travaillée. Certains lecteurs ont fait le reproche à l'auteur de mettre en avant trop de bons sentiments. Il y a effectivement des "bons sentiments" mais le côté dérangeant des risques que fait prendre cette mère à son fils compense l'angélisme du projet. Par ailleurs, cela fait du bien de temps en temps de lire un roman qui cultive l'optimisme. Non ?

Continuer - Laurent Mauvigner (rentrée 08-2016)

Un très beau roman que j'ai envie de défendre.

Des avis totalement divergents :

Un gros coup de coeur pour Clara/Une grande déception pour Cuné

Continuer - Laurent Mauvigner (rentrée 08-2016)

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Ce livre a été inspiré à Laurent Mauvignier par un article du Monde d'août 2014 qui relatait le périple d'un père et de son fils au Kirghizistan.

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Un récit de ce voyage "Dans les pas du fils" est sorti en mai, co-écrit par le père et son fils (Tom et Renaud François) et l'écrivain Denis Labayle. J'ai envie maintenant de lire ce récit...

challenge de la rentrée (6/18)
challenge de la rentrée (6/18)

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12 septembre 2016 1 12 /09 /septembre /2016 23:04
Belfond août 2016 - 576 pages - traduit de l'américain par Nathalie Peronny
Belfond août 2016 - 576 pages - traduit de l'américain par Nathalie Peronny

Pete Snow est un assistant social qui intervient dans la "Yaak Valley", une vallée sauvage du Montana. L'homme tente de sauver des familles alors que la sienne part à vau-l’eau. Le frère de Pete est recherché par la police, son ex-femme est alcoolique et sa fille traverse une mauvaise passe. Pete a du mal à faire face à sa désastreuse situation familiale et se réfugie un peu trop souvent dans l'alcool. Mais quand sa fille disparaît subitement, Pete met tout en oeuvre pour la rechercher, sans lâcher le suivi des familles dont il s'occupe.

Une de ces familles va l'entraîner dans une aventure sociale et humaine hors du commun. Le père, Jérémiah Pearl, est un fondamentaliste chrétien qui vit en marge de la société. Un jour, affamé et en guenilles, le fils de Pearl fait irruption à l'école du village. Appelé à la rescousse, Pete tente d'apprivoiser l'enfant, qui finit par le conduire jusqu'à son père. Avec une infinie patience et beaucoup de psychologie, l'assistant social parvient à établir le contact avec Jérémiah Pearl. Il s'agira ensuite de raisonner l'homme, ce qui n'est pas une mince affaire.

"Yaak Valley, Montana" est un bon gros pavé américain qui ne manque ni d'originalité ni de souffle. L'auteur pointe du doigt une Amérique qui tourne le dos sans vergogne aux plus défavorisés. Les instances locales sont corrompues et les habitants plus ou moins résignés. Le travail de Pete est d'autant plus remarquable qu'il doit se battre sans appui.

Le contexte est assez glauque mais il se dégage de ce roman beaucoup d'humanité. Les descriptions de la nature environnante, d'une beauté à couper le souffle, apportent au lecteur de belles bouffées d'oxygène. L'écriture est poétique et la traduction sans fausse note. J'ai été littéralement emportée par l'histoire.

Yaak Valley, Montana - Smith Henderson (rentrée littéraire 08/16)

Sorte de "Western social" intelligent et addictif, ce premier roman est assez époustouflant.

Clara est moins enthousiaste que moi mais Léa tout autant (sinon plus !).

Lu grâce à une opération "Masse critique" de Babelio
Lu grâce à une opération "Masse critique" de Babelio

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Challenge de la rentrée (3/18 - catégorie "Touche à tout")
Challenge de la rentrée (3/18 - catégorie "Touche à tout")

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Et je fais progresser mon challenge" 50 romans, 50 états"
Et je fais progresser mon challenge" 50 romans, 50 états"

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20 août 2016 6 20 /08 /août /2016 23:12
Sabine Wespieser - 276 pages - 2015
Sabine Wespieser - 276 pages - 2015

"L'amour est là, où il ne devrait pas être, au deuxième étage de cette maison cossue, protégé par la pierre de tuffeau et ses ardoises trop bien alignées, protégé par cette pensée bourgeoise qui jusque là les contraignaient, et qui, maintenant, leur offre un écrin".

Nous sommes au début du 20ème siècle, dans un petit village de province, chez un couple de notables, Monsieur et Madame Boisvaillant. L'épouse, Victoire, ne trouve pas son compte dans les étreintes conjugales et de surcroît ne parvient pas à avoir d'enfants. Elle finit par repousser son époux, qui, par dépit, va se "soulager" avec Céleste, la petite bonne. La toute jeune fille n'a d'autre solution que de se laisser faire, le droit de cuissage étant tacitement de mise dans la maison. Un beau jour, fatalement, Céleste tombe enceinte.

Je n'irai pas plus loin dans le résumé car je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir de découvrir par vous même ce se passe ensuite dans cette maison. Je vous dirai simplement que Victoire et Céleste vont se rapprocher au delà des conventions de l'époque.

J'ai lu ce livre il y a trois mois. Je ne me souviens pas de tous les détails le concernant mais je tenais à vous en dire quelques mots car il est d'une telle beauté que j'en ai fait un coup de coeur.

Amours - Léonor De Récondo

Un petit bijou de délicatesse et de sensualité.

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3 mai 2016 2 03 /05 /mai /2016 23:23
Sonatine 2016  - 276 pages - traduite de l'anglais (américain) par Fabrice Poiteau
Sonatine 2016 - 276 pages - traduite de l'anglais (américain) par Fabrice Poiteau

"Lydia est morte. Mais ils ne le savent pas encore".

"Ils", ce sont les membres de la famille de cette adolescente de seize ans. Le matin de sa disparition, la mère de Lydia trouve son lit vide. Elle cherche une raison qui justifierait l'absence de sa fille mais peu à peu il faut se rendre à l'évidence, la disparition n'est pas normale. La police est alertée, les recherches commencent. L'hypothèse de la fugue est retenue dans un premier temps, avant que le corps de l'adolescente ne soit découvert dans le lac proche de la maison. Que s'est-il donc pas passé :meurtre, accident, suicide ?

Ce roman est présenté comme un thriller, je le vois davantage comme un roman psychologique. Il y a certes une énigme, la police mène une enquête, mais ce n'est pas le travail de la police que nous suivons. L'auteur nous place en observateur au cœur de la famille et bien vite, nous comprenons que la réponse à l’énigme se trouve dans la cellule familiale. Mais à quel niveau ?

Nous découvrons alternativement les membres de la famille. Leur histoire nous est dévoilée, notamment celle du père, d'origine chinoise. Nous prenons connaissance de leurs frustrations mais aussi des secrets des uns et des autres. Nous comprenons les interactions qui existent entre eux et les non-dits qui polluent les relations. Ces gens ne sont pas très ouverts sur l'extérieur, nous comprenons peu à peu pourquoi. Au fil des pages nous apparaissent donc les failles de la famille Lee, des failles qui nous éclairent sur la personnalité de celle qui figure en creux mais qui est omniprésente, Lydia.

"Un jour,il y avait si longtemps,assise exactement à cet endroit sur le ponton,elle avait déjà commencé à sentir à quel point il serait difficile d'hériter des rêves de leurs parents. A quel point leur amour serait étouffant".

Un premier roman passionnant, du début à la fin.

Tout ce qu'on ne s'est jamais dit - Celeste NG

Lu dans le cadre du Prix Relay des voyageurs lecteurs.

Le site Facebook : https://www.facebook.com/prixrel

ce roman se passe dans l'Ohio
ce roman se passe dans l'Ohio

Contribue à mon challenge 50 romans 50 états (j'avais déjà un roman classé dans l'OHIO, je garde les deux).

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22 mars 2016 2 22 /03 /mars /2016 20:41
Mars 2016 - 152 pages
Mars 2016 - 152 pages

"Une nuit, il a choisi de se donner la mort, au premier étage de votre maison". Au matin, à huit heures avec ton père tu l'as trouvé".

J'ai ouvert "Nuit de septembre" un soir, avec l'idée d'en lire quelques pages pour apprivoiser le sujet et je l'ai lu d'une traite, oubliant la télévision allumée et le monde autour de moi. Je n'ai pas écrit mon billet immédiatement, tétanisée par la crainte de pas y arriver. Je ne vous cache pas que j'ai craint également de vous effrayer à la seule évocation du sujet..

De l'avant et du pourquoi nous ne saurons rien. Ce n'est pas vers le passé que se tourne Angélique, elle tente de vivre le moment présent. Comment continuer à vivre après un choc aussi violent, une perte aussi cruelle ? C'est ce qu'elle nous raconte dans ce très beau récit, tout sauf morbide. C'est vers la vie qu'elle nous entraîne, sans aigreur ni colère. Elle n'en veut à personne et cherche le réconfort auprès de tous : "Tu ne veux pas du silence, du secret. C'est d'abord un refus. Tu veux du mot. Et puis encore une fois, tu veux qu'on t'aide à porter. A tes épaules, d'autres épaules, à tes mains, d'autres mains prolongées d'autres bras. Qu'on t'accompagne. Qu'on soit plusieurs, c'est ça. Une troupe. Une mer."

Les jours passent et la vie s'impose timidement. L'aide et le réconfort viennent bien-sûr des humains, même s'il arrive qu'ils se montrent maladroits. Il est difficile de consoler celui a perdu un proche, qui plus est un enfant. Parfois, c'est la nature qui vient à la rescousse. Dans le cas d'Angélique, les arbres jouent un rôle important : les regarder, les toucher, les humer. Il y a aussi les objets du quotidien, ceux qui rassurent par leur présence immuable ou encore la musique, qui fait couler les larmes qui soulagent. Il y a eu aussi le bon vieux chat qui a offert avec sa mort, les gestes empêchés.

Ceux qui connaissent l'écriture d'Angélique Villeneuve retrouveront avec bonheur la délicatesse de son écriture, la précision et la justesse de ses mots. Elle aurait pu dire "je", elle dit "tu". J'imagine que ce "tu" lui a permis de mettre un peu à distance la mère chavirée pour laisser de la place à l'écrivain. Ce livre est triste bien-entendu, comment pourrait-il en être autrement ? Pourtant, ceux qui l'ont lu s'accordent à dire qu'ils sont sortis de cette lecture apaisés. Le lecteur et l'auteur se consolent mutuellement de cette mort qui fait partie de nos vies à tous.

"Depuis, à voix basse, tu lui parles. Tu lui demandes s’il se souvient.
La mer étale à huit heures du soir, les talus hérissés d’iris, les pierres de la cour tièdes sous la peau du pied, les filles dont les yeux sourient, toutes les choses belles et la lande silencieuse.
Tu espères tant qu’il est parti gonflé d’elles. Mais comme tu n’es pas sûre qu’en aide, en ailes, ces choses lui soient venues cette nuit-là, tu les lui donnes par la pensée, la
respiration, le murmure".

Merci Angélique.

Les avis de Clara - Cathulu - Gwenaelle

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5 mars 2016 6 05 /03 /mars /2016 00:06

Les editions Noir sur Blanc 2016 - 196 pages

"Je n’ai qu’un peu de beauté à offrir au monde, celle du tremblement d’une flamme dans la nuit. Peut-être est-ce dérisoire, mais c’est mon seul talent. Je ne veux plus peindre à la lumière du jour, qui ne sait éclairer que terreur et désolation. C’est au creux de mon atelier, dans ce refuge, que je cherche à donner vie à cette lumière qui m’appelle et m’accompagne.".

Comme dans "Les heures silencieuses" (le premier roman de Gaëlle Josse), c'est un tableau qui marque le point de départ de l'histoire ou plus exactement des deux histoires qui constituent "L'ombre de nos nuits". La première histoire commence en 1639, année de la création, par Georges de La Tour, de son célèbre "Saint Sébastien soigné par Irène". Au centre du tableau, une jeune femme soigne un blessé. La lumière éclaire son visage. Le modèle n'est autre que Claude, la fille de l'artiste. C'est du moins ce qu'imagine Gaëlle Josse. Le calme et la dévotion se lisent sur le visage de la jeune fille. Elle a aimé un homme, elle y pense en posant pour ce tableau. Son père n'est pas au courant de cette histoire. Il ne songe pas à ce que sa fille a dans la tête, il est concentré sur la toile qu'il ambitionne de vendre au roi. Dans la pièce, il y a aussi son fils, qui l'aide maladroitement dans son travail et Laurent, l'apprenti, qui aime Claude en secret...

En alternance avec cette histoire, Gaëlle Josse nous en propose une autre. Celle d'une femme qui visite le musée de Rouen où se trouve aujourd'hui le tableau de Georges de La Tour. Nous sommes au printemps 2014. La femme dont il est question, assise face au tableau, songe à l'histoire d'amour à sens unique dont elle a eu mille peines à guérir. En admirant le tableau de George De La Tour, elle laisse libre cours à ses pensées et nous les partageons..

"Comment un peintre aborde-t-il un sujet ? Comme un nouvel amour ? Collision frontale ou lente infusion ? La claque ou la pieuvre ? Le choc ou la capillarité ? Plein soleil ou clair-obscur ? Toi, tu m’avais éblouie. Ensuite, je me suis aveuglée".

J'aime beaucoup les histoires dont le point de départ est un tableau. J'ai particulièrement apprécié celle-ci, plus encore, peut-être que "les heures silencieuses". Pendant ma lecture, j'avais une préférence pour l'histoire se déroulant en 1639 mais au final j'ai aimé l'intégralité du roman. L'histoire de la femme amoureuse a simplement mis un peu plus de temps à m'atteindre mais elle y est parvenue.

Le lien entre les deux histoires est subtil et ténu. C'est un jeu d'ombres et de lumières qui se répondent grâce à la magie de l'écriture de Gaëlle Josse, une écriture sublime et délicate dont je ne me lasse pas.

Le très beau billet du Petit carré jaune

Un petit bijou.

Lu dans le cadre de l'opération Masse critique de Babelio. (une très bonne pioche !)

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6 février 2016 6 06 /02 /février /2016 17:56
Phlippe Rey - 192 pages - août 2015
Phlippe Rey - 192 pages - août 2015

"C'est pour ça que je vivrai ta vie, que mon sang aura désormais toujours 16 ans. Tu me regarderas et me guideras selon ce que tu fus, ce que tu promettais, ce que tu aimais de moi. Je vais exister par en-dessous, par soustraction, par extension de toi, dans la copie de ta pudeur contre mon excentricité, de ta réserve contre mon exubérance, de ton repli contre mes tripes à l'air".

Ce livre a passé plusieurs semaines sur ma table de chevet avant que je me décide à l'ouvrir. J'ai lu les premières lignes, pour me faire une idée du style et l'ai lu quasiment d'une traite, subjuguée par le style de l'auteure.

Quelques semaines après la mort brutale de Camille, terrassée par une forte fièvre, Sophie Daull a pris sa plume pour raconter ce cauchemar épouvantable. Elle évoque les quatre jours où sa fille s'est battue contre un mal diagnostiqué par le corps médical comme une simple grippe. Elle nous fait partager la sidération ressentie, quand au terme de sa lutte, le corps de Camille s'est arrêté de vivre. Ensuite, il a fallu s'atteler aux démarches qui permettent de mettre la douleur à distance un moment.

C'est à sa fille que Sophie Daull s'adresse tout au long du récit en utilisant un "tu" qui la rend vivante à nos yeux. Le thème évoqué me faisait peur mais je ne regrette pas d'avoir dépassé mon appréhension. Sophie Daull a su trouver les mots justes pour raconter les faits sans aucune once de pathos et même une certaine dose d'humour (ou peut-être plus justement d'ironie). Elle parvient à sous insuffler la force qui lui permet de tenir debout.

Camille, mon envolée - Sophie Daull

Ce récit est d'une dignité, d'une poésie, d'une beauté à couper le souffle. Si vous hésitez à vous lancer, je vous conseille de regarder cette vidéo où Sophie Daull présente elle-même son livre.

Les avis (très positifs également ) d' Antigone - Mirontaine - Martine - Laure

Stephie nous explique pourquoi ce livre n'est pas pour elle.

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11 janvier 2016 1 11 /01 /janvier /2016 00:31
Sarbacane - janvier 2016
Sarbacane - janvier 2016

Citronnette a une jolie maison entourée d'un grand jardin sauvage dans lequel elle ne s'aventure pas souvent car elle est un peu froussarde. Un jour, elle aperçoit des ombres qui se déplacent et entend des petits bruits inhabituels. Trouillarde mais curieuse, elle s'avance pour tenter de voir ce qui se trame au fond du jardin. Mais elle rentre bien vite chez elle, un peu inquiète. Elle décide alors de préparer un chocolat chaud puis une tarte aux prunes pour amadouer les visiteurs. Elle a vu juste, ils sont gourmands. De fil en aiguille, la jolie dame fait la connaissance de nouveaux amis qui ne sont autres qu'un chapeau, un caillou et un loup. Fini la solitude pour Citronnette qui a su s'ouvrir aux autres et dépasser sa peur de l'inconnu.

Le dessin est, à l'image du texte, délicat et inventif, romantique et vivifiant. Je me suis régalée, tous les sens en éveil. En refermant l’album j'avais envie de bonnes boulettes de viande parfumées suivies d'une bonne tarte aux prunes, aux amandes et au miel (Angélique, met le couvert, j'arrive !).

A la deuxième lecture, je me suis concentrée davantage sur les détails du dessin, notant des petites choses amusantes comme le chapeau de Citronnette sur lequel pousse un citronnier (citronnier qui grandit au fil de l'histoire) ou encore les habits adorables des animaux. Au niveau du texte, j'ai noté les nombreux verbes et adjectifs culinaires et gustatifs. J'ai bien aimé aussi, par exemple, "le chignon foufou du matin" de Citronnette.

Cela faisait longtemps que je n'avais pas lu un album pour enfants et celui-ci m'a mis du baume au cœur. Je suis certaine que les enfants vont adorer.

Je remercie la douce Angélique pour ce petit moment de bonheur. J'ai pensé à elle durant ma lecture parce qu'elle est la co-auteure de l'album, bien-sûr, mais aussi parce que je lui trouve des points communs avec Citronnette (la passion de la cuisine , le chignon...).

Angélique Villeneuve est l'auteure de plusieurs romans pour adultes dont "Les fleurs d'hiver", un de mes coups de coeur 2014. Je l'ai croisée plusieurs fois sur des salons du livre en Bretagne, mon petit doigt me dit que ce sera de nouveau le cas en 2016.

J'ai pu féliciter Angélique pour le texte, si Delphine la dessinatrice (que je ne connais pas) passe par ici, je la complimente également.

"Le festin de citronnette" se trouve dans toutes les bonnes librairies depuis le 6 janvier.

Un extrait du texte... (cliquez pour agrandir)

Le festin de Citronnette - Angélique Villeneuve - Delphine Renon

Et du dessin..

Le festin de Citronnette - Angélique Villeneuve - Delphine Renon

Cliquez sur les photos pour les agrandir.

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